Rhythm Nation 1814 (1989) – 614 jours, 716 albums

Pour demeurer un peu dans le même style, j’ai ensuite écouté Rhythm Nation 1814 de Janet Jackson. Et, je vous le dis d’emblée, j’ai été plutôt déçu.

Janet Jackson - Rhythm Nation 1814

Album de R&B contemporain : j’ai eu l’impression qu’il reprenait le même style que Michael Jackson, mais en moins réussi. Certains morceaux sont certes accrocheurs, mais cela n’a rien à voir avec la maîtrise du rythme et de la mélodie de son frère. C’est dommage, puisque Janet aurait sûrement pu se démarquer, avoir son propre style, sa propre musique. Ici, elle n’apparaît que comme une pâle copie de son frère. Surtout sur un album qui dure un peu plus d’une heure, sa musique m’est apparu plate et ordinaire.

Quelques morceaux qui méritent tout de même votre attention : Rhythm Nation qui ouvre l’album (si l’on oublie l’interlude).

Plus loin, il y a bien Miss You Much, puis Love Will Never Do (Without You) et son ambiance un peu romantique, par moments. Plus loin, il y a l’accrocheur Escapade.

Et vers la fin de l’album, il y a bien Black Cat et Someday Is Tonight, mais même les morceaux qui sortent du lot semblent trop se ressembler entre eux. En écoutant Janet, j’ai eu l’impression d’avoir la même déception qu’en écoutant Tina Turner. Pour une rare fois, je comprends que ce défi ne comporte qu’un album de cette artiste.

What’s That Noise? (1989) – 614 jours, 716 albums

Pour faire totalement différent du précédent album, j’ai plutôt écouté un album de house du groupe Coldcut. Il s’agit de What’s That Noise?.

Coldcut - What's That Noise

On dirait qu’après le disco arrive cette culture de la danse et des morceaux qui la provoquent. On la voit un peu dans le new wave et la synth pop, mais surtout plus maintenant, vers la fin des années 80. Les albums qui reprennent des rythmes forts, à la basse bien présentes, et aux composantes musicales presque uniquement électroniques commencent alors à être monnaie courante. Et cette exploration, on dirait bien, commence avec le house et cet album.

Pour être franc, je n’ai pas tant accrocher. Mais cela étant dit, j’ai néanmoins bien apprécié son intérêt, sa nouveauté, sa fraîcheur. Certes, certains morceaux manquent de substance, et si le rythme n’est pas intéressant, le morceau en entier perd de son intérêt et de sa pertinence. Mais cette simplicité, cette musique épurée et facile à écouter mérite tout de même notre attention. Elle offre un angle de vue différent sur la musique électronique et ses possibilités. Et cela n’est pas à rechigner ! Prenez (I’m) In Deep et sa complexité surprenante, malgré sa surface lisse et reluisante.

En débutant l’album avec People Hold On, par contre, le groupe brouille les pistes. Le morceau rappelle le disco et le R&B, mais on sent déjà que quelque chose est différent, qu’il y a ici quelque chose de nouveau. Ce sentiment se confirme rapidement, et bientôt on tombe dans des morceaux plus travaillés, mais qui ont toujours cette surface bien lissée. Comme sur Which Doctor?.

On voit bien l’utilisation de plusieurs styles et de plusieurs influences. Malgré l’ambiance bien propre aux clubs, la qualité et le travail restent, ainsi que l’exploration. Enfin, il y a Stop This Crazy Thing qui en vaut également bien la peine, reprenant cette fois des notions de jazz, de hip hop et d’une kyrielle d’autres styles.

Safe as Milk (1967) – 614 jours, 716 albums

Cette fois, c’est plus qu’un petit retour en arrière que j’ai fait : c’est littéralement un saut quantique. Cela faisait un bon moment que je souhaitais revenir sur mes pas et prendre le temps d’écouter les oeuvres du légendaire Captain Beefheart and his Magic Band. Après de nombreuses références à lui à travers les albums que j’ai écoutés depuis que j’ai quitté les années 60, j’ai fini par me convaincre qu’il était une pierre de voûte de toute la musique populaire, une pierre de voûte que j’avais omis d’écouter. Mais après qu’un ami m’ait conseillé chaudement d’écouter un de ses albums, je me suis finalement décidé. Ainsi, j’ai écouté Safe as Milk, premier des deux albums de l’artiste/groupe présent dans ce défi.

