Time Out (1959) – 890 jours, 966 albums

Histoire de passer un autre album des années 50, et de voir ce qu’il se faisait dans d’autres styles de musique à la même époque que Ramblin’ Jack Elliott, je me suis arrêté à un classique du jazz et de la musique populaire : Time Out, du grand Dave Brubeck.

Disons que le raffinement n’est pas le même. Là, il est complètement absent. Ici, il est à son apogée. Chaque note, chaque temps semble avoir été choisi avec minutie et talent. Avec Brubeck, le jazz redevient tout à coup accessible et appréciable, même aux néophytes. Et pourtant, ce n’est pas parce qu’il demeure conservateur. Au contraire ! Les variations de tempos sont le corps même de l’album et des morceaux. Le tempo rapide puis langoureux de Blue Rondo à la Turk vous en donnera une idée parfaite : http://www.youtube.com/watch?v=kc34Uj8wlmE . D’abord, le rythme est imposant, saccadé, empressé. Puis, vers la deuxième minute, déjà, on sent le rythme fléchir, par petits moments, de plus en plus longs, où la basse et le saxophone en profitent pour s’exprimer avec langueur.

Chacun des morceaux est construit de manière semblable, apportant un dynamisme encore inconnu à cette musique rafraîchissante. Mais le meilleur joyau de cet album, c’est indéniablement Take Fivehttp://www.youtube.com/watch?v=nzpnWuk3RjU . S’il est un morceau de jazz que tous connaissent, c’est bien celui-ci ! Il est l’expression même du raffinement, de la classe, de la beauté. Les accords du piano sont à peine effleurés, le saxophone s’exprime doucement, comme s’il voguait sur une mer onduleuse, la batterie accompagne discrètement, puis vole la vedette l’espace de quelques instants, mais sans pour autant intensifier l’ambiance. C’est vrai, ce morceau ne comporte pas de changement de tempo. Mais Take Five n’en a pas besoin.

Bref, j’ai été bien content de réécouter cet album que j’avais découvert lors de mon défi jazz. Je me rends aussi compte à quel point, non seulement le jazz est avancé en style par rapport à d’autres genres musicaux, mais aussi à quel point il l’est dans le temps ! Tout cela se produit alors que le rock & roll ne fait que naître, et alors que la folk est encore une musique traditionnelle cantonnée aux campagnes et à la tradition. À la fin des années 50, dans les soirées mondaines, c’est du jazz qu’on joue. Et on a raison. Pour le moment…

Jack Takes the Floor (1958) – 890 jours, 966 albums

En poursuivant ma découverte de la folk, je me suis arrêté à Ramblin’ Jack Elliott et son album Jack Takes the Floor.

Cet artiste fait partie de la folk que j’aime moins : l’américaine, qui se décline vers le country. Mais bon, il n’était quand même pas si mal. Il était déjà plus entraînant et moins déprimant que les Louvin Brothers. Quoique certains morceaux… Mais on dirait que d’avoir écouté quelques autres artistes du style, d’une tradition semblable, la britannique, m’a aidé à mieux apprécier cette musique encore difficile.

La première partie de l’album m’a laissé plutôt indifférent, et la seconde était un peu plus appréciable. Mais les deux seuls morceaux qui m’aient réellement marqué sont Dink’s Song et son côté lyrique, langoureux, et Salty Dog avec son ambiance un peu plus festive. Sinon, le style campagnard et, à la première écoute, sans profondeur de cet artiste m’ont laissé plutôt indifférent. L’album n’était pas mauvais, mais il était aussi loin d’être remarquable…

Here Are the Sonics!!! (1965) – 890 jours, 966 albums

Vendredi dernier, juste avant de partir pour un petit voyage dans le fin fond du Québec, j’ai écouté Here Are the Sonics!!! du groupe The Sonics.

J’ai d’abord hésité à écouter cet album. Après avoir lu la critique, il semblait se situer dans un style peut-être trop avancé considérant où je suis rendu dans ce défi. Mais bon, l’album ayant été enregistré en 1965, il ne peut être si avancé que cela, non ? J’ai pourtant été surpris. C’est fou à quel point des guitares électriques sales, des paroles presque criées et des enregistrements de faible qualité peuvent être vus comme avant-gardiste lorsqu’ils nous viennent de seulement 1965 ! Le style, l’ambiance, l’énergie brute et brutale, voire brouillon par endroit, m’ont rappelé le punk, le rock de garage plus tardif, peut-être même le grunge.

