Abraxas (1970) – 799 jours, 885 albums

J’ai aussi écouté Abraxas de Santana.

Ceci n’est pas, à proprement parler, la couverture de l’album. En fait, il s’agit de la fresque qui forme la couverture et une partie de l’endos de la pochette (la couverture s’arrête à la gauche de l’aile bleue de l’ange rouge, la ligne se continuant en tranchant son pied.), le reste de l’endos ayant, à gauche de la fresque, la liste des morceaux de l’album. Comme je vous l’avais annoncé, vous verrez à gauche un visage familier, étrangement semblable à celui qu’on retrouve à l’endos de la pochette de Bitches Brew. En écoutant l’album, je comprends mieux pourquoi.

L’album mêle différents styles de musique en apparence disparates, mais qui réussissent ici à s’assembler de manière remarquable. Il y a d’importantes influences latines, des notions de blues qui mènent au blues-rock, des improvisations dignes des meilleurs albums de jazz, le tout soutenu par un rock dur et certain, qui se rapproche dangereusement du hard rock. Comme premier exemple, Incident at Neshabur.

Ce morceau offre presque une orgie de sons et d’influences. Le piano rappelle définitivement le jazz, alors que les percussions sont ici l’apanage des origines latines, et que la guitare électrique, la basse et la batterie sont typiques d’un rock qui bouge beaucoup. Le tout est assemblé dans une improvisation où chaque élément a sa place, où aucune note n’est en trop.

Second morceau que je souhaite vous faire écouter : Black Magic Woman/Gypsy Queen.

Il s’agit d’un indéniable classique, que tous ont au moins entendu une fois dans leur vie, plusieurs fois même pour les plus chanceux ! Il est languissant, sensuel, passionné. Que dire de plus ? Le reste de l’album est construit de la même manière, avec cette même force à la fois primitive et raffinée. Malgré la quantité extraordinaire d’énergie qui s’y trouve, le contrôle est ici maître. Mais ce n’est que pour mieux présenter cette musique incroyable.

All Things Must Pass (1970) – 799 jours, 885 albums

Tant qu’à avoir écouté Paul McCartney et John Lennon à leur état pur, pourquoi ne pas prendre George Harrison dans les oreilles aussi ? J’ai donc écouté All Things Must Pass.

Alors que les deux autres sortent des albums simples, Harrison ne se contente de rien de moins que d’un album double (triple, même, à l’origine !). C’est comme si sa force créatrice avait été brimée ou mise de côté pendant toutes ces années avec les Beatles, et que là, enfin, elle pouvait se libérer, être sortie du placard et s’exprimer. Et les morceaux donnent aussi cette impression, celle d’une libération de l’âme d’artiste. Toute la musique est légère, se laisse porter comme sur un nuage. Déjà, Harrison a son style, sa plume, et les affirme. My Sweet Lord a déjà cette empreinte caractéristique que l’on retrouvera à travers son oeuvre future.

Le jeu particulier de la guitare électrique ne peut que vous rester dans l’oreille. Vous remarquerez aussi, dans ce morceau et à travers l’album, les thèmes très spirituels qui y sont abordés. Et la poésie des morceaux, apportée doucement par la voix si mélodieuse de Harrison. En écoutant cet album, et d’autres de l’artiste (vous comprendrez que j’étais déjà un fan !), je ne peux que me demander pourquoi il n’avait pas une place plus importante au sein des Beatles. Je me sens aussi un peu mal, mais je ne peux qu’être heureux que leur séparation se soit produite, emmenant une si belle musique (sans compter la carrière solo des autres membres !).

Plusieurs autres morceaux valent également le détour. Après tout, il s’agit quand même d’un album de près de 2 heures ! Et pourtant, il ne m’a pas apparu si long que ça. Aucun morceau n’a vraiment ce ton accrocheur et pop qu’ils avaient sous les Beatles, mais ils ont néanmoins un attrait incontestable, et une poésie presque magique. Écoutez la version acoustique de Let it Down pour vous en convaincre.

Pour le reste, si vous avez envie de vous relaxer le corps et l’esprit sans trop de flaflas, vous n’avez qu’à écouter cet album.

