Let Love Rule (1989) – 615 jours, 718 albums

Autre belle découverte : Lenny Kravitz. J’avais entendu son nom. Je n’avais jamais entendu de sa musique. Mais avec l’album Let Love Rule, c’est maintenant fait. Et, par la même occasion, j’ai découvert le néo-psychédélique.

Lenny Kravitz - Let Love Rule

J’ai de la difficulté à concevoir l’idée d’un néo psychédélisme. C’est que, après avoir suivi à la trace l’évolution de la musique populaire sur presque, déjà, 300 albums, j’ai l’impression que tout découle, d’une manière ou d’une autre, du rock psychédélique de la fin des années 60. Sans le psychédélique, la musique qui a suivi aurait été bien différente. En observant le art rock, le glam rock et même plusieurs sortes de métal, on y voit cette trace indélébile. Seule possible exception : le punk. Et même là…

Mais, en même temps, force est de constater que, vers la fin des années 80, et au début des années 90 (dans lesquelles je suis présentement plongé), il semble avoir une recrudescence dans ce mélange des styles. On colle le funk et le hip hop au métal, le métal au punk, le punk à l’électro. On va aussi chercher des styles oubliés, pour les créer de nouveau, pour y mêler des éléments contemporains, comme  le garage rock qui se transforme en noise rock. Ainsi, en quoi comporte réellement le néo-psychédélique exposé par Kravitz ? Voilà quelque chose qui m’échappe. J’y vois la variété des styles, et même un retour de l’ambiance du rock psychédélique, un peu, mais ce qui caractérise spécifiquement le style m’échappe.

Cela en fait un album complexe et intéressant, intriguant. Prenez Sittin’ on Top of the World pour exemple.

La guitare folk ouvre le bal, avec des airs de balades, puis arrivent un rythme funk, et la voix se transforme presque en gospel. Plus loin, la batterie et la guitare jouent un rock plus classique, à la limite du hard rock dans sa forme et sa force. Et pourtant, tout s’agence sans heurt. Let Love Rule ne nous laisse pas en reste non plus, avec un rythme plus doux et lent, mais une voix viscérale et un orgue qui ne laissent aucun compromis. Ajoutez à cela quelques cuivres… Plus loin, l’intro de Mr. Cab Driver n’est pas sans rappeler le Bowie de Berlin, alors que, dès que le morceau débute, on se retrouve avec un rock & roll mêlé de relents de garage. Puis vient le touchant et sombre Be.

Viennent enfin le plus psychédélique Empty Hands et le plus énergique Flower Child, qui clôture l’album avec des images musicales à la Bowie et à la Hendrix.

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The Real Thing (1989) – 619 jours, 722 albums

Mais après une petite déception, j’ai fait, en échange, une belle découverte. Il s’agit du mélange audacieux de heavy metal, de funk et de hard rock contenu sur l’album The Real Thing, du groupe Faith No More.

Faith No More - The Real Thing

Comme donner un vent de fraîcheur à un style déjà largement exploré ? Ajoutez-y du funk ! Ainsi, un heavy metal/hard rock qui probablement, ici, serait passé autrement inaperçu devient tout à coup électrifiant, pénétrant aux os, et intriguant tout à la fois. Aussi, ne nous le cachons pas : la musique devient franchement accrocheuse. From out of Nowhere!!!!, dès le début de l’album, prouve mon point.

Certes, le funk n’est ici pas très apparent, mais l’esprit d’innovation, lui, l’est déjà, et il se perpétuera tout au long de l’album. En attendant, ce morceau nous offre de grands passages épiques et aériens, sur un fond musical solide et aux effluves pop. Mais dès le morceau suivant, Epic, qui porte d’ailleurs bien son nom, le funk est bien présent, et donne une dimension nouvelle aux possibilités qu’apportent ces styles agencés ensemble. Avec Zombie Eaters, c’est un morceau qui rappelle un mélange étrange entre Iron Maiden et du hip hop. Et, étonnement, le résultat est assez bien réussi ! Puis avec The Real Thing, le résultat est encore mieux.

Là, le morceau est travaillé et détaillé à souhait, sur plus de 8 minutes. Et les envolées vocales sont un judicieux mélange entre le ton vindicatif du hip hop et le chant épique du heavy metal, rappelant même celui plus cru et brut du death metal par moments. De manière remarquable, Faith No More arrive à faire de la douceur avec de la rudesse.

Tout de suite après, on assiste à un pop Underwater Love, puis à un très complexe et recherché Woodpecker from Mars. Encore une fois, la polyvalence de ces groupes de métal m’impressionne, et je leur dois une grande admiration. En ajoutant des violons, la symphonie musicale devient pleine, et complète le cercle. Et pour terminer l’album, on nous offre Edge of the World, où, cette fois, on mêle le funk/hip hop avec une ambiance jazzy. Tout pour bien finir la soirée.

Technique (1989) – 619 jours, 722 albums

J’ai ensuite écouté un second album de New Order. Il s’agissait de Technique.

