Sarah Vaughan at Mister Kelly’s (1958) – 304 jours, 558 albums

Le vocal jazz de Sarah Vaughan est juste l’une de ces choses… Et comme tout enregistrement live de jazz, Sarah Vaughan at Mister Kelly’s a une énergie à la fois vivante et intimiste. L’écouter, c’est inviter une diva du jazz dans son salon, pour un soir, histoire de la connaître un peu.

Sarah Vaughan - At Mister Kelly's

Elle chante et elle expose son cœur. Le sien, et celui de plusieurs standards du jazz. Elle reprend les Willow Weep for Me, Just One of Those Things et Just a Gigolo qui ont formé le vocal jazz de leur époque et des autres. Elle les fait redécouvrir à une audience de cabaret, où on imagine les amoureux, gênés, se tenant la main et se faisant les yeux doux. À quelques moments, ils suivent le rythme du pied, mais à peine: on les imagine surtout rêveurs.

Avec des arrangements discrets au piano et à la batterie, c’est la voix de Vaughan qui est mise en valeur. Langoureuse, amoureuse ou bleue, elle n’est jamais déchirante. On pourrait lui reprocher de manquer d’un peu de miel, mais on cherche surtout une délicatesse et une intimité. On les trouve, sur le simple mais émouvant Dream, et sur d’autres morceaux connus ou moins connus, mais tous aussi personnels.

Le vocal jazz ne tient qu’à une chose: l’artiste. Il faut s’en faire un ami pour aimer. Certains caractères s’entendent bien, d’autres moins. Pour Vaughan, il m’a fallu une seconde écoute pour mieux l’apprivoiser. Je sens qu’avec une troisième, nous deviendrons de grands amis.

Publicités

Gunfighter Ballads and Trail Songs (1959) – 411 jours, 587 albums

De la musique de cowboys : Gunfighter Ballads and Trail Songs de Marty Robbins est l’album parfait pour vos ballades sur des chemins de terre perdus dans le Nord Québécois.

Marty Robbins - Gunfighter Ballads and Trail Songs

Dans le coin de Beaucanton, sur les chemins cahoteux et boueux menant à une piste de randonnée pédestre au sommet d’une montagne dont j’oublie le nom, Marty Robbins nous a accompagné, nous faisant sentir en pleine nature, en pleine terre, poussiéreuse ou boueuse. De plus, à cette hauteur dans le Nord, la végétation devient plus clairsemée, rappelant juste assez les territoires plus déserts des États-Unis. Le country, donc, est là, et bien nommé. Country, mais plus accessible, car plus près du western. Ou peut-être est-ce moi que se fait au style…

Parmi les bons moments, Big Iron est un bon départ d’album, en force et en énergie.

El Paso et ses effluves mexicaines vaut également une oreille attentive. The Master’s Call donne de l’ambiance et rappelle quelque peu Johnny Cash.

Plus émotif, mais aussi plus pénétrant.

Je n’aurais pas cru passer un aussi bon moment avec un tel album, et pourtant ce fut une très belle découverte, surtout dans un tel paysage.

Kind of Blue (1959) – 412 jours, 588 albums

On ne connaît pas le jazz si on ne connaît pas le hard bop. Et on ne connaît pas le hard bop sans connaître Miles Davis. Et pour connaître Miles Davis, il faut avoir écouté Kind of Blue. Bref, tout le jazz semble être contenu dans cet album. C’est, selon moi, où tout commence, et où on revient toujours.

Miles Davis - Kind of Blue

Ma copine ne connaît rien au jazz. Et moi, vous savez peut-être que j’ai écouté 365 albums de jazz en moins d’un an. Il était indispensable que je partage cette passion avec elle. Je ne pouvais imaginer un meilleur point de départ que Kind of Blue, cet album mythique, pierre angulaire de trop de courants du jazz. C’est à la fois une quintessence et un début. Il m’a donc pris beaucoup de patience pour ne pas réécouter cet album tout de suite en débutant ce nouveau défi. Mais pourquoi insisté autant sur un seul album ? Qu’a-t-il de si spécial, de si unique ?