Pearl (1971) – 800 jours, 888 albums

Enfin, pour mettre un peu plus la clé dans la porte des sixties, j’ai écouté Pearl de la divine Janis Joplin.

Aussi courte mais aussi éclatante, peut-être même plus, que la carrière de Syd Barrett, celle de Joplin me fait même verser une larme par sa fin tragique. Sorti peu après la mort de Joplin, il en est doublement poignant, et donne une quantité effrayante de frissons. Il y a même un morceau, Buried Alive in the Blues, que la chanteuse n’a pas eu le temps d’enregistrer. L’absence de sa voix y est donc pesante et remarquée. Surtout que le reste de l’album est plein de cette voix puissante, viscérale, de cette force de vivre immense et difficile à contenir, de cette énergie jeune et rafraîchissante.

L’ouverture de l’album, avec ses deux morceaux Move Over et Cry Baby, expose déjà toute la polyvalence de l’artiste. Le premier est plus rock et plus pesant avec son rythme soutenu, alors que le second est plus posé et émotionnel, plus viscéral.

Devant autant d’émotions et autant d’intensité, je demeure presque sans mots. Je n’ajouterai donc que la mention du morceau Half Moon que j’ai trouvé également très intéressant et accrocheur. Dommage que les si belles choses partent si vite…

The Madcap Laughs (1970) – 800 jours, 888 albums

Toujours dans les carrières solos, j’ai écouté The Madcap Laughs de Syd Barrett.

Syd Barrett, le génie derrière les débuts révolutionnaires de Pink Floyd, a quitté rapidement le groupe avant de faire une courte, mais loin d’être éphémère, carrière solo. Cet album est l’un des deux de cette courte carrière. Un peu hétéroclite et décousu, il n’en demeure pas moins passionnant et appréciable. En fait, ce désordre presque voulu contribue même à l’ambiance générale de l’album, un mélange étrange mais fort agréable de rock psychédélique et de garage. On sent clairement les derrières effluves du premier album de Pink Floyd, The Piper at the Gates of Dawn, mais avec une atmosphère plus brute, plus simple et spontanée.

L’album comprend différents bons morceaux, mais ils sont en si grand nombre, à mon avis, qu’il est difficile de n’en cerner que quelques uns. L’album coule aussi comme la source d’une rivière, doucement et sans trop d’interruption. Pour néanmoins vous donner une idée, voici Octopus.

Sinon, on reconnaît peut-être davantage les débuts de Pink Floyd dans Love You, et davantage le rock de garage dans No Man’s LandTerrapin, qui ouvre l’album, serait aussi digne de mention par sa qualité et sa candeur. Pour le reste, on ne peut que regretter que Barrett se soit retiré si tôt du monde de la musique.

John Lennon/Plastic Ono Band (1970) – 800 jours, 888 albums

Naturellement, ensuite s’imposait un album de la carrière solo de John Lennon. J’ai donc écouté John Lennon/Plastic Ono Band.

Cette fois, c’est davantage le côté émotionnel et personnel de Lennon qui se dégage, plutôt que le relâchement musical de McCartney. Cela apparaît dès le premier morceau : Mother, où il raconte la peine d’avoir perdu sa mère. On sent aussi les préoccupations politiques de l’artiste, chose qu’il ne se permettait pas, ou très peu, durant sa carrière avec les Beatles. Working Class Hero nous le représente assez bien, d’ailleurs.

Je crois que simplement le titre dit tout. On comprend la difficulté de grandir dans ce milieu, d’y vivre, de vouloir en devenir le héros. La pleine poésie de Lennon s’exprime aussi, enfin libre de toute attache, comme avec God surtout.

Ce morceau, un classique de son oeuvre, me fait frissonner à chaque fois que je l’écoute. Alors que le morceau a une simplicité extraordinaire, alors que Lennon ne fait qu’énumérer tout ce en quoi il ne croit pas, ou plus, il a une force et une intensité incroyables, lorsqu’il annonce qu’il ne croit qu’en lui, Yoko et lui, ou qu’il annonce que « The dream is over. ». Cela a encore plus de puissance lorsqu’il vient tout juste d’annoncer qu’il ne croit même pas aux Beatles. Cela nous montre bel et bien que les sixties et leurs rêves sont terminés, qu’il faut désormais passer à autre chose.