Mais en même temps, cette brutalité est encore profondément empreinte du rock & roll. Même qu’avec l’intense piano et le passionné saxophone, on se retrouve plongé dans un swing infernal joué par quelques adolescents dans leur sous-sol. C’est si jeune, si rude pour l’époque… Je ne peux que m’imaginer que les parents du groupe n’étaient pas très fiers d’eux, pour l’époque !

Dès le premier morceau, The Witch donne le ton : http://www.youtube.com/watch?v=bMtk5Lor_0E . La guitare insistante, la voix saccadée et forte, la batterie martelée, tout y est. Roll Over Beethoven, un classique, rappelle les origines du groupe et de leur musique. Plus loin Money swingue autant, et Have Love Will Travel est bien accrocheuse. D’autres morceaux touchent au R&B, comme Walkin’ the Dog. Mais tout l’album est une énergie continue, ininterrompue, forte, et brutale. Écoutez tout, ou n’écoutez rien. Sauf, peut-être, The Witch, qui est définitivement ma préférée.

Bert Jansch (1965) – 895 jours, 969 albums

Parlant de folk, j’ai découvert un autre artiste du style : Bert Jansch, et son album du même nom.

Plus j’écoute de ce style, et plus je l’apprécie. Il y a quelque chose de franc et de puissant, au niveau des émotions, dans la musique folk. La profondeur des textes et leur poésie fait cette musique facilement appréciable et honorable, face à quiconque souhaite approfondir le domaine de la musique. Certes, cela aide lorsque ces textes sont interprétés de manière mélodieuse, mais ça, Bert Jansch le fait sans problème et avec talent.

Quelques morceaux sur cet album ont agréablement fait frétiller mes oreilles. I Have No Time est de ceux-là, avec son rythme lent et son chant doux, comme si Jansch murmurait une histoire : http://www.youtube.com/watch?v=aSNuclN_w8E . Avec la guitare acoustique comme seul accompagnement, le chant et l’émotion semblent encore plus purs, plus francs. C’est la même chose avec Do You Hear Me Now, qui ressemble à un cri du coeur, ou avec Courting Blues, qui est d’un romantisme simple, mais percutant.

Il faudra définitivement que je réécoute cet album quelques fois, afin d’en saisir toutes les nuances, musicales et poétiques. Mais une chose est certaine : la folk gagne peu à peu sa place dans mon coeur. Et un jour, je dirai que Bert Jansch y était pour quelque chose…

A Hard Day’s Night (1964) – 895 jours, 969 albums

Peu importe où l’on va dans la musique contemporaine et populaire, j’ai l’impression qu’on se doit de revenir sans cesse aux Beatles. Je me suis donc laissé tenter par un second album du groupe, soit A Hard Day’s Night.

À la lumière des derniers groupes et styles que j’ai écoutés dans le contexte de ce défi, je comprends enfin l’influence qu’a eu la folk sur les Beatles. Car, rendus à cet album, ils ne se contentent pas de ne jouer que du rock & roll, commençant à varier les styles et les influences, commençant à établir davantage leur caractère unique et leur personnalité. Et naturellement, la folk fait partie intégrante de ces influences. Je le vois enfin : dans le jeu de la guitare, dans la composition des morceaux, dans les paroles, et même un peu dans l’attitude générale.

Prenez, par exemple, I Should Have Known Better, où l’harmonica donne une bonne partie de la saveur du morceau, ou encore Things We Said Today, où l’ambiance générale rappelle Dylan ou les Byrds. Et j’oubliais le sentimental I’ll Be Backhttp://www.youtube.com/watch?v=UqK7agr3W8Y ) ! Peut-être est-ce la guitare, peut-être sont-ce les paroles; je l’ignore encore, et l’expérience me manque. Mais une chose est sûre : la folk est bel et bien là dans mon oreille.

