Blues Breakers with Eric Clapton (1966) – 981 jours, 988 albums

J’ai ensuite poursuivi avec un album que j’affectionne déjà beaucoup : Blues Breakers with Eric Clapton des John Mayall’s Blues Breakers.

C’est cet album qui m’a fait découvrir le grand Clapton et son jeu de guitare imparable. C’est aussi l’un de ceux qui, sans que je le sache, m’ont fait découvrir le blues. Et d’ailleurs, avec cet album, c’est difficile de faire mieux. L’énergie y est, la passion y est, l’émotion y est. On ne peut que tomber sous le charme, que se laisser porter par cette musique profonde et électrisante. Avec le jeu langoureux de All Your Love, le chant passionné et mesuré de Mayall, et la guitare lente, presque hésitante de Clapton, on est, dès le premier morceau, envoûté par le style de ce groupe ( http://www.youtube.com/watch?v=rUUEtCBhn_Q ). Notre coeur se sert, et on ne peut que poursuivre l’album.

Vient ensuite Hideaway, où Clapton et Mayall nous montrent tous leurs talents à la guitare et à l’orgue, puis vient Little Girl, plus rapide et accrocheur. Le groupe se rapproche ici davantage du rock, tout en conservant leur signature purement blues. Mais avec Have You Heard, le blues revient à la charge, avec un morceau lent, languissant et mélancolique à souhait ( http://www.youtube.com/watch?v=8_u73Zg8YAs ).

Le groupe mêle donc allègrement le blues et le rock, jouant sur la mince ligne qui les sépare, et la traversant même à quelques reprises. Et les deux styles y sont parfaitement maîtrisés, nous donnant envie d’écouter l’album encore et encore, en se laissant bercer par la guitare émotive ou entraîner par l’harmonica infernal. Bref, je devrai définitivement écouter plus de blues.

Life’s Too Good (1988) – 981 jours, 988 albums

Pour faire un peu changement du rock & roll et de la musique des années 60, et parce que j’ai un peu de difficulté avec la tentation, je n’ai pu résister à celle d’écouter Life’s Too Good de The Sugarcubes.

Ce qu’il y a de vraiment intéressant avec cet album, c’est qu’à sa sortie, il était offert sous 5 couleurs différentes de pochette…

Et si vous trouvez la pochette un peu étrange, dites-vous que la musique qu’elle contient est encore pire mais, heureusement, dans le bon sens. Elle est bizarre, envoûtante, accrocheuse. Avec sa guitare dure et sa batterie bien présente où on sent des résonances post-punk, ses textes mystérieux et troublants et, surtout, la voix réellement sublime de Björk, l’album en entier est un univers à la fois sombre et illuminé par de minuscules lumières qui scintillent. C’est comme un rêve aux contours menaçants mais tout aussi intrigants.

Avec Birthday par exemple, il y a un étrange mélange entre le texte d’abord enfantin et naïf puis plus adolescent et  mature, et la voix extraordinaire et puissante de Björk qui semble être un véritable cri du coeur, et l’imagerie éclectique du vidéoclip ( http://www.youtube.com/watch?v=BFQPNApwJGU&ob=av2n ). Ensuite, Mama parle de manière assez bizarre, mais tout aussi poignante, de l’image maternelle, de la nostalgie de l’avoir perdue et de l’espoir rugissant de pouvoir la retrouver.

You can’t be safer, can’t be more secure

Than with a breast in each palm,

With a breast in each palm.

That’s the way I was born,

And that’s the way I want to die!

Deus est probablement le morceau le plus troublant de l’album ( http://www.youtube.com/watch?v=VU3JrXt_cPk ). Ne sachant trop s’il s’agit d’un morceau vantant l’athéisme, le cynisme, ou racontant tout simplement un viol, je fus par contre envoûté par la mélodie et ses textes poétiques où est exposé, en tout cas, un dieu qui n’existe certes pas, mais qui semble bien pervers, et qui porte des favoris… Sinon, Delicious Demon et Sick for Toys m’ont laissé plutôt perplexe quant à leurs thèmes et leurs paroles, mais m’ont clairement séduit quant à leur mélodie et leur atmosphère. Enfin, Fucking in Rhythm & Sorrow est un autre chef-d’oeuvre du groupe ( http://www.youtube.com/watch?v=gpBOibusx2M ), par l’angoisse qu’il dégage, mais aussi par la force de vivre brute qu’il exprime, malgré son thème sur le suicide.

Don’t act like there is no tomorrow!

You should use the pain and sorrow

To fill you with power.

Life’s both sweet and sour!