Un autre côté que j’aime chez Lennon, car j’ai toujours été un grand romantique, est son éloge de l’amour, de sa poésie, de sa beauté. Love, dans ce cas, est d’une simplicité et d’une douceur touchantes, enivrantes, et rêveuses.

Bien sûr, l’album a quelques autres perles, mais je vous laisserai découvrir le reste par vous-mêmes. Quant à moi, je retrouverai l’artiste un peu plus tard, avec le seul autre album de sa discographie qui fait partie de ce défi. Dommage qu’il y en ait si peu qui, selon les experts, en valent la peine. Il faut croire que même avec 1001, ce n’est pas assez.

McCartney (1970) – 800 jours, 888 albums

J’ai l’impression que les 4 prochains albums que j’ai écoutés s’inscrivent à la croisée bien précise de deux époques : la fin de l’une, et le début d’une autre. Le premier d’entre eux est le premier album solo de Paul McCartney, sobrement intitulé McCartney.

Avec cet album, comme avec les autres premiers albums solos des anciens Beatles, se terminent véritablement les années 60, les sixties. Déjà, ici, on sent une différence dans la musique, dans ce qui inspire l’homme qui, avec quelques autres, a inspiré toute une génération. Déjà, la musique est moins raffinée par moments, moins polie et lustrée. Elle nous semble aussi plus franche, plus fraîche. Cela ne devient pas pour autant du rock de garage, mais on sent néanmoins que le psychédélique se transforme en art rock, que le hard rock va bientôt faire sa place, et que les Velvet Underground des dernières années ont déjà marqué l’imaginaire musical et ont repoussé ses possibilités. Ici, c’est Momma Miss America qui en serait le meilleur exemple.

Mais malgré ses nouveaux essais musicaux et l’exploitation de sa liberté nouvelle, McCartney réussit tout de même à nous faire quelques classiques, quelques chefs-d’oeuvre devenus intemporels. Every Night est l’un de mes préférés, mais Maybe I’m Amazed est définitivement le plus remarquable.

Cela en fait donc un album aux multiples facettes, aux joyaux insoupçonnés. On y sent une étrange maturité, une étrange maîtrise dans ce renouveau de l’artiste. Je salive déjà à l’idée d’entamer les années Wings ! Car déjà ici, McCartney sait bien balancer cette audace jeune et ce talent devenu inné à faire de la bonne musique.

American Pie (1971) – 801 jours, 889 albums

J’ai aussi écouté l’album American Pie de Don McLean.

Je connaissais déjà l’artiste par son morceau le plus connu, soit American Pie, qu’une amie m’avait fait découvrir il y a déjà longtemps, et que j’appréciais grandement. J’étais donc curieux de découvrir l’artiste à travers d’autres morceaux lorsque j’ai découvert qu’il faisait partie des fameux 1001 albums à écouter. Naturellement, l’album présent était American Pie, qui débutait par le morceau du même nom, toujours aussi appréciable ici.

Il est toujours aussi accrocheur, toujours aussi prenant, même malgré sa relative longueur. Mais, bien entendu, ce sont quelques uns des autres morceaux qui m’ont davantage marqué, car il s’agissait de nouvelles découvertes et je connaissais déjà le morceau éponyme. J’ai d’ailleurs été surpris d’en trouver autant de qualité, croyant que Don McLean serait un simple one-hit wonder. Je me suis pourtant trompé, et je l’ai appris dès que j’ai écouté le rêveur Vincent.

Hommage émouvant à Vincent Van Gogh, ce morceau est coloré à souhait, nous transportant dans cet univers rayonnant et impressionniste de l’artiste. On se laisse aller dans ce monde poétique et doux, en fermant légèrement les yeux.

D’autres morceaux sont aussi bien remarquables, quoiqu’un peu moins merveilleux que Vincent, mais tout aussi digne de mention, dont Everybody Loves Me, Baby avec son humour ironique, Sister Fatima que j’ai trouvé accrocheur, et aussi The Grave grâce à sa grande poésie.