Captain Beefheart and his Magic Band - Safe as Milk

Cela faisait drôle, de se plonger de nouveau dans l’époque du psychédélique. Mais après avoir passé à travers tant d’albums, d’années et de styles, j’ai l’impression d’avoir acquis une maturité qui me permet désormais d’apprécier ces oeuvres sous un nouvel angle, sous une nouvelle perspective. Et connaissant ce qui suit, je peux apprécier davantage les particularités de l’artiste et de sa musique. Mais disons qu’avec Captain Beefheart, cela n’aurait pas été difficile de toute façon. Avec son ambiance campagnarde, qui reprend de manière inattendue l’héritage du folk, avec son utilisation de nombreux instruments (tel que le thérémine), parfois de manière expérimentale, mais toujours de manière contrôlée et judicieusement intégrée, et avec ses structures musicales nouvelles et audacieuses, son mélange frais de blues, de folk et de rock psychédélique, Beefheart sait rester unique et inimitable.

L’album débute avec Sure ‘Nuff ‘N Yes, I Do aux inspirations country, mais avec plusieurs éléments de rock qui ne permettent pas de se méprendre. Vient ensuite le très pop et accrocheur mais toujours avec cette odeur de terre Zig Zag Wanderer.

Plus loin, c’est Dropout Boogie qui retient mon attention, avec son ambiance plus brute et rude, sa voix rauque, et sa guitare sale et sa lourde basse. Puis Electricity nous offre un autre morceau accrocheur et intense, complexe à souhait et texturé au maximum. Il faut dire que le thérémine aide beaucoup. Mais c’est définitivement Abba Zaba qui a le plus retenu mon attention.

Le rock psychédélique n’a jamais été aussi et à la fois étincelant, terrestre, complexe et facile à écouter.

Ainsi, je suis bien content d’avoir enfin pris le temps de découvrir cet artiste hors paire, qui a su posséder le rock psychédélique et le créer à sa manière propre et unique. Mais, déjà, j’avais hâte de découvrir le second album du défi : Trout Mask Replica. Je vous le dis déjà : je n’ai pas été déçu !

fROMOHIO (1989) – 614 jours, 716 albums

J’ai ensuite opté pour quelque chose d’un peu moins osé : du rock alternatif des années 80. J’ai donc écouté Fromohio du groupe fIREHOSE.

fIREHOSE - fROMOHIO

C’est le nom, d’abord, qui m’a intrigué. Puis sa graphie. Sa musique, par contre, a pris plus de temps avant de venir me pénétrer. J’ai dû attendre le quatrième morceau de l’album avant d’en trouver un digne d’intérêt, soit Vastopol, une longue interlude à la guitare acoustique. Vient ensuite Mas Cojones qui, selon, débute vraiment l’album, même calmement. What Gets Heard offre ensuite un morceau plus accrocheur, plus mémorable. Mais il semble manquer quelque chose au groupe. Certes, leur interprétation du rock alternatif de l’époque, et du college rock, est différente de celles que j’ai déjà écoutés. Mais il lui manque une authenticité, une fraîcheur. Même leurs refrains, j’ai eu l’impression, tombent à plat. Seul, à mon avis, If’n vaut réellement votre attention ou votre temps.

Pour le reste, disons que le style a mieux, et plus intéressant, à offrir. Pas surprenant que j’aie eu de la difficulté à trouver l’album…

Spy vs. Spy – The Music of Ornette Coleman (1989) – 615 jours, 718 albums

Vous savez peut-être que, avant ce défi, j’en ai fait un autre spécifiquement sur le jazz. 365 albums en 365 jours. Et à travers tous ces albums, j’ai découvert un nombre incalculable d’artistes, de styles et de sous-styles de jazz. Parmi toutes ces découvertes se trouvait Ornette Coleman : l’un de ceux qui m’a permis d’apprivoiser, puis d’aimer, le free jazz. Vous comprendrez donc mon enthousiasme, lorsque je suis tombé sur l’album Spy vs. Spy – The Music of Ornette Coleman de John Zorn.

John Zorn - Spy vs. Spy - The Music of Ornette Coleman

La prémisse de cet album : déconstruire Ornette Coleman. Alors que, déjà, Ornette Coleman, lui, déconstruisait le jazz, la musique et leurs conventions. Il s’agit donc pas d’une mince affaire ! Avec 17 morceaux, pourtant, Zorn réussit son mandat. Du moins, en partie.

