Bayou Country (1969) – 110 jours, 474 albums

Creedence Clearwater Revival - Bayou Country (1969)Pour un savoureux mélange de country terreux et de bon rock des années 60, Creedence Clearwater Revival est le groupe vers lequel se tourner. Bayou Country porte bien son nom, avec son ambiance de blues, de guitares acoustiques et de chant country.

Le morceau éponyme est plutôt décontracté, il prend son temps, mais a toute la puissante du blues et du rock bien senti. Graveyard Train s’étend sur un 8 minutes 30 d’harmonica, de contre-basse folk et d’émotions blues. Et Good Golly Miss Molly est à un classique du rock & roll, avec toute sa fougue et des guitares plus lourdes.

Fuzzy (1993) – 225 jours, 512 albums

Grant Lee Buffalo - FuzzyPlusieurs genres et styles musicaux permettent de faire vivre des émotions intenses et intimes. Le country s’y prête en particulier, mais il peut paraître trop plaintif pour certains. Grant Lee Buffalo s’en inspire juste assez et comble les trous avec du rock indie. Le résultat sur Fuzzy est son qui rappelle la tourmente du goth rock: quelque chose de sombre, de profond, de personnel.

Dès que débute la mélodie de The Shining Hour, on sent cette tourmente. On sent quelque chose de triste, de dramatique. Mais jamais l’artiste ne cède à l’émotion. Sur Jupiter and Teardrop, l’atmosphère devient plus poignante, mais à peine. On ralentit plutôt le rythme, pour faire perler une larme. Fuzzy est assez introspectif, presque plaintif. Wish You Well est également une perle d’émotion bien sentie.

La musique ressemble à du rock indie lent, auquel on aurait ajouté quelque chose de délicat. C’est le country. Il amène tout un flot d’émotion, mais que Grant Lee Buffalo prend bien soin d’endiguer, pour ne laisser filtrer qu’un mince filet.

Buenas Noches from a Lonely Room (1988) – 229 jours, 520 albums

Dwight Yoakam - Buenas Noches from a Lonely RoomLe country n’est pas accessible à tous. Ses mélodies larmoyantes et ses paroles mélancoliques en rebutent plus d’un. Pourtant, le genre a une profondeur émotive bien appréciable, et Dwight Yoakam nous l’a rend accessible avec Buenas Noches from a Lonely Room.

Son country alternatif amène quelque chose de pop et de moins dépressif à la musique. Bien sûr, l’essentiel reste là: violons campagnards, voix qui casse, honky tonk et guitares électriques caractéristiques. Mais on sent aussi l’effort de sortir des ornières du rang et d’amener de nouveaux auditeurs au patelin.

I Got You a quelques influences rock, mais demeure authentique. What I Don’t Know va un peu plus loin avec une batterie sentie et une guitare plus affirmée. Home of the Blues rappelle la familiarité entre les deux genres. I Sang Dixie est plus émotif, alors que Send Me the Pillow s’apparente à une balade où le rythme rappelle un cheval déambulant calmement.

I See a Darkness (1999) – 284 jours, 544 albums

Gris, lourd, déprimant: pour l’album I See a Darkness de Bonnie « Prince » Billy, ces adjectifs sont des compliments. Et pourtant, ce country alternatif parsemé de rock indie a quelque chose de profondément lumineux. Un peu comme la minuscule flamme d’une chandelle plongée dans l’obscurité.

Bonnie %22Prince%22 Billy - I See a Darkness

On sent le country, mais à peine. Il se cache dans l’ambiance dépressive, dans certaines inflexions de la voix, mais on est loin du honky tonk et des campagnes de Buck Owens. L’émotion n’en est pas moins viscérale et déchirante. La montée finale de Nomadic Revery (All Around) donne la chaire de poule. Et pourtant, le début est introspectif, méditatif. C’est le cri d’une âme désespérée et affaiblie.

On sent aussi le rock, mais plutôt le goth rock et ses paysages sombres, rappelant un morceau punk qui aurait perdu son énergie et sa vitalité. Sur Death to Everyone, c’est à s’y confondre. La dépression est rendue admirablement belle.

Il subsiste tout de même un quelque chose de pop, d’abordable, de presque badin dans certains morceaux, et qui contraste avec l’ombre qui plane sur cet album. A Minor Place est entre la balade et le chagrin sur le bord de déborder. Madeleine-Mary est l’assemblage parfait entre une mélodie rock et les blessures lamentables du country.

Avec un tel exercice musical, le country vient définitivement toucher au cœur: on comprend plus que jamais sa pertinence, sa profondeur et sa force narrative et émotive.

I’ve Got a Tiger by the Tail (1965) – 405 jours, 575 albums

Un peu de country avec Buck Owens and his Buckaroos au milieu de ce défi, sur leur album I’ve Got a Tiger by the Tail.