Bref, l’album vous plonge dans un bien drôle d’univers, où la musique rude et sombre à la post-punk est éclairée et sublimée par la voix éclatante de Björk et des textes poétiques et fort imagés. Cela crée une atmosphère éthérée et surréaliste où des démons en apparence menaçants semblent danser avec des enfants souriants. C’est une bien belle, et étonnante, découverte que je vous conseille fortement.

The Rolling Stones (1964) – 981 jours, 988 albums

Un autre groupe incontournable et fondateur, lorsque l’on parle de rock & roll, est évidemment The Rolling Stones. J’ai donc écouté leur album éponyme de 1964, qui fut leur premier.

Il s’inscrit véritablement dans les débuts du style et semble en être la représentation parfaite. Le rock & roll commence à prendre forme et à atteindre son apogée, avant de faire place à des variations et à des raffinements du style. Mais ici, à travers les débuts un peu maladroits du groupe, on sent également un bon mélange entre l’énergie jeune et nouvelle du style, avec un rythme plus rapide et plus appuyé, et l’héritage blues, au niveau des textes, des structures, etc. I’m a King Bee en est peut-être le meilleur exemple ( http://www.youtube.com/watch?v=JcFKmMdbCss ) lorsque l’on parle du blues, alors que Mona (I Need You Baby) est plutôt celui de l’énergie brute et encore rude du rock & roll ( http://www.youtube.com/watch?v=PB3Z5qJCfDQ ).

Il n’y a pas à en douter : le groupe maîtrisera bientôt parfaitement le style, même si pour le moment, quelques ajustements restent à faire. On les sent encore un peu timides au niveau de l’énergie et de l’originalité, même si à d’autres moments ils semblent parfaitement en contrôle, comme sur Mona (I Need You Baby). Cet album en est un excellent de rock & roll, et donne vraiment le goût de découvrir davantage le style, mais j’ai maintenant hâte d’entendre les Stones faire leur marque et s’imposer comme un groupe unique.

Olympia 64 (1964) – 987 jours, 992 albums

Après ma déception face au légendaire Bob Dylan, je me suis demandé si c’était la langue qui faisait obstacle à l’émotion et au propos, même si je maîtrise aisément celle-ci, ou si c’était plutôt autre chose. Je me suis donc tourné vers l’auteur-compositeur par excellence de la culture française. Mesdames et messieurs, Jacques Brel dans Olympia 64 !

Il s’agit d’un enregistrement live (vous aurez compris où…) où Brel interprète ses plus grands classiques tels que Les BonbonsLe Plat Pays et Les Vieux. Et je dois dire que c’était bien mieux que Dylan ! Si j’oublie les arrangements musicaux auxquels, d’ailleurs, j’ai à peine porté attention, les textes sont aussi riches sentimentalement, peut-être moins riche politiquement, mais surtout, ils sont chantés avec beaucoup plus d’émotion. Lorsqu’on écoute des morceaux comme Mathilde et Madeleine http://www.youtube.com/watch?v=VtSb-piNL30 ), c’est, justement, l’interprétation hors du commun de Brel qui donne toute sa saveur, toute son intensité aux paroles de ces morceaux. On sent, à tour de rôle, la tristesse, la résignation, la joie exultante, la vulnérabilité momentanée, l’insouciance et tant d’autres émotions et états à travers la voix si vraie de Brel. On ne peut s’empêcher de vivre, avec lui, l’histoire qu’il nous raconte, qu’il nous confie, qu’il nous crie ! Avec Le Plat Pays ( http://www.youtube.com/watch?v=-5-N4Dbok34 ), on entend se côtoyer tant la nostalgie, l’âme morne et grise, que la fierté, le coeur plein de joies douces et de souvenirs.

Un autre aspect que j’adore chez Brel, c’est son humour. La mise en abîme à la fin de Madeleine, le personnage pathétique de Les Bonbons, la satire ironique de Les Bourgeois ( http://www.youtube.com/watch?v=_BFOyn8K7pg ), sont tant de moments qui m’ont fait sourire d’un sourire complice. Mais le morceau suivant, le sourire fait place à des yeux tristes et à un coeur serré. C’est ça, le génie de Brel : faire suivre le dépressif Jef au cocasse Les Bourgeois.

Seul regret : je n’aime pas les performances live. J’ai donc trouvé que Brel n’y était pas au meilleur de sa forme. Ainsi, je n’ai pas pu m’empêcher, une fois l’album terminé, d’en mettre un autre sur ma table tournante, puis un second, et de savourer le plein talent de cet artiste. Cela dit, en cherchant des extraits de l’album pour cet article, j’ai été bien obligé d’admettre que, en d’autres performances live, Brel est encore plus saisissant qu’avec seulement l’audio. Je vous conseille de jeter un coup d’oeil aux liens.