Cela dit, il ne faudrait pas oublier le rock & roll, qui est bien là, lui aussi, avec son énergie candide et jeune, électrique et engageante. Dès le dynamique morceau éponyme qui ouvre l’album, jusqu’à l’immortel Can’t Buy Me Love ( http://www.youtube.com/watch?v=venzPNvge18 ), et avec le percutant Any Time at All, l’album est truffé de ce rock franc qui a changé à jamais le visage de la musique populaire.

Vraiment, cet album représente à merveille la naissance des sixties, et d’autant plus si vous regardez le film du même titre, où l’on peut voir en pleine action la jeunesse insouciante et l’humour britannique du groupe légendaire. Si vous aimez un tant soit peu le groupe, ou même l’album, je vous le recommande chaudement.

Rock’n Soul (1964) – 895 jours, 969 albums

Plus tôt cette semaine, j’ai écouté l’album Rock’n Soul de Solomon Burke.

J’aime bien approfondir ma connaissance du rock et de ses débuts, mais ce qu’il y a d’encore mieux avec ce défi, c’est qu’il me permet de découvrir de nouveaux styles et de nouvelles influences. L’un de ces genres est le pour moi méconnu R&B et son sous-genre la soul. Ainsi, avec cet album qui promet de mêler cette soul au rock, je n’ai pas hésité longtemps à m’arrêter pour l’écouter.

Cela dit, l’album était bien davantage orienté vers la soul que vers le rock, mais le style reste quand même là, alors qu’on sent qu’il donne une énergie supplémentaire à la soul déjà bien sentimentale. Par exemple, dans le morceau Cry to Me, il semble y avoir un petit côté électrique et jeune qui renforce la profondeur blues de l’ambiance : http://www.youtube.com/watch?v=mEu8DrO9PbY . Mais la plupart du temps, ce fameux rock semble davantage être en arrière-plan, voire en sous-texte. Car les autres grands morceaux de l’album, dont le sentimental et langoureux Beautiful Brown Eyes et le profond Just Out of Reach, sont profondément soul, avec des influences apparentes de gospel. Par contre, le rock y est bien peu présent.

Néanmoins, malgré cette petite déception, l’album demeure fort intéressant, et fort pertinent pour mon exploration de ce style vibrant mais encore mystérieux qu’est la soul. Cependant, j’aurais bien aimé qu’il me donne quelques frissons de plus.

Green Onions (1962) – 899 jours, 971 albums

Dans un défi comme celui-ci, il y a toujours quelques découvertes qui sont plus marquantes que d’autres; quelques groupes et albums qui, à eux seuls, valent le coup. Le groupe Booker T. and the M.G.s et leur album Green Onions sont de ceux-là.

Dès les premières notes du morceau éponyme, qui ouvre l’album, le soul, le R&B, le jazz et le blues se confondent sans distinction. Dans ces airs langoureux, calculés, précis et exécutés à la perfection, on est pris sans merci. Dans tout l’album, aucune note n’est en trop, aucune erreur n’est commise, aucun moment n’est oublié sous l’oeil attentif des musiciens. Vous n’avez qu’à écouter I Got a Woman pour vous en convaincre : http://www.youtube.com/watch?v=4JwMjw8vsJs . Le rythme est lent et posé, donnant une atmosphère et un suspense immédiats au morceau. L’orgue est groovy à fond. Et la guitare, qui apparaît subrepticement, qui est grattée presque distraitement tellement elle est légère, apporte une force immense au morceau, à son ambiance blues et prenante.

Et cette guitare, elle est encore plus remarquable dans l’autre chef-d’oeuvre de l’album, soit le morceau éponyme : http://www.youtube.com/watch?v=_bpS-cOBK6Q . Elle vient rythmer encore davantage le rythme déjà sec et fort, au début du morceau. Ensuite, un peu plus loin, elle vient simplement s’amuser, improviser un peu au-dessus de l’orgue, donnant une énergie électrisante au morceau, et à l’ambiance déjà survoltée qui a été créée en à peine une minute.

Tout le reste de l’album est construit de la même façon. Et à chacun des morceaux qui étaient égrenés, je sentais tout mon corps vibrer au rythme de cette musique si simple, mais pourtant si profonde, si engageante, si inspirante. C’est rare que l’on découvre de la musique aussi bien réussie, et aussi bien calibrée.