Histoire de Melody Nelson (1971) – 780 jours, 861 albums

Je m’étais finalement trompé : il y a bel et bien un autre album francophone dans ce livre. Il s’agit de nul autre que du salace Serge Gainsbourg, et de son album d’une perversité sensuelle Histoire de Melody Nelson.

On m’avait bien dit que cet album était encore plus érotique et encore plus pervers que son fameux morceau Je t’aime… moi non plus. Pourtant, je n’y ai pas cru. L’affaire, ce n’est pas tant que l’album est vulgaire, bien au contraire ! C’est le ton qui fait tout. L’ambiance feutrée, les instruments discrets et bas, la voix sensuelle et suave de Gainsbourg, les éclats musicaux calibrés à la milliseconde : tout est là pour faire de votre soirée la plus chaude de l’année.

Des doutes ? Commencez par le début, Melody.

Cette contrebasse languissante n’a qu’à jouer quelques notes pour nous plonger dans cette histoire sombre et intime. Ensuite embarque la batterie, une guitare électrique qui fait quelques apparitions, ainsi que des instruments orchestraux, des violons entre autres, qui ponctuent de manière éclatante la voix basse et grave du chanteur. Et les textes ? Ils offrent une histoire d’abord lente et sobre, avant de se terminer par un accident et un très révélateur : « Melody à les cheveux rouges, et c’est leur couleur naturelle. » Et là, on sait que ce ne sera pas une histoire pour enfant, malgré la poupée que la jeune fille tient, entre ses bras, sur la pochette de l’album.

Tout le reste de l’album a cette ambiance languissante et pénétrante, qui m’a donné des frissons à chaque détour. À l’exception, seulement, d’un passage de Ballade de Melody Nelson, où Gainsbourg fait rimer conne et sine qua non qui m’a bien fait rire.

L’hotel particulier, par contre, était définitivement le morceau le plus saisissant, de l’album et du style.

Le bout avec le piano est une véritable merveille, sans compter les violons plus loin.

Bref, je suis bien heureux d’avoir trouvé un second album français dans ce défi, et surtout d’un artiste du calibre de Gainsbourg. Artiste, qui plus est, que je ne connaissais que de nom. Maintenant, je sais qu’une recherche plus exhaustive devra être faite sur ses oeuvres.

Olympia 64 (1964) – 987 jours, 992 albums

Après ma déception face au légendaire Bob Dylan, je me suis demandé si c’était la langue qui faisait obstacle à l’émotion et au propos, même si je maîtrise aisément celle-ci, ou si c’était plutôt autre chose. Je me suis donc tourné vers l’auteur-compositeur par excellence de la culture française. Mesdames et messieurs, Jacques Brel dans Olympia 64 !

Il s’agit d’un enregistrement live (vous aurez compris où…) où Brel interprète ses plus grands classiques tels que Les BonbonsLe Plat Pays et Les Vieux. Et je dois dire que c’était bien mieux que Dylan ! Si j’oublie les arrangements musicaux auxquels, d’ailleurs, j’ai à peine porté attention, les textes sont aussi riches sentimentalement, peut-être moins riche politiquement, mais surtout, ils sont chantés avec beaucoup plus d’émotion. Lorsqu’on écoute des morceaux comme Mathilde et Madeleine http://www.youtube.com/watch?v=VtSb-piNL30 ), c’est, justement, l’interprétation hors du commun de Brel qui donne toute sa saveur, toute son intensité aux paroles de ces morceaux. On sent, à tour de rôle, la tristesse, la résignation, la joie exultante, la vulnérabilité momentanée, l’insouciance et tant d’autres émotions et états à travers la voix si vraie de Brel. On ne peut s’empêcher de vivre, avec lui, l’histoire qu’il nous raconte, qu’il nous confie, qu’il nous crie ! Avec Le Plat Pays ( http://www.youtube.com/watch?v=-5-N4Dbok34 ), on entend se côtoyer tant la nostalgie, l’âme morne et grise, que la fierté, le coeur plein de joies douces et de souvenirs.

Un autre aspect que j’adore chez Brel, c’est son humour. La mise en abîme à la fin de Madeleine, le personnage pathétique de Les Bonbons, la satire ironique de Les Bourgeois ( http://www.youtube.com/watch?v=_BFOyn8K7pg ), sont tant de moments qui m’ont fait sourire d’un sourire complice. Mais le morceau suivant, le sourire fait place à des yeux tristes et à un coeur serré. C’est ça, le génie de Brel : faire suivre le dépressif Jef au cocasse Les Bourgeois.

Seul regret : je n’aime pas les performances live. J’ai donc trouvé que Brel n’y était pas au meilleur de sa forme. Ainsi, je n’ai pas pu m’empêcher, une fois l’album terminé, d’en mettre un autre sur ma table tournante, puis un second, et de savourer le plein talent de cet artiste. Cela dit, en cherchant des extraits de l’album pour cet article, j’ai été bien obligé d’admettre que, en d’autres performances live, Brel est encore plus saisissant qu’avec seulement l’audio. Je vous conseille de jeter un coup d’oeil aux liens.

Second regret : je crois qu’il s’agit de l’un des rares, sinon le seul, album francophone des 1001 albums, ce que je trouve fort dommage. J’aurais préféré écouté 20 albums de Brel, Dassin, Aznavour et Fugain que ceux de Dylan. Mais bon, je fais surtout ce défi pour découvrir de nouvelles choses et, bien sûr, me mettre au défi.