Second regret : je crois qu’il s’agit de l’un des rares, sinon le seul, album francophone des 1001 albums, ce que je trouve fort dommage. J’aurais préféré écouté 20 albums de Brel, Dassin, Aznavour et Fugain que ceux de Dylan. Mais bon, je fais surtout ce défi pour découvrir de nouvelles choses et, bien sûr, me mettre au défi.

The Freewheelin’ Bob Dylan (1963) – 987 jours, 992 albums

Il y avait plusieurs raisons pour lesquelles j’étais excité à l’idée de débuter ce nouveau défi. L’une d’elles, c’était de découvrir certains artistes d’une importance immense mais sur lesquels je n’avais jamais pris la peine de m’arrêter. Et l’un de ces artistes est le grand Bob Dylan. Je vous présente donc The Freewheelin’ Bob Dylan.

Sans cet homme, l’univers de la musique populaire serait complètement différent aujourd’hui. Influence majeure sur les Beatles et sur un nombre incalculable d’auteurs-compositeurs, il révolutionne la manière dont on écrit les chansons. Il est aussi l’une des plus grandes figures du folk, et fut l’une des personnalités emblématiques du peace and love des années 60 grâce à ses morceaux politiquement engagés. Et pourtant, je dois malheureusement avouer que cet album, son plus grand chef-d’oeuvre, m’a laissé plutôt ni chaud, ni froid.

Bien sûr, ses textes sont d’une profondeur et d’une intensité difficiles à égaler. Par contre, j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un terrible musicien. Je devrais peut-être mentionner ici que je suis loin d’être un fan de la folk. Ainsi, les accords de guitare répétés sans cesse et sans trop de variations durant un morceau entier, et sans aucun accompagnement ou presque, comme sur Masters of War ou Down the Highway n’ont pas réussi, pour le moins dire, à me séduire. En fait, pour être franc, j’ai trouvé l’album exigeant, essoufflant même. À part quelques accalmies musicales et plus harmonieuses, comme la belle Corrina, Corrina et Don’t Think Twice, It’s All Right, je me serais contenté de lire les textes que je n’aurais pas eu l’impression de manquer grand chose. Mais c’est, j’imagine, sans compter la visibilité et l’accessibilité qu’apportent la musique à ces textes…

Cela dit, et maintenant que le méchant est sorti, passons aux paroles. Elles m’ont littéralement donné des frissons. Blowin’ in the Wind est empli d’une sagesse et d’un drame humains d’une telle universalité qu’il m’a presque tiré quelques larmes : http://www.youtube.com/watch?v=vrQ4saKGI5k . Dylan y mélange tant les leçons d’expérience…

How many roads must a man walk down

Before you call him a man?

…que les critiques sociales…

Yes, how many times can a man turn his head

And pretend that he just doesn’t see?

…que les messages d’espoir :

Yes, how many times must a man look up

Before he can see the sky?

Il ne faudrait pas oublier non plus le texte revendicateur et provocateur de Masters of War avec ses paroles acides. Celui-ci aussi est un incontournable. Par contre, en second lieu, c’est la balade Girl from the North Country qui m’a le plus touché ( http://www.youtube.com/watch?v=vxfW8lKIYa0 ; désolé pour les sous-titres italiens…). Il y a une beauté, une poésie et une innocence extraordinaire dans ce morceau si simple qu’on croit voir Dylan la gratter, avec sa mystique guitare, au bord d’un feu de camp.

Pour le reste, j’ai bien hâte d’écouter mon second album de Dylan, histoire de voir ce qu’il en est de ce grand artiste que je ne semble comprendre qu’à moitié.

The Genius of Ray Charles (1959) – 987 jours, 992 albums

Bon, on dirait que j’ai perdu un peu de la motivation que j’avais à la fin de mon défi jazz… Sans parler de la discipline ! Mais bon, ça me reviendra. Il faut peut-être juste un peu de temps pour m’adapter. Mais en attendant, j’ai écouté quelques albums. L’un d’eux était The Genius of Ray Charles, et vous aurez deviné l’artiste.

Pour ceux d’entre vous qui ont suivi mon défi jazz, vous vous êtes peut-être demandé pourquoi j’avais omis d’écouter quelques albums d’une telle légende. La raison en est bien simple : pour moi, Ray Charles se situe davantage dans le blues, voire même dans le R&B et le soul. Certes, la ligne est parfois mince entre le jazz et le blues, comme elle peut l’être entre le blues et le rock & roll. Cependant, il faut tout de même tracer la ligne, parfois en faisant des choix déchirants.