D’abord, les musiciens derrière l’album. Ce n’est pas que Miles Davis, ce colosse du jazz, derrière la trompette. Il y a aussi John Coltrane au saxophone ténor, Cannonball Adderley au saxophone alto, Bill Evans au piano, Paul Chambers à la basse et Jimmy Cobb à la batterie. Il s’agit de maîtres du style, en groupe ou en solo, qui ont façonné le hard bop.

Ensuite, la musique. Tout du hard bop est présent dans cet album, et dans sa meilleure expression. Les touches jazzys, mêlées au retour de la soul et du blues, avec une émotion intense, viscérale, mais contrôlée, tenue en laisse pour mieux qu’elle ne s’exprime, et avec la douceur des thèmes, leur élégance et leur raffinement : tout y est. Puisque, bien sûr, le tout est livré par les meilleurs musiciens du style et de l’époque, qui jouent de manière presque télépathique (n’oublions pas que de grands pans de ces morceaux sont improvisés !)

Donc, si vous souhaitez vous initiez au jazz, c’est ici qu’il faut commencer, avec des morceaux comme So What, même si chaque moment de cet album vaut votre attention.

Quoique Freddie Freeloader occupe toujours une place de choix dans mon coeur.

Sings the George and Ira Gershwin Song Book (1959) – 413 jours, 590 albums

George Gershwin : l’un des meilleurs compositeurs américains. Ella Fitzgerald : l’une des meilleures chanteuses de jazz de tous les temps. Lorsque cette dernière décide de reprendre toute l’oeuvre musicale du premier, ça donne Sings the George and Ira Gershwin Song Book : plus de 4 heures de jazz, de classique et d’élégance.

Ella Fitzgerald - Sings the George and Ira Gershwin Song Book

Il y a de ces albums d’une telle ampleur qu’ils ne peuvent s’écouter d’un seul coup, ou presque. Les 3 disques et 3 heures de celui-ci demandaient un moment spécial, attitré. On ne peut y plonger à coups de 15 minutes : il faut se laisser porter. Un roadtrip pour l’Abitibi-Téminscamingue était donc le moment parfait. Pour ne pas trop ennuyé mes passagers, j’ai écouté un album en me rendant, et les deux autres en revenant. Et au moment d’écrire cette critique, je me suis aperçu qu’il y avait un quatrième disque, dont je termine l’écoute en ce moment même (des alternate takes pour la plupart). Mais reste que l’expérience se rapprochait de celle vécue lors de ma découverte (et redécouverte) de Bitches Brew de Miles Davis : on se perd dans l’oeuvre en voyant défiler le paysage autour de soi.

Premièrement, j’ignorais que Gershwin et son frère avaient composé autant de chansons. Deuxièmement, davantage de ces morceaux sont des standards que je ne l’aurais cru ! Let’s Call the Whole Thing Off est l’un d’eux, un classique que vous connaissez sûrement, portant sur les variations de prononciation des mots de la langue anglaise : un joyau. They All Laughed est aussi un de mes favoris.

Oh, Lady Be Good est de ceux-là également, tout comme l’indémodable Foggy Day.

Il y a aussi I Got RhythmEmbraceable YouI’ve Got a Crush on You, et j’en passe.

Ainsi, que vous désiriez découvrir l’homme ou la femme, cet album est le lieu parfait pour le faire. Voyez sa longueur comme une mine dans laquelle on ne cesse de découvrir de petites pépites dorées à chaque tournant.

Dance Mania, Vol. 1 (1958) – 444 jours, 594 albums

Un peu de mambo pour se donner de l’énergie et débuter une belle journée ensoleillée (ou pour ensoleiller une journée grise) : c’est avec cette idée en tête que j’ai écouté le maître incontesté du mambo Tito Puente et son album Dance Mania, Vol. 1.

Tito Puente - Dance Mania, Vol. 1

Cette musique latine, cubaine, semble être forgée à même le feu, tellement elle est chaude et endiablée. Le rythme est difficile à ignorer, surtout pour vos hanches qui voudront bouger un peu. Et ce, dès l’ouverture de l’album, avec El Cayuco.