Ce que j’ai toujours admiré, avec Coleman, c’est la constance de ses morceaux, de sa musique. Même s’il faisait du free jazz et explorait ses possibilités, il savait toujours demeurer logique dans ses compositions. Ici, on tombe parfois, surtout au début de l’album, dans ce qui semble être une improvisation intense et anarchique. J’ai tout de même bien apprécié l’effort, surtout sur des morceaux tels que Blues Connotation, un classique de la collection de Coleman. Chippie est également bien réalisé, surtout que, suite à ce morceau, l’album gagne définitivement en qualité, avec l’intense et turbulent Peace Warriors, le plus urbain et audible Ecars, puis le très pop Feet Music, avant de passer au mélancolique Broadway Blues.

J’ai malheureusement quelques difficultés à trouver les liens appropriés, je vous laisse donc entre les mains l’album complet, où vous pourrez sélectionner vous-mêmes vos morceaux, ou même écouter l’album dans son entier, si le coeur vous en dit.

Ainsi, Zorn offre un panorama plutôt complet de l’oeuvre de Colette, mais avec une réinterprétation parfois chaotique et sèche. Mais, à d’autres moments, il permet de découvrir des oeuvres moins connues ou plus obscures de Coleman. Une seule chose est sûr : il faut d’abord apprécié le free jazz pour commencer à apprécier cet album. Moi-même, j’ai parfois trouvé la tâche ardue.

Pornography (1982) – 615 jours, 718 albums

Petit retour en arrière, après que je me sois rendu compte que je n’avais pas écouté Pornography de The Cure. C’est désormais chose faite.

The Cure - Pornography

Alors que le groupe m’avait déjà époustouflé avec Seventeen Seconds, ici, il est encore plus saisissant et pénétrant. On sent une certaine maturité de plus, et comme vient ainsi une maîtrise certaine, cela permet une audace de plus, permettant au groupe d’accéder à de nouvelles idées, de nouvelles paysages musicaux, de nouvelles ambiances. Alors que l’autre album débutait par un long morceau, calme et contemplatif, celui-ci nous offre plutôt One Hundred Years.

Un son complexe et texturé, mais aussi, et surtout, tourmenté, sombre, ténébreux. Avec The Hanging Garden, c’est un son presque pop qui nous accueille. L’ambiance demeure bien ancrée dans le goth rock, mais le rythme est quand même plus insistant, plus présent surtout. On voit que le groupe veut aller plus loin. Avec The Figurehead, on sent un retour aux sources, plus expressif certes, mais allant puiser son énergie aux ténèbres les plus profondes de la psyché humaine.

Dommage que le goth rock se soit évanoui si tôt, alors qu’il contenait une intensité si particulière, et exprimée avec un drame incomparable. Une chose est certaine : suite à ce défi, je ferai quelques recherches de plus sur ce style méconnu.

L’Eau Rouge (1989) – 615 jours, 718 albums

Les petits aperçus que j’ai eus de la musique industrielles et de ses possibilités m’ont donné l’eau à la bouche. Ainsi, j’ai décidé d’écouter sans plus attendre L’Eau Rouge, album du groupe The Young Gods.

The Young Gods - L'Eau Rouge

Mais les Young Gods, contrairement à Einstürzende Neubauten, ne se contente pas de faire de la musique abrasive et métallique ou, comme Throbbing Gristle, de faire des expérimentations musicales complexes et éprouvantes. Les Young Gods vont plus loin. Ils associent la voix roque et profonde de l’industriel, qui semble par moment tout droit sortie du death metal, et la basse et guitares électriques sombres et lourdes qui l’accompagne, à la complexité musicale de quelques autres genres. Ils ajoutent des violons, de la musique de foire, et brouillent les pistes. Ce qui, en surface, pourrait sembler expérimental, est pourtant maîtrisé ici avec une aise et une justesse impressionnantes. Les airs tourmentés de La Fille de la Mort dévoilent déjà le groupe et ses intentions, mais c’est véritablement Rue des Tempêtes qui donne le coup d’envoi de ce bal macabre.

Les violons inquisiteurs, la basse lugubre, la voix parfois grave, parfois explosive, les guitares abrasives mais sans être agressives, tout cela forme un morceau sans égal, qui rend toute comparaison ardue et futile. Plus loin, Charlotte nous plonge de nouveau dans une ambiance carnavalesque, où le rouge, le noir et le sourire pervers des clowns prennent l’honneur.

Ville Nótre reprend plutôt l’ambiance décadente de l’industriel tel que j’ai appris à le connaître, avec des paroles perverses qui s’agencent parfaitement à cette atmosphère lubrique.

Pour le reste, l’ambiance est impeccable et ne se trahit nulle part, toujours aussi puissante, toujours égale. Si chacun des groupes d’industriel que je croise à partir de maintenant à cette qualité, j’aurai de quoi me réjouir amplement.