C’est pourquoi je m’en suis donné à coeur joie avec cet album d’une beauté inouïe. Le pire, c’est qu’avant de débuter ce défi, j’avais pensé en faire un sur le blues. J’aurais peut-être dû ! Mais outre les catégories de styles, à quoi il est important de porter l’oreille ici, c’est à la musique populaire de Charles. Dans un heureux mélange de morceaux à saveur de Big Band et d’autres étant plutôt de douces balades, il nous transporte dans une atmosphère de club des années 50, où on peut autant danser que prendre le temps de boire un bon scotch tranquillement. C’est d’ailleurs pour la seconde option que j’ai opté, en savourant, entre autres, le touchant Just for a Thrillhttp://www.youtube.com/watch?v=V3bVsOW8tsA ) et le tendre I Had to Be You, ainsi qu’un Bowmore de 12 ans d’âge. Charles nous y expose tous ses talents de chanteur, avec sa voix d’une profondeur à faire frissonner. Et je passe les douces notes pianotées…

C’est ce qu’il y a de si attrayant dans le blues et le soul, et ce virtuose le démontre bien. Même si les structures sont plutôt rigides, cela ne fait que mettre davantage l’emphase sur l’émotion et les frissons. Ça, bien entendu, c’est lorsque l’artiste sait exploiter le style. Et Ray Charles, à ne pas en douter, le sait très bien.

Étrangement, les morceaux de Big Band, à l’exception de l’énergique Let the Good Times Roll au rythme appuyé ( http://www.youtube.com/watch?v=UQZNPIhl_Ew ), m’ont laissé plus indifférent, mais ils avaient l’avantage de bien animer le reste de l’album. Pour le reste, les balades ont amplement suffis à me faire passer un bon moment. D’ailleurs, n’oubliez pas de prêter une oreille toute attentive à son interprétation du standard Come Rain or Come Shine. Vous m’en donnerez des nouvelles…

With the Beatles (1963) – 995 jours, 996 albums

Après le grand Elvis Presley, il est impossible de passer à côté du légendaire groupe anglais : The Beatles. J’ai donc écouté sans trop attendre With the Beatles.

On ne peut parler de musique populaire, ou tout simplement de musique après les années 60, sans mentionner les Beatles. Ils n’ont peut-être pas inventé le rock & roll, mais ils ont pas mal inventé le reste… Et pour le rock & roll, ils se le sont si bien approprié que leur nom en est maintenant indissociable.

Vous aurez compris que, outre ses mérites, c’est un groupe que j’admire beaucoup. Et pour cause ! Après Linkin Park, ce sont eux qui m’ont fait découvrir toute la profondeur que pouvait avoir la musique. Écouter les Beatles pour la première fois, c’est aussi troublant que de tomber amoureux. C’est ouvrir les yeux, et s’émerveiller devant un tout premier arc-en-ciel. Et ce qu’il y a de plus intéressant avec eux, c’est que leur style et leur musique a tellement évolué durant leur carrière, et ils ont exploré tellement d’avenues, que, même si l’on a l’impression de connaître tous les morceaux depuis toujours, on s’étonne à chaque détour.

Et pour commencer cette découverte, ou cette redécouverte, je me suis arrêté sur cet album, qui symbolise très bien les débuts du groupe et le début de leur succès. S’inscrivant dans le rock & roll le plus pur, avec quelques balades, et divisé entre compositions originales et reprises/hommages, il s’agit aussi d’une bonne façon de s’échauffer encore un peu pour ce défi.

Quoique It Won’t Be Long n’est pas de tout repos… ( http://www.youtube.com/watch?v=5drpgVPusVg ) En fait, il est plutôt martelé par les jeunes Beatles avec énergie et émotion. Pareil pour I Wanna Be Your Man, qui est même un peu plus rapide, même s’il est un peu moins insistant. Money aussi clôture bien l’album, avec ses thèmes franchement rock.

Dans les autres morceaux, qui penchent davantage vers la balade, même s’ils restent aussi énergiques, comme All My Loving, on sent une dimension sentimentale de plus, et même une fusion et une complicité incroyable entre les membres du groupe. Don’t Bother Me, où l’on voit déjà transparaître les talents de compositeur de George Harrison, en est peut-être le meilleur exemple sur cet album : http://www.youtube.com/watch?v=mDstoB8AHvw .

D’ailleurs, mis à part quelques classiques réinterprétés, tels que Roll Over Beethoven ou Please Mister Postman, on sent déjà bouillir l’effervescence musicale qui va bientôt jaillir du duo de compositeurs Lennon-McCartney. Là, c’est All My Loving qui en est l’exemple parfait ( http://www.youtube.com/watch?v=T098BBuvmjs ), aux côtés de Hold Me Tight et I Wanna Be Your Man. Il est clair qu’avec un tel album, les Beatles étaient bien lancés. Et moi pareil, pour ce défi…