On se croirait expédier en quelque pays chaud, où les palmiers et les vagues dansent lentement au rythme de la musique, des percussions et des cuivres. Et après ce morceau, on se laisse transporter par cette ambiance hautement festive, sensuelle et à l’énergie déchaînée. L’esprit semble prendre des vacances, pendant que l’album joue dans votre voiture, et un large sourire s’installe sur vos lèvres.

Mais juste pour vous, je vais vous donner quelques autres bons moments. 3-D MamboHong Kong Mambo et Varsity Drag sont 3 morceaux qui ne sauraient vous déplaire.

Pour le reste, à vous d’entrée dans ce carnaval coloré et ensoleillé.

The Wildest! (1956) – 444 jours, 594 albums

Pour faire la cuisine, la vaisselle et un peu de ménage, rien ne vaut le swing énergique et indémodable de Louis Prima. Je dirais même que son album The Wildest! est parfait pour toutes les occasions, et transformeront vos moments monotones en petite fête à chaque écoute.

Louis Prima - The Wildest!

Louis Prima est une légende du swing. On ne peut écouter du swing sans l’écouter lui, c’est aussi simple que ça. Et à ce titre, The Wildest! est l’album tout désigner pour découvrir ou redécouvrir cette musique, cette époque, cette énergie électrisante. Et parmi tous les classiques que compte l’album, Jump, Jive, An’ Wail est celui qui est encore plus incontournable que tous les autres.

Tout le swing s’y trouve : le jazz, l’énergie, la chaleur, la dance, le rythme infectieux… Mais l’album n’est pas constitué que de ces morceaux endiablés. The Lip, par exemple, est plus calme et posé, tout comme Body and Soul, un standard du jazz réinterprété avec juste assez de swing, mais sans que le morceau n’en soit dénaturé. Mais reste que les morceaux les plus accrocheurs, ceux qu’on réécoute en boucle, ont davantage le calibre de Oh Marie ou de Medley: Just a Gigolo – I Ain’t Got Nobody. Surtout le second, qui est inoubliable et que vous connaissez sûrement déjà.

Ainsi, j’ai fait ma journée de ménage et de cuisine avec ma copine avec un large sourire et quelques pauses dansantes. Je vous en souhaite autant.

Brilliant Corners (1957) – 467 jours, 622 albums

Changement de ton et un autre album de jazz pour moi : j’ai écouté Brilliant Corners de Thelonious Monk.

Thelonious Monk - Brilliant Corners

Ah ! Tant de souvenirs ! Je m’ennuyais bien de ce piano anguleux, de ces morceaux mouvementés et jazzy, de cette texture en aspérités. Car tout cela qu’offre Thelonious Monk, l’un de mes artistes favoris du bop. Je n’aime pas tant le bop, mais j’adore Monk. Et pour cette seule raison : l’angle. On a l’impression que ses morceaux sont des formes géométriques complexes, mais aux angles nombreux, aigus, ce qui rend sa musique fraîche, nouvelle et toujours changeante. Monk sait être original, surprendre, et pourtant avec si peu. Lors de mon défi jazz, j’ai écouté un bon nombre de ses albums, dont celui-ci que j’apprécie tout particulièrement : il s’agit d’un classique. Et le classique de l’album, c’est Pannonica.

Allez à 20:50, ou alors écoutez l’album en entier. Brillant Corners, qui ouvre l’album, est d’ailleurs fort appréciable également. Mais c’est le vibraphone de Pannonica qui me séduit à tout coup. Ça, et la trompette discordante, qui donne un frisson et tout le charme au morceau. Avec cette simple note étrange, on sait que Monk va plus loin, repousse les limites, ose. Et avec ce pic, il retient mon attention, et fait en sorte que je l’écoute lui, au contraire de tant d’artistes de la même époque, à la virtuosité grandiose, mais qui jouent avec si peu de coeur.

Bref, ce n’est pas forcément le meilleur endroit pour débuter dans le jazz, mais dès que vous vous serez fait au son, au bop et aux classiques, ne manquez pas cet album : c’est un incontournable, et un inoubliable.