Buck Owens and his Buckaroos - I've Got a Tiger by the Tail

Le country a plus en commun avec le blues qu’il n’y paraît : le rythme souvent lent, l’ambiance mélancolique, parfois même larmoyante ou déchirante, l’aspect campagnard et terreux… Mais parfois, on dirait que le country va plus loin, sous certains aspects émotifs. Les inflexions si caractéristiques de la voix font passer certains moment de mélancolique à littéralement pathétiques. Cependant, le country sait être plus rapide, par moments, et plus énergique et festif.

Buck Owens est un peu tout ça. Avec le morceau éponyme de l’album, par exemple, l’atmosphère est plus mouvementée.

Alors que d’autres moments sont terriblement touchants, comme Cryin’ Time.

Ensuite, Trouble and Me est le stéréotype même du country : stéréotype que je commence à apprécier. Wham Bam m’a paru cocasse et bien amusant. If You Fall Out of Love with Me donne dans le romantique. Enfin, The Band Keeps Playin’ On est plutôt accrocheur.

Night Life (1962) – 407 jours, 577 albums

Du country avec une voix de crooner ? C’est ce que nous offre Ray Price sur son album bleu et mélancolique Night Life.

Ray Price - Night Life

En faisant recherches, je suis tombé sur les termes Country-Pop et Honky Tonk. Le terme pop, ici, me semble désigné davantage une accessibilité que ce qu’il vaudra dire quelques décennies plus tard. Car il s’agit d’un country aimable, facile, où son langage musical parfois difficile est simplifié par la voix de Price. Celui-ci nous porte comme un crooner, comme le ferait un Sinatra, par exemple, mais sur fond de guitares country, de rythmes chevalins et de thèmes larmoyants.

Le morceau qui nous introduit à l’album, Night Life, en est un excellent, qui se démarque par sa tendresse et sa mélancolie. Il donne véritablement l’impression d’être en fin de soirée, un verre vide à la main, dans l’éclairage tamisé d’un bar.

Ce morceau est moins country que le reste de l’album. Des morceaux comme Pride en sont plus empreints, mais c’est pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

J’ai aussi bien apprécié le pensif Sittin’ and Thinkin’ et le triste, et plus campagnard, The Twenty-Fourth Hour.

Gunfighter Ballads and Trail Songs (1959) – 411 jours, 587 albums

De la musique de cowboys : Gunfighter Ballads and Trail Songs de Marty Robbins est l’album parfait pour vos ballades sur des chemins de terre perdus dans le Nord Québécois.

Marty Robbins - Gunfighter Ballads and Trail Songs

Dans le coin de Beaucanton, sur les chemins cahoteux et boueux menant à une piste de randonnée pédestre au sommet d’une montagne dont j’oublie le nom, Marty Robbins nous a accompagné, nous faisant sentir en pleine nature, en pleine terre, poussiéreuse ou boueuse. De plus, à cette hauteur dans le Nord, la végétation devient plus clairsemée, rappelant juste assez les territoires plus déserts des États-Unis. Le country, donc, est là, et bien nommé. Country, mais plus accessible, car plus près du western. Ou peut-être est-ce moi que se fait au style…

Parmi les bons moments, Big Iron est un bon départ d’album, en force et en énergie.

El Paso et ses effluves mexicaines vaut également une oreille attentive. The Master’s Call donne de l’ambiance et rappelle quelque peu Johnny Cash.

Plus émotif, mais aussi plus pénétrant.

Je n’aurais pas cru passer un aussi bon moment avec un tel album, et pourtant ce fut une très belle découverte, surtout dans un tel paysage.

Buffalo Springfield Again (1967) – 414 jours, 590 albums

Le mélange de country et de rock psychédélique de Buffalo Springfield, où ont débuté Neil Young et Stephen Stills, vous rendra nostalgique des sixties et de sa meilleure année, en particulier avec l’album Buffalo Springfield Again.

Buffalo Springfield - Buffalo Springfield Again

À force d’en écouter, je me fais l’oreille au country. Ce style a quelque chose de terreux, de campagnard que j’aime bien, et qui se marie avec bien des moments musicaux. Mêlé au rock psychédélique, comme le font plusieurs groupes, il semble exprimer quelque chose d’encore plus authentique, d’encore plus pénétrant.

C’est ce qu’il y a avec Buffalo Springfield : une fraîcheur. Pas de celle de l’eau, mais celle du gazon fraîchement coupé, de la terre fraîchement remuée, celle des sous-bois et du bruissement des feuilles.

Mr. Soul joue sur un rock solide, presque rock & roll, avec ses guitares électriques insistantes et grésillantes.

