Spiderland (1991) – 279 jours, 535 albums

Slint - SpiderlandTempos variants, structures musicales alambiquées, mélodies expérimentales et segmentées: les débuts du post-rock ne sont pas encore complètement éthérés, mais ils regorgent de complexité. Spiderland de Slint met à l’épreuve, fait travailler les méninges et récompense avec une musique satisfaisante.

Dès Breadcrumb Trail, on sent les aspérités, les pics musicaux qui sortent de la trame. Le tempo n’est pas familier: il hache la mélodie en segments étranges, qui semblent mal coller. Mais en s’y attardant, l’expérience est phénoménale: on assiste à la genèse d’un style, d’un son. Il est loin d’être pop ou accrocheur, mais il est cérébral, réfléchi. C’est une joie savante de s’aventurer dans ces méandres musicaux.

Plus que dans le post-rock qui va suivre, Slint injecte de bonnes doses de rock, voire de punk, avec des guitares électriques acérées, une énergie anti-conformiste et un dénuement fort trompeur. Après Breadcrumb Trail, l’expérience se renouvelle avec Nosferatu Man, où les riffs de guitare dictés par des tempos irréguliers sont maîtres, et Good Morning, Captain, cette fois avec plus de détails et de minutie, sur un thème (relativement) calme. Washer offre une évolution plus complète et mélodique rendant l’album, pour un court instant, plus accessible.

Spiderland nous apprend que le post-rock n’est pas formé que de légèreté, d’éther et de brouillard, mais aussi de rock terreux et de structures ardues et cérébrales. Et l’exigence de plus rapporte en satisfaction, si on prend le temps d’écouter.

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First Band on the Moon (1996) – 279 jours, 536 albums

The Cardigans - First Band on the MoonCandide serait le meilleur mot pour définir la musique du groupe The Cardigans. Les morceaux twee pop et dream pop de First Band on the Moon rappellent les prés ensoleillés et la nostalgie des premiers amours.

Légères, badines et habitées d’une énergie juvénile, ces mélodies ne peuvent que faire sourire, même les journées grises. Le lent Heartbreaker ressemble à une comptine. Mais la plupart des morceaux sont joyeux et énergiques, comme le festif Never Recover, l’accrocheur Your New Cuckoo, ou même le lent mais présent Losers. Des morceaux comme Choke sont plus imposants, en ne perdant rien de leur simplicité et de leur petit côté rêveur.

Si vous connaissez déjà le groupe, ce sera peut-être grâce à Lovefool et ses tendances disco, qui fut un succès en rappelant à certains leurs meilleures années. Pour ma part, je m’en souviendrai pour l’excellente réinterprétation de Iron Man de Black Sabbath, transformé en morceau langoureux et rêveur: un véritable exploit.

Millions Now Living Will Never Die (1996) – 279 jours, 536 albums

Tortoise - Millions Now Living Will Never DieTortoise vous livre des paysages éthérées et complexes de post-rock, qui se dévoilent devant vos yeux dans tous leurs détails. Millions Now Living Will Never Die est une longue expérience contemplative qui mérite d’être admirée.

Djed se développe sur 20 longues minutes, construit par des répétitions électroniques, des vagues de sons oscillantes, des notes de vibraphone et des millions d’autres détails qui se perdent dans les filets d’une aurore boréale sonore. Car il s’agit presque d’un voile fin qui s’agite au vent: délicat et mystérieux. Avec Glass Museum, on se retrouve dans un véritable palais de verre, où le verre teinte et la lumière miroite, avec quelques notes de rock. Sur Along the Bank of the River, l’ambiance est presque jazz, rappelant les pièces méditatives fusion du Pat Metheny Group. La batterie, derrière, fait scintiller le morceau.

Le post-rock étonne encore, dans sa capacité à jumeler les inspirations sans heurts, à tailler les détails sans faute, avec minutie et patience. Tortoise n’échappe à la règle et réalise un fin diamant avec cet album doux et relaxante, et ces morceaux finement ciselés.