New Order - Technique

Il est peut-être rendu un peu tard pour parler de new wave et de synth pop, mais j’ai l’impression que le style n’a pas tellement changé, entre cet album et le dernier. Ce qui a changé, c’est la maturité derrière. L’album m’a semblé plus rodé, plus lisse, plus épuré. Il devient difficile, ici, d’entendre les restes de Joy Division. Et, sérieusement, en perdant cet aspect viscéral, cette profondeur, et en tombant dans le dance plus pur, on perd, à mon avis, beaucoup de l’intérêt de New Order. Cela dit, les morceaux demeurent accrocheurs, et certains restent dans la tête un bon bout de temps. Le groupe n’a pas perdu la touche. Mais elle s’est affaiblie, certainement. Si, par exemple, vous écoutez Round & Round, vous comprendrez peut-être mon point.

Le rythme est là, parfait. La complexité électronique est fort appréciable. Mais il manque l’émotion. Elle y est, mais seulement un peu, tellement peu. Mais ne me méprenez pas : il s’agit d’un excellent album pour animer vos soirées. En revanche, c’en est moins un pour passer une soirée contemplative. Autre beau moment : Mr. Disco.

Par contre, on ne peut pas dire que New Order manque de texture, dans ses arrangements électroniques. Mais, pourtant, je n’arrive pas à leur trouver de substance. Sinon, j’ai bien aimé Vanishing PointLove Less et, quand même, Fine Time, qui ouvre avec élégance l’album.

Tank Battles: Songs of Hanns Eisler (1988) – 620 jours, 723 albums

J’ai ensuite découvert un album plutôt particulier, d’une chanteuse presque indéfinissable. Avec un semblant de base classique, mais avec une déconstruction et une décadence dans les formes, Tank Battles: Songs of Hanns Eisler de Dagmar Krause m’a bien surpris.

Dagmar Krause - Tank Battles - Songs of Hanns Eisler

En fait, l’album m’a laissé à la fois perplexe et fasciné. Une sorte d’opéra allemand, mais discordant, qui m’a rappelé certains albums de free jazz, ou The Trial de l’album The Mad Hatter, de Chick Corea. Un monde musical habité par la tourmente, la déconstruction, bizarrerie, et juste un brin de folie, avec des décors dénudés par des arrangements musicaux simples, mais d’une luminosité perçante, aux pourtours sombres, avec des formes qui sortent à l’occasion de l’ombre, ou s’y fondent de nouveau : voilà, en gros, ce que nous présente Krause. Pour vous faire une meilleure idée, écoutez donc The Ballad of the Sackslingers. En voici une version live.

Ce morceau est plus mélodieux que beaucoup d’autres sur l’album. Et c’est ce qui fait la force de Krause : de pouvoir marier les deux, rendant ainsi le contraste encore plus saisissant qu’on ne le croirait possible. Et, de la manière qu’elle mêle harmonieux et discordant, elle mêle les tempos, passant de rapide à lent, de lent à rapide, nous surprenant à tous les tournants.

Comme l’album compte pas moins que 36 morceaux, en voici quelques uns sur lesquels vous devriez vous attarder davantage : le long et complexe Lied Von Der Belebeden Wirkung des Geldes, le très harmonieux et doux Chanson Allemande, le tragique Song of a German Mother, le triomphant Bankenlied, puis enfin The Wise Woman and the Soldier au style de musical. Après ce morceau, l’album perd un peu de sa saveur, ou de son originalité. Mais avant de terminer ma critique, il faut que vous écoutiez The Song of the Whitewash, qui ouvre l’album de la plus belle façon possible, en vous plongeant dans l’atmosphère sans aucun compromis. La qualité de cette vidéo n’est pas géniale, mais c’est définitivement l’autre morceau de l’album que vous devez écouter.

Nothing’s Shocking (1988) – 620 jours, 723 albums

Avec Nothing’s Shocking du groupe Jane’s Addiction, par contre, on tombe dans autre chose. Heavy metal et hard rock sont, après une absente certaine, de retour dans mes oreilles.

Jane's Addiction - Nothing's Shocking

En écoutant cette musique à la fois nouvelle et déjà connue, j’ai expérimenté un étrange retour en arrière. Cet album, somme toute, n’est pas très éloigné de certains d’Alice Cooper, ou des guitares électriques rondes et longues d’Iron Maiden. Mais en même temps, on sent l’épuration provoquée par le punk, et on ne peut s’empêcher non plus de penser au grunge qui arrive à grands pas. Avec Up the Beach, qui ouvre l’album, on sent déjà les constructions complexes et plus détaillées, mais on semble également avoir perdu l’aspect abrasif du trash et du speed metal. On a plutôt un long paysage détaillé, un long horizon à l’ambiance éthéré. Ocean Size, par contre, tombe déjà dans les mélodies accrocheuses.