Everydays va plutôt avec le piano et l’air badin, mis à part de bas éclairs électriques, passagers. Expecting to Fly va même plus loin, plongeant dans l’éther ou dans les cieux.

Rock & Roll Woman a aussi quelque chose de bien attrayant, d’accrocheur, avec ses changements de rythmes, son orgue électrique et sa guitare acoustique grattée avec nonchalance.

Dommage que le groupe n’ait pas fait long feu, et que ce soit son seul album du défi. Mais maintenant j’ai encore plus le goût de découvrir Neil Young, et j’ai une nouvelle envie de faire connaissance avec Stephen Stills. Eux ont encore quelques oeuvres à me présenter.

Music from Big Pink (1968) – 445 jours, 594 albums

The Band : le groupe des musiciens de Bob Dylan, sans Bob Dylan. Music from Big Pink : leur premier album, un mélange de blues, de rock et de country.

The Band - Music from Big Pink

Vous connaissez mon appréciation des talents musicaux de Dylan. Pourtant, j’étais curieux d’écouter cet album. Se réclamer être le band du déjà légendaire Dylan n’est pas peu de choses. Et croire que cela est suffisant pour percer à eux seuls, comme le laisse supposer leur nom, est un orgueil qui leur revient de bon droit. Mais bon, je savais déjà que le groupe et sa musique n’avaient pas transcender les années non plus, comme je n’avais jamais entendu parler d’eux avant ce défi.

Je fus donc plutôt satisfait de leur musique, et certains morceaux sont restés dans mon oreille, mais il ne s’agit pas d’un album autrement remarquable non plus. Parmi les morceaux que j’ai retenus, The Weight est habillé de blues et de country, et de leur atmosphère lyrique, pesante et lente. Tears of Rage, qui ouvre l’album, est quant à lui plus axé sur le blues et le bleu.

Alors que Caledonia Mission tombe davantage dans le country, avec son piano de bar. L’orgue rappelle également le rock psychédélique, qui occupe une place importante sur l’album. Chest Fever l’exprime d’ailleurs très bien, avec même quelques touches qui laissent présager le hard rock.

Enfin, il y a This Wheel’s on Fire, qui rappelle même les jardins anglais dont j’ai tant parlé.

Pour le reste, il s’agit d’un bon album de blues, rock, country. Mais dans ces années, il y en a tellement, et d’excellents, que celui-ci semble passer plus inaperçu.

Meat Puppets II (1983) – 657 jours, 781 albums

Ayant pas mal terminé l’époque du punk proprement dite, je m’aperçois d’un phénomène un peu déroutant : la multiplication des styles. Déjà que je me découvre très peu familier de la musique de cette époque, les styles éclectiques qui la composent sont assez nombreux pour que je m’y perde par moment. Un simple exemple : j’ai écouté l’album Meat Puppets II du groupe Meat Puppets. Qu’est-ce ? Un heureux mélange de punk, de country et de rock psychédélique. Rien de moins !

Meat Puppets - Meat Puppets II

On ouvre d’abord avec un morceau typiquement punk, soit Split Myself in Two, avec une voix sèche et essoufflée, un mur de guitares électriques et une batterie simplement là pour tenir le rythme et faire du bruit. En fait, le morceau fait même penser à du métal, par sa force et sa brutalité.

Contraste immense avec Magic Toy Missing, qui suit tout de suite après, et sa mélodie de country au rythme détraqué. Deux mondes, deux morceaux. Avec Plateau, j’ai eu comme une vision de Nirvana et du grunge à venir. Mais ici, dans ce contexte, le morceau fait davantage penser au vieux rock de garage par ses sonorités, mais aussi au goth rock encore récent à mes oreilles.

Voix morne, rythme lent, ambiance glauque et dépressive : tout y est. Aurora Borealis, qui suit, participe un peu à la même ambiance, à la même idée. Mais bon, peut-être que cette tristesse n’est, en fait, qu’un emprunt aux influences country du groupe… Oh, Me fait également partie de cette petite famille de morceaux, mais avec une finale beaucoup plus viscérale, nous ramenant au punk quelques instants. Cela n’a pas été sans me rappeler Joy Division.

Je dois vous avouer que les morceaux inspirés davantage du country m’ont moins accroché, à l’exception peut-être de I’m a Mindless Idiot, qui me fait passer à un morceau d’épopée.

Cela dit, l’aspect hétéroclite des styles qui se mêlent ici apparaît pourtant sous une étonnante unité. Le « II » à la fin du titre de l’album y est sûrement pour quelque chose, mais cela demeure néanmoins un véritable tour de force d’unir toutes ces influences sous une même enseigne sans faux pas. Beaucoup d’autres auraient probablement échoué à la tâche.