Dear Science (2008) – 132 jours, 478 albums

TV on the Radio - Dear Science (2008)Ce sont des albums comme Dear Science qui valent ce défi. On finit par se fatiguer des albums trop similaires, que ce soit du rock, de la pop, du hip hop, du blues ou du jazz. Bon, peut-être pas le jazz… Mais une fois de temps à autre, un album si nouveau et si différent surgit.

TV on the Radio, c’est un peu comme de la pizza. Il est impossible de deviner le goût de la pizza si l’on n’en a jamais mangé. Même si vous connaissez parfaitement le goût du pepperoni, de la tomate, de la mozzarella et de la pâte, la pizza est quelque chose d’autre. Quelque chose de plus que la somme de ses composantes.

C’est la même chose avec Dear Science. On peut y retrouver le son 8-bit et écorché du lo-fi mêlé à des cuivres tonitruants (Dancing Choose), le funk, le hip hop et le wall of sound, muni de quelques sons électro (Golden Age), la réverbération d’un piano accompagné de violons sur une mélodie mélancolique qui grandit pour devenir immense et claire (Family Tree), de l’émotion déchirante (Love Dog), des rythmes enflammés et des percussions africaines (Red Dress)…

Tout y est. Cherchez.

Surtout, le tout est habité d’un certain mysticisme, d’une ambiance aérienne, parfois même méditative. Halfway Home vous enveloppe dès l’ouverture de l’album. Il vous saisit. J’ai écouté ce morceau, déjà, des douzaines de fois. Et encore, il m’émeut.

On finit par se fatiguer de tous les styles. Pour certains, par contre, c’est plus long. Et le post-rock a encore, j’en suis sûr, plusieurs surprises dans sa poche.

Destroy Rock & Roll (2004) – 206 jours, 482 albums

Mylo - Destroy Rock and Roll - 2004Que vous aimiez le house, l’électro, les atmosphères éthérées ou tout simplement la bonne musique, il vous faut Destroy Rock & Roll du groupe Mylo. On est instantanément séduit par ce sens du rythme, par ces textures infiniment détaillées et par cette ambiance qui donne envie de danser, même dans l’autobus.

Chaque morceau est une perle. Drop the Pressure et ses sons mal enregistrés rappelle les débuts de Justice avec un peu d’humour. Paris Four Hundred nous happe immédiatement avec sa construction ingénieuse, accrocheuse. Sunworshipper est rempli de rêves avec son laissez-aller relaxant. Rikki surprend: son début hachuré fait penser à un disque qui saute, mais le thème est rapidement repris pour être exploré, amplifié, avant de devenir très entraînant. Muscle Cars et Musclecar Reform Reprise sont incroyablement mélodieux et doux à l’oreille.

Un véritable plaisir à découvrir et tout aussi satisfaisant, sinon plus, à réécouter. Un incontournable du house et de l’électro, à mon humble avis.

Come On Feel the Illinoise (2005) – 224 jours, 509 albums

Sufjan Stevens - Come On Feel the IllinoiseUn monde de rêveries et de couleurs, teinté de chamber pop aux violons et à l’instrumentation classique et de folk-rock indie: c’est ce qu’offre Sufjan Stevens sur son album Come On Feel the Illinoise (ou Illinoise pour les intimes). Une musique personnelle et intime. Une perle à découvrir.

Le folk mesuré de Jacksonville m’a fait rêver de grands chemins, de prairies et de soirées à la campagne. Chicago m’a donné des frissons avec ses violons et sa voix à fleur de peau. La composition a un quelque chose de rêveur, de fabuleux, de divin. Le morceau ressemble à une confession innocente et à une aventure épique à la fois.

Et que dire du piano! Il traverse tout l’album avec ses notes claires, ses accords bleus, son jeu parfois joyeux, parfois mélancolique. Il expose toute sa splendeur dans le frissonnant The Seer’s Tower: un morceau qui m’a tiré quelques larmes.

Tout l’album est une merveille, un sac au trésor où se cachent des rêves, des couleurs (souvent bleues), des cieux au crépuscule ou à l’aube. Il est habité milliers d’instruments: autant de violons, de vibraphones, de tambours, de guitares, de chant qu’il est possible d’en rêver. Il séduit dès le piano mélancolique de Concerning the UFO Sighting Near Highland, Illinois, et nous transporte tout l’album durant, sans jamais nous laisser retomber au sol. On se sent un peu comme Peter Pan, qui aurait connu une peine d’amour.