Make Yourself (1999) – 279 jours, 536 albums

Incubus - Make YourselfSi vous ajoutez du hip hop et un peu de grunge à du métal, ça donne Make Yourself du groupe Incubus: une petite perle de nü metal.

Les voix franches et dénudées du hip hop sont parfaites pour les mélodies du métal. Le grunge semble venir simplifier un peu plus la musique, en y injectant du caractère (comme s’il en manquait!). Il en résulte des morceaux puissants, mais lisses et doux à l’oreille. Les aspérités du hip hop, du grunge ou de l’héritage punk sont aplanies par une musicalité renversante.

Malgré sa force, Nowhere Fast s’écoute sans effort, passant des moments délicats aux plus intenses. Consequence est construit sur le même gabarit, pour un effet aussi accrocheur, tout comme le morceau éponyme. When It Comes est plus inquisiteur, plus rap, mais aussi plus harmonique, plus accompli. Enfin, Drive mêle une guitare acoustique à des éléments de rap, rappelant étrangement le britpop doux et badin des The Verve et Oasis qui ont précédé, mais avec une signature qui est propre au groupe.

Let’s Get Killed (1997) – 280 jours, 536 albums

David Holmes - Let's Get Killed

Dans la musique électronique, c’est souvent la répétition qui fait le charme. Se distinguer, lorsque l’on fait de la techno ou du dance comme David Holmes, peut être difficile. Avec Let’s Get Killed, l’artiste réussit son pari… à demi.

Quelques morceaux retiennent l’attention: Radio 7 qui remixe le thème de James Bond, Don’t Die Just Yet qui reprend du Gainsbourg, My Mate Paul et ses rythmes accrocheurs et travaillés à point… Mais la plupart de l’album reste plat, passe inaperçu.

On se perd un peu dans les rythmes, auxquels il manque un brin de caractère pour sortir du lot. On écoute sans trop porter à attention, sans retenir. Certains morceaux y parviennent, et valent l’écoute, mais pour les autres, passez outre.

Maxwell’s Urban Hang Suite (1996) – 281 jours, 539 albums

Langoureux, sensuel, romantique: Maxwell’s Urban Hang Suite de Maxwell nous plonge dans le soul comme on l’aime.

Maxwell - Maxwell's Urban Hang Suite

Le soul peut être lourd dans sa profondeur presque exagérée, exaspérante. Maxwell sait l’alléger, le ramener vers le R&B en y insufflant un peu de pop. Le tout demeure langoureux et réservé pour vos soirées amoureuses, surtout les plus chaudes, mais la présence musicale est plus nuancée que chez d’autres.

The Urban Theme a du funk et est assez urbain. Sumthin’ Sumthin’ rappelle le R&B de Michael Jackson. Whenever, Wherever, Whatever donne même dans la simplicité, avec sa guitare acoustique. ‘Til the Cops Come Knockin’ est plus pesant, mais c’est pour le bonheur du couple d’auditeurs…

Next (1973) – 281 jours, 539 albums

The Sensational Alex Harvey Band: les promesses sont grandes. Et avec l’album Next, elles sont remplies avec un glam et hard rock décapant.

The Sensational Alex Harvey Band - Next

Il y a de l’égo dans ces morceaux, et il est bien placé. Les musiciens, et le chanteur!, ont une forte présence tout au long de l’album. Ils s’expriment avec le langage imposant du hard rock, avec la lourdeur des guitares électriques ou l’ampleur des cuivres. Et pour rendre leur musique spectaculaire et délectable, ils nuancent au glam rock. Le résultat est explosif, sans concession.

Gang Bang est ample et appuyé. Swampsnake fait cabaret, avec ses nuances de blues et de folk. The Faith Healer est travaillé et complexe, lent, alors que Next reprend le tango de Jacques Brel de manière éclatante.

Il n’a plus à en douter: le talent d’Alex Harvey est gravement sous-estimé, du simple fait qu’il soit méconnu.