Reggatta de Blanc (1979) – 110 jours, 474 albums

The Police - Reggatta de Blanc (1979)The Police est pas mal connu de tous. On a tous entendu Message in a Bottle, contenu sur cet album, Reggatta de Blanc. Mais beaucoup de leurs morceaux demeurent méconnus, ou ont été oubliés par l’histoire. Pourtant, le groupe offre une musique assez riche et des morceaux intéressants. Bien que la plupart soient, naturellement, moins accrocheurs que les hits que vous connaissez.

Cette richesse, elle vient de cet ajout subtil de reggae à un post-punk très inspiré du album rock rond et pop. Il ne ment pas dans l’ambiance décontractée de Walking on the Moon, mais des morceaux comme It’s Alright for You sont clairement pop. Contact flirte avec l’expérimental mais n’y tombe jamais, donnant une texture fascinante à un morceau très abordable.

Pour dire que certains hits viennent parfois ombrager des groupes beaucoup plus diversifiés qu’il n’y paraît.

Germ Free Adolescents (1978) – 111 jours, 474 jours

X-Ray Spex - Germ Free AdolescentsLe groupe X-Ray Spex pourrait facilement passer inaperçu dans le monde du punk. Mais sur Germ Free Adolescents, quelques originalités permettent de le distinguer, comme le saxophone qu’on entend ça et là, et quelques mélodies plus structurées que la simple anarchie commandée par le style.

Il s’agit d’un album qui mérite sa place auprès des fans du punk, mais que les autres peuvent passer outre.

Quelques morceaux recommandés: Identity, le plus lent Germ Free Adolescents et le musical Warrior in Woolworths.

Sticky Fingers (1971) – 132 jours, 478 albums

The Rolling Stones - Sticky Fingers (1971)Je n’en suis pas à mon premier album des Rolling Stones pour ce défi. Et à chacun d’entre eux, je cherche la particularité, l’étincelle qui me fera les comprendre.

Avec Sticky Fingers, c’est presque réussi. Mais pas avec Brown Sugar, comme vous pourriez peut-être le croire.

Ne me méprenez pas: Brown Sugar est un excellent morceau, que j’adore. Une mélodie accrocheuse, la voix un peu rugueuse de Mick Jagger, les cuivres pompeux, les guitares rock: tout y est. Il s’agit d’un des meilleurs morceaux des Stones.

Mais voilà: pour moi, les Stones, c’est des hits qui s’enchaînent. Sauf sur Sticky Fingers. J’arrive à entrer dans cet album, à le vivre, à le sentir. Et j’ai l’impression que le groupe aussi.

Peut-être est-ce l’influence du blues, du folk et de la soul? Elle est lourde, pesante. Et le groupe la soulève et la porte avec aisance. Ils trouvent leur chemin dans les marécages et la terre de ces racines sans effort.

Et, peut-être, le blues amène un côté plus vrai, plus franc. Plus intime aussi. Sur plusieurs morceaux, ils se découvrent un peu, sans pourtant se mettre à nu. Wild Horses est touchant. Sister Morphine est trompeuse, agitée sous la simplicité des instruments. Moonlight Mile surprend par son ton presque léger, qui détonne avec l’idée ravageuse qu’on peut se faire du groupe.

Cela n’empêche pas quelques bons moments de bon rock senti, comme Brown Sugar ou Can’t You Hear Me Knocking. Mais là n’est pas le point de l’album. Ni, peut-être, du groupe. Et, aussi, peut-être que je commence à le comprendre. Peut-être.

Mais je vous donne quand même Brown Sugar.

Layla and Other Assorted Love Songs (1970) – 132 jours, 478 albums

Derek and the Dominos - Layla And Other Assorted Love Songs (1970)Le groupe Derek and the Dominos, comme plusieurs autres supergroups, fut éphémère. Mais cela n’empêche pas leur album Layla and Other Assorted Love Songs d’être une véritable perle. Le talent d’Eric Clapton y est indéniable et le classique Layla est inoubliable. Le refrain est accrocheur, le chant est déchirant, les guitares sont à la fois endiablées et languissantes.

Mais limiter cet album à son titre éponyme serait malavisé. Il s’agit d’une œuvre de blues rock accomplie. Des morceaux bleus et mélancoliques comme Bell Bottom Blues succèdent à d’autres plus dominés par les guitares électriques comme Key to the Highway. Tous sont habités d’un blues électrique, senti, époustouflant. Et les musiciens se laissent aller, produisant de longs solos langoureux et détaillés, dans lesquels on se perd.

Peter Gabriel (I) (1977) – 206 jours, 482 albums

Peter Gabriel - Peter Gabriel (I) Car - 1977Au nom de Peter Gabriel, je m’attendais à un soft rock populaire et suave sans trop de relief. J’aurais dû m’attendre à plus du leader de Genesis: son premier album solo Peter Gabriel (I) (ou Car pour les intimes) offre un large spectre d’expériences musicales.

Le art rock est encore ici bien présent. Moribund the Burgermeister nous amène dans un monde étrange à plusieurs mouvements et peuplé de gnomes et de fées en ouverture d’album. C’est suivi de Solsburry Hill, plus soft rock et un hit que vous connaissez sûrement. Humdrum est d’abord discret et simple, laissant toute la place à l’émotion, avant de prendre de l’énergie et de l’ampleur. Waiting for the Big One mise sur un piano jazzy et des arrangements qui rappellent un blues de cabaret ou les débuts du rock & roll. Et Here Comes the Flood clôture avec force mélancolie, théâtralité et instrumentation.