En bonus:

Kala (2007) – 224 jours, 509 albums

M.I.A. - KalaAvec son rythme profond et ses répétitions, le house est un canvas inspirant pour beaucoup d’artistes. Sur Kala, la chanteuse M.I.A. l’utilise pour y superposer de la musique sri lankaise: percussions, instruments, paroles. L’ambiance se transforme d’une soirée dansante et techno à un tribalisme festif.

Le résultat est surprenant, éclatant: rempli de couleurs, de textures, de nuances par milliers. Surtout que l’électro et les inspirations traditionnelles se mêlent à la perfection. Bamboo Banger a le sec du house mais l’aspect méditatif de quelque chose de plus indien. Boyz met davantage l’accent sur le sri lankais, mais les répétitions et les loops en font quelque chose de nouveau et de familier à la fois. Jimmy ressemble aux morceaux enthousiasmés du Bollywood mais avec une texture presque palpable aux sons aigus. Hussel se construit sur les percussions, mêlant des rythmes africains au hip hop.

Une fabuleuse découverte, lumineuse, riche et envoûtante. Un mélange des styles rarement réussi avec autant de maîtrise, de talent et de justesse.

Back to Black (2006) – 226 jours, 514 albums

Amy Winehouse - Back to BlackAmy Winehouse rappelle Janis Joplin: morte à 27 ans, alors qu’elle était déjà célèbre, une voix inoubliable et un talent fou. Le neo-soul qui sort de Back in Black est à la hauteur de la légende. Il s’agit d’un R&B bien senti, d’un soul viscéral, mais avec une touche contemporaine qui l’empêche de paraître vieillot et qui, au contraire, rend le style éternel.

Rehab est déjà connu de plusieurs: avec son rythme appuyé et sa mélodie accrocheuse, il a tourné sur les ondes pendant longtemps. Mais c’est en écoutant des morceaux comme le profond Back in Black que l’on découvre tout le talent de l’artiste, avec une ambiance lourde et un chant touchant. Love Is a Losing Game satisfera ceux qui affectionnent les classiques du soul et du R&B. Avec Some Unholy War, c’est davantage le blues qui prend la place.

Un album incontournable pour les fans du genre, et un à découvrir, impérativement, pour ceux qui cherchent à le découvrir. Avec Winehouse, on ne se trompe pas.

Lost Souls (2000) – 229 jours, 520 albums

Doves - Lost SoulsAmbiance éthérée, mélodies harmonieuses, espace saturé: Lost Souls de Doves est une pop britannique qui fait rêver.

Ajoutez à cela quelques morceaux accrocheurs, des mélodies qui n’ont pas peur de devenir émotives ou d’être légèrement audacieuses, et vous avez cet album qui transporte, qui enveloppe.

Firesuite ouvre l’album avec une ambiance sous-marine qui rappelle Air, avant de tomber dans un drame étrange et voilé. Here It Comes cède à la tentation et à la tourmente (la douce). Sea Song conserve le même aspect tragique, mais semble s’envoler tout à la fois, comme dans un vol au crépuscule, alors que Catch the Sun tombe dans un rock plus lourd et appuyé, mais diablement entraînant.

Plusieurs moments de l’album passent toutefois inaperçus. Les albums de dream pop britannique ne manquent pas: se distinguer est un pari risqué. Le groupe l’emporte sur les morceaux nommés, mais perd sur le reste.

Speakerboxxx/The Love Below (2003) – 303 jours, 557 albums

Apprivoiser le rap peut être ardu, mais le groupe OutKast rend les choses presque faciles avec son album double Speakerboxxx/The Love Below. Un premier disque pour vous plonger dans un rap stéréotypé, avec tout le slang et le beat qu’il mérite. Et un deuxième plus pop et accrocheur, aux accents romantiques et doucereux. Ceux déjà conquis au style préféreront le premier, mais les plus frileux y trouveront leur compte sur le deuxième.

OutKast - Speakerboxxx:The Love Below

Pourtant, malgré l’usage parfois abusive d’archétypes du rap, le premier disque offre bon nombre de morceaux accrocheurs, au rythme prenant et aux compositions complexes, comme l’énergique Ghetto Musick, le racoleur The Way You Move ou le rythmé et intriguant The Rooster.

Sur le deuxième, c’est plus du matériel de hit-parade qu’on peut entendre. Love Hater offre une ambiance feutrée et jazzy, où le rap se fait plus discret. Happy Valentine’s Day a une beauté simple et épurée. Vibrate est d’une lenteur accrocheuse. Et Hey Ya! a tourné longtemps dans les radios, et restera longtemps dans vos oreilles.

Il pourrait donc être mieux de débuter par le second disque, plus poli et plus abordable, et de poursuivre avec le premier, plus brut, plus vrai, plus complexe.