Scott 2 (1968) – 408 jours, 579 albums

Mêlez la musique classique et le rock & roll en 1968 et vous aurez Scott 2 de Scott Walker : un baroque pop touchant et éclaté, agrémenté de quelques reprises de Jacques Brel, rien de moins.

Scott Walker - Scott 2

Cette musique, en fait, ne fut pas sans me rappeler le chamber pop de Divine Comedy. Scott Walker et son style ne peuvent qu’en être les précurseurs. Quoiqu’ici, on est davantage près du rock psychédélique que de la musique classique en tant que telle, même si ça dépend des passages. Les violons, entre autres, et tous les autres instruments de l’orchestre donnent une texture dramatique et puissante, parfois douce et raffinée aux morceaux. Mais dans le contexte des sixties, j’y vois surtout une autre expression du psychédélisme, donnant ainsi une musique éclatée, hétérogène par moments, colorée, anguleuse. Le choix du mot baroque ne doit pas y être étranger…

Les meilleurs moments de l’album me sont apparus être les reprises de Brel : Jackie qui ouvre l’album de superbe façon, The Girls and the Dogs également, où il n’a pas à douter de l’origine française du morceau. Cela dit, c’est définitivement le tragique et appuyé Next qui est le plus poignant, le plus intense, le plus marquant.

D’autres morceaux valent aussi votre attention. Le sombre et lent The Girls from the Streets, par exemple. Ou alors le calme et chantant Plastic Palace People. Pour le reste, à vous de plonger dans l’album.

Chelsea Girl (1967) – 414 jours, 590 albums

La Nico de Velvet Underground a aussi une vie bien à elle : son album Chelsea Girl en est la preuve. À la fois rock expérimental, proto-punk sec et charmants instruments classiques, l’album surprend, sauf si on connaît ses collègues musicaux, comme John Cale et Lou Reed. Alors, c’est simplement un délicat délice.

Nico - Chelsea Girl

Ce n’est pas une musique faite pour toutes les oreilles. On pourrait facilement la trouver fade, juger la voix morne et trop grave, considérer l’instrumentation étrange et peu appropriée. Mais après avoir autant tenté d’apprécier à leur juste valeur les albums des Velvet Underground (et après avoir réussi), je comprends mieux le charme de ce style musical unique, et la fascination de certains pour lui.

Il s’agit d’un contraste puissant, entre la douceur et la légèreté des instruments classiques (violons, flûtes, guitares classiques), et la voix lourde, triste, appuyée de Nico; contraste duquel jaillit la beauté. Prenez le morceau Chelsea Girls en exemple.

C’est peut-être moi, mais dans ce morceau je sens un mal de vivre, une mort à l’âme qui n’est pas sans charmes.

À l’inverse, The Fairest of the Seasons est plus lumineux, plus cérémonieux. Il a quelque chose de brillant, et on dirait que la voix terre-à-terre de Nico y apporte du poids, une sorte de réflexion ou de réalité tangible.

J’ai beaucoup apprécié Winter Song aussi. Encore une fois, les instruments classiques y ont une place de choix, et donnent une certaine noblesse à ce morceau qui, avec la voix de Nico, semble étrange, voire tourmenté par moments. Bref, je vous laisse écouter.

Comme la plupart des albums étranges que j’ai eu la chance d’écouter durant ce défi, celui-ci me fut une expérience agréable, et une découverte bien appréciable. Mais soyez prêts, et débutez donc par les Velvet Underground.

Music from the Penguin Cafe (1976) – 766 jours, 841 albums

Une petite escapade dans une musique plus classique mais tout de même originale me fit le plus grand bien. J’ai écouté Music from the Penguin Cafe, un album du groupe The Penguin Cafe Orchestra.

Une musique douce, apaisante, avec des violons et une basse électrique qui imite la marche d’un manchot, m’a accueilli dès l’ouverture de ce grand théâtre, avec le morceau Penguin Cafe Single. On a effectivement l’impression d’être dans un café, en plein-air, avec des manchots qui se dandinent autour d’un petit pique-nique.

From the Colonies offre un rythme plus soutenu avec ses cordes pincées, mais toujours en conservant cette atmosphère légère, propre au style adopté par le groupe : un savant mélange de néo-classique, de jazz léger et quelques notions de new age. On a donc une musique distinguée, mais pour le moins originale, unique en son genre par les racines qui sont à la base de son inspiration et de sa création.

Milk, par exemple, est plus éthérée et distante, avec sa voix désincarnée et son aspect plus expérimental. Giles Farnaby’s Dream, par contre, fait surgir un clavecin qui est vite suivi d’un ukulélé, créant en seulement quelques instants un monde riche mêlé d’éléments en apparence trop différents pour être associés. Et pourtant !

The Sound of Someone You Love Who’s Going Away and It Doesn’t Matter, malgré son titre romantique, est en fait une longue balade douce par laquelle on se laisse bercer.

Sérieusement, je ne m’attendais pas à tomber sur ce genre d’album durant ce défi. Pourtant, force est de constater que la musique populaire et digne de mention n’est pas composée que de morceaux durs ou vides. Outre le art rock, le ambient et le jazz, il semble qu’il y ait encore un peu de place pour la musique classique et ses progénitures.