Psalm 69: The Way to Success & the Way to Suck Eggs (1992) – 225 jours, 512 albums

Ministry - Psalm 69 The Way to Success and the Way to Suck EggsLa musique industrielle est parfois rude et rauque: on vient saturer l’espace, on développe une mélodie en s’inspirant du métal, et on appuie le tout sur des loops et des répétitions héritées du kraut rock. Mais parfois, trop de répétitions et trop peu de mélodie peut venir ternir tout le reste. C’est malheureusement ce que fait Psalm 69: The Way to Success & the Way to Suck Eggs du groupe Ministry.

Il s’agit pour plusieurs d’un incontournable, d’une pierre angulaire du genre, mais j’ai trouvé difficile d’y trouver l’originalité, cette marque qui fait toute la différence. De bonnes idées mélodiques, qu’on retrouve entre autres sur l’impérieux N.W.O., l’agressif Just One Fix ou le violent Psalm 69, se perdent dans des morceaux trop longs, où on épuise le thème dans des répétitions sans fin. Scare Crow échappe à la règle et est plus intéressant.

Lorsque le groupe s’aventure dans le thrash, comme avec Corrosion, le style n’est pas maîtrisé, et ce qui devrait être une pièce audacieuse devient rapidement monotone et ennuyeuse.

Bref, ce mélange d’industriel et de métal peut être intéressant pour les inconditionnels du style, mais ce n’est pas l’endroit où commencer pour les novices. Ni où continuer d’ailleurs.

The Downward Spiral (1994) – 593 jours, 679 albums

Je me suis ensuite permis un album de Nine Inch Nails, mon groupe d’industriel favori. J’ai donc découvert The Downward Spiral, que je n’avais pas encore écouté.

Nine Inch Nails - The Downward Spiral

Ce fut, bien sûr, une belle découverte. Surtout que j’étais déjà familier avec le son du groupe : ce son abrasif, mais texturé à souhait, qui comble tout l’espace comme un mur ou une toile, et sur lequel se dessinent plusieurs couches de musique, plusieurs étages de détails et de complexité. Il faut dire, aussi, que c’est probablement ce son qui a fait en sorte que j’ai tant apprécié le noise-rock et ses variantes. Un exemple parfait : Heresy.

Le grésillement, la basse rude, la voix étouffée et criante, et tous ces sons électroniques qui comblent le reste, tous ces éléments font de ce morceau quelque chose de complet et d’enveloppant. Juste avant, il y a le plus lent et épuré Piggy que j’ai aussi bien apprécié. Plus loin, c’est le complexe et travaillé Ruiner qui retient l’attention, et qui se présente véritablement comme une toile aux nombreux éléments qui s’empilent. Mais, définitivement, c’est Closer et sa perversité qui remporte la palme du meilleur morceau de l’album.

Son rythme est langoureux, les paroles sont crues, et le coeur du morceau est décadent et pervers à souhait. Si je vous conseille souvent des morceaux sur lesquels faire vos soirées romantiques, je vous conseille celui-ci pour baiser, rien de moins. Tous les éléments sont là pour faire votre nuit la plus chaude de l’année.

L’album ne comporte pas tellement plus de bons morceaux, qui ressortent du lot, au contraire de certains autres albums du groupe. Il s’agit plutôt, ici, d’une ambiance totale et complète, à laquelle contribuent les morceaux de l’album. Mais l’ambiance est toujours la même, toujours aussi enveloppante et opaque, réalisée avec une constance et un doigté remarquables. Dommage que le défi ne compte qu’un album du groupe…

L’Eau Rouge (1989) – 615 jours, 718 albums

Les petits aperçus que j’ai eus de la musique industrielles et de ses possibilités m’ont donné l’eau à la bouche. Ainsi, j’ai décidé d’écouter sans plus attendre L’Eau Rouge, album du groupe The Young Gods.

The