Autant Genesis est extraordinaire, autant il faut constater que Peter Gabriel peut très bien se débrouiller seul. Avec la même force, la même créativité et la même grandeur.

Joan Armatrading (1976) – 206 jours, 482 albums

Joan Armatrading - Joan Armatrading - 1976Un chant suave, profond, féminin, et pourtant léger, pop par moment: Joan Armatrading surprend sur son album éponyme. Un doux assemblage de folk, de rock & roll et de culture noire en un album bien agréable.

L’auteure/compositrice/interprète est de ceux qui ont suivi l’inspiration de Bob Dylan: compositions personnelles, intimes, simples. On sent quelques moments plus énergiques, où ressort davantage le rock. Mais on se concentre davantage sur la guitare acoustique folk et la voix sensuelle, afro-américaine de la chanteuse. Celle-ci a même quelques inflexions R&B et soul.

Help Yourself est une perle lente, touchante, travaillée. Love and Affection va du côté de la balade, avec une belle affection. Save Me serait déchirante si la chanteuse ne savait si bien contrôler sa voix. On dirait un cri du cœur étouffé. Join the Boys a presque quelque chose de hip hop, avec son rythme particulier, fragmenté. Puis c’est le funk qui arrive en force.

Une chanteuse fort talentueuse mais méconnue. Pourtant, son folk-rock afro-américain est unique.

Public Image (1978) – 207 jours, 486 albums

Public Image Limited - Public ImageUne image publique doit être travaillée, lisse, épurée. Pourtant, la musique du groupe Public Image Ltd. est anarchique, criarde, lourde. L’album Public Image: First Issue est punk à souhait.

Quelque peu post-punk pour certaines mélodies, le tout est surtout difficile, pesant. Theme ouvre l’album avec un grand cri, puis enchaîne avec des guitares et beaucoup de distorsion. Le tout sur un rythme lent, appuyé. Religion II mise sur la répétition, toujours avec guitares et voix punks lointaines. Annalisa est plus mélodique, mais c’est encore le tapage qui ressort le plus. Fodderstompf ressemble à une expérimentation dans le kraut rock, avec son rythme sec et mécanique, voix aiguës et agaçantes en prime.

Difficile de trouver cet album très intéressant. Je comprends mieux pourquoi les morceaux punks se limitent à 1 ou 2 minutes. 5 minutes sur les 2 ou 3 mêmes accords, c’est long.

The Modern Lovers (1976) – 219 jours, 498 albums

The Modern Lovers - The Modern LoversAvec un nom de groupe et d’album comme The Modern Lovers et une pochette en néons, on s’attendrait à du new wave romantique. Non. Ce n’est pas du punk, mais on s’y rapproche.

Le proto-punk permet aux mélodies de se développer, aux morceaux de prendre forme et de se boucler. On sent tout de même le sec des guitares, le retour aux sources du rock & roll.

Astral Plane et She Cracked maîtrisent à merveille l’avènement de ce nouveau paradigme: une énergie brute, mais mêlée à la musicalité simple du rock & roll. Les compositions Pablo Picasso et l’excellent I’m Straight parviennent à créer des ambiances plus lourdes et complexes, plus lentes. Modern World sonne presque comme du surf rock ensoleillé et Government Center tombe quasiment dans le bubble gum.

Un album hétéroclite, varié, mais accompli et mélodieux. Une belle découverte.

The Cars (1978) – 219 jours, 498 albums

The Cars - The Cars - 1978Le new wave a beaucoup d’expressions différentes. Il ne s’agit pas que de synthétiseurs et de rythmes dansants. The Cars, par exemple, adopte plutôt un genre de post-punk pop, mêlé à des mélodies rondes et accrocheuses. Bref, du punk sans l’aridité. Et c’est particulièrement réussi sur l’album éponyme The Cars.

Plusieurs hits vous resteront sûrement dans les oreilles, comme l’excellent Just What I Needed ou le mémorable et plus lent Good Times Roll. D’autres morceaux plus complexes, comme le plus punk et haché I’m in Touch With Your World ou le plus électro et près de la synth pop Moving in Stereo, viennent compléter cet album.

Un bel amalgame des influences punk, post-punk et électro de l’époque, fait avec talent, et avec quelques hits pop en plus.

The Modern Dance (1978) – 220 jours, 500 albums

Pere Ubu - The Modern Dance - 1978Il y a toujours une fébrilité à l’idée d’écouter un nouvel album de rock expérimental: tout peut arriver. À ce titre, The Modern Dance de Pere Ubu, avec son mélange de post-punk, d’anarchie et d’expérimentation, ne m’a pas déçu.

On entend la distorsion des guitares. On entend des sons suraigus nous percer les oreilles. On entend une cacophonie électrique, métallique, sèche comme le punk, de laquelle émergent une mélodie plus structurée. Il s’agit d’une complexité intriguante, qui vient embellir les morceaux plutôt que de les ternir vraiment.

Non-Alignment Pact ouvre avec un son strident, puis les guitares embarquent et une mélodie bien accrocheuse se compose, avec une voix typiquement punk. The Modern Dance mêle à merveille les éléments dissonants et mélodieux. Les autres morceaux jouent sur ce même motif.

Un résultat exigeant mais satisfaisant, si on accepte de se faire écorcher les oreilles.