Les voix aiguës, les arrangements simples mais présents, l’ambiance grande et claire, comme les guitares joués avec une précision chirurgicale : voilà ce que j’aime du métal, et qui m’a cruellement manqué dans les autres metal que j’ai écoutés dernièrement. Had a Dad reprend la même atmosphère, mais de manière un peu moins accrocheuse. On le remarque à peine. D’ailleurs, certains passages plus travaillés y sont même mieux réussis. Par contre, Summertime Rolls commence plutôt doucement, avant de devenir plus expressif par la suite, donnant, grâce à sa longueur, un aspect épique à sa mélodie.

Le groupe, d’ailleurs, m’a surpris par cette maîtrise et cette diversité. À ce titre, il fait pleinement partie des grands du genre, sachant amener le métal plus loin que le simple bruit. Bref, il sait être tout, avec le son piquant des guitares électriques.

Bug (1988) – 620 jours, 724 albums

J’ai, naturellement, poursuivi avec un autre album de noise rock. Cette fois, c’était Bug de Dinosaur Jr..

Dinosaur Jr. - Bug

Une autre belle révélation du groupe, et du style. Un son chargé et texturé, mais qui laisse toute la place aux nuances et aux subtilités, permettant ainsi un maximum d’effet et d’intensité. D’ailleurs, Dinosaur Jr. propose un son plus brut, plus chargé que les Pixies. La balance est moins bien réussie, moins subtile. Mais bon : lorsque l’on écoute ce groupe, ce n’est pas forcément ce que l’on recherche non plus ! Et pour faire un rock accrocheur, plein et satisfaisant, Dinosaur Jr. sait y faire, et surtout sur cet album. Cela débute dès Freak Scene, avec l’ouverture de l’album.

Mais l’album gagne vraiment toute sa valeur avec Yeah We Know.

J’ignore ce que ce morceau a de si particulier, mais dès les premières notes, il a su me pénétrer. J’aime sa construction, son émotion à la fois morne et sentie, un peu mélancolique, sa mélodie à la fois simple et complexe, mais ô combien accrocheuse, ô combien touchante.

Sinon, il y a aussi l’expressif Let It Ride et le morceau aux expressions étrangement folk Pond Song. Le reste de l’album est moins remarquable en tant que tel, mais contribue néanmoins à cette ambiance pleine et texturée, brute juste assez mais sans être brutale. Ah ! Je m’ennuie déjà du noise rock !

Surfer Rosa (1988) – 620 jours, 724 albums

Encore des problèmes d’organisation ! Mais cette fois, c’est à cause d’un nouvel emploi et d’une réorganisation de mon appartement. Et, à travers tout ça, j’ai néanmoins réussi à baisser mon retard d’un album ! Et surtout, comme mon emploi est juste assez loin de chez moi, j’ai l’occasion parfaite pour écouter un album en me rendant et en revenant du travail. Comme du temps déjà lointain de mon défi jazz !

Cela dit, j’ai encore en banque plusieurs albums déjà écoutés qu’il me reste à commenter. Le premier d’entre eux est Surfer Rosa du groupes Pixies.

Pixies - Surfer Rosa

J’avais déjà écouté les Pixies, un peu. J’étais tombé sur le groupe, un peu par hasard, lorsque je faisais encore une découverte et recherche chaotique de la musique. Et, pour être franc, je n’avais pas vraiment apprécié et, ainsi, j’avais mis le groupe de côté sans trop y repenser. En voyant le nom du groupe dans ce défi, j’y ai vu une bonne occasion de revisiter le groupe, sans vraiment d’appréhension ni d’espoir quelconques. Et je dois dire que je suis plutôt satisfait de cette redécouverte. La musique est la même, mais la perception a totalement changé. J’ai senti que, maintenant que j’ai une certaine maturité musicale, je peux pleinement apprécier cette musique. Et ça, je m’en suis rendu compte avec Something Against You.

Les guitares lourdes et rapides, grésillant par-dessus les voix mal enregistrées et distantes, le tout avec un fond de noise rock texturé à souhait : tout ici est fait pour être aimé. MAIS il faut savoir apprécier et apprivoiser le style, ce que je n’avais pas il y a quelques années. Mais maintenant, j’ai ces outils, et je sais les utiliser. Ainsi, lorsque j’écoute, aussi, le discordant et énergique Broken Face ou le complexe I’m Amazed, je n’y trouve que du bonheur.

Naturellement, les morceaux plus pop, comme l’excellent Gigantic, ne s’y retrouve que rehaussés par cette compréhension et perception nouvelles.

Le refrain accrocheur reste, mais les passages plus exigeants y trouve un attrait jusqu’alors insoupçonné. Même chose pour le plus doux et mélancolique Where Is My Mind?. Il se crée, grâce au noise rock, une atmosphère complète et enveloppante, qui permet ensuite au reste du morceau de transporter l’auditeur, ailleurs ou en lui-même, avec un aspect concret époustouflant. Avec toute cette texture, on a presque l’impression, parfois, de pouvoir toucher la musique. Et là, on en est encore qu’au premier album du groupe…