Trout Mask Replica (1969) – 607 jours, 705 albums

Je vous l’avais dit : je n’ai pas pu attendre bien longtemps avant d’écouter le second album de Captain Beefheart and his Magic Band contenu dans ce défi. On me l’avait chaudement recommandé, et son aspect expérimental, libre et complexe n’était pas sans m’allécher. Je parle bien sûr de l’album Trout Mask Replica.

Captain Beefheart and his Magic Band - Trout Mask Replica

Ce n’est pas le premier album de rock expérimental des sixties que j’ai écouté dans le contexte de ce défi. Mais c’est le premier que j’ai apprécié du premier coup. Et je dois dire : l’expérience y est pour beaucoup ! Encore aujourd’hui, apprécier The Velvet Underground and Nico demande quelques efforts, et Freak Out! mériterait sûrement une écoute fraîche pour être pleinement compris. Mais Trout Mask Replica, dès le début, m’a séduit.

Le son distordant, les mélodies déconstruites et fragmentaires, les rythmes inhabituels et changeants, l’absence apparente de toute règle ou esthétisme… tout dans cet album pourrait surprendre, effrayer. Et pourtant : en l’écoutant bien, avec attention, il contient au contraire une richesse certaine, complexe et stimulante. Surtout à la lumière des albums parus durant les 20 années suivantes, on sent des débuts d’influence, des graines et des bourgeons à peine éclos, des techniques et idées musicales à peine effleurées. Ici, on semble tout sentir à l’état d’embryon, du proto-punk au art rock, sans oublier les débuts de l’industriel, certaines notions de free jazz, ou même la voix éraillée de Tom Waits ou l’aspect rude et boueux du blues-rock à venir.

De la même manière, il serait difficile de nommer des morceaux en particulier qui ressortent de l’album. Certains passages sont certes plus harmonieux, plus faciles à écouter ou encore plus intéressants, sous un de leurs aspects ou un autre, mais l’album m’est plutôt apparu comme une expérience complète et liée, qui doit s’écouter comme une unité, du début à la fin, malgré ses quelques 77 minutes. Il peut paraître absurde, de dire qu’une oeuvre aussi décousue et fragmentaire ne puisse pas être facilement séparée en ses différents morceaux. Mais peut-on, sans faire attention, prélever une forme ou une ligne d’une oeuvre de Picasso et, ainsi, croire comprendre ou exposer l’oeuvre dans son entier ? Malgré ses angles et sa déconstruction apparente, cette musique est au contraire plus intimement liée que celle de bien des albums.

Je tenterai tout de même le coup, en vous faisant écouter quelques extraits. Mais si vous trouvez que ces quelques morceaux ne rendent pas justice à l’album, sachez que vous aurez été prévenus. Même chose si vous êtes un néophyte peu familier avec le style. Et enfin, même chose si vous croyez bien connaître la musique et que, comme moi, ce genre de défi ne vous fait plus peur. Car on doit, avec cette musique comme avec un grand vin, lui laisser le loisir de respirer un peu, de s’aérer pour qu’il laisse échapper ses plus attrayantes effluves. À l’ouvrir ou le boire trop vite, on perdrait tout l’intérêt, tout  le divin qui s’y trouve.

Pour vous plonger dans le bain : Ella Guru.

Ensuite, Pachuco Cadaver.

Enfin, Sugar ‘N Spikes, mon favori.

Je pourrais vous en faire écouter beaucoup d’autres mais, comme je le décrivais plus haut, il s’agit d’une expérience qui, pour être pleinement comprise, demande le temps de bien s’asseoir, et d’écouter l’album en entier, avec toute l’attention qu’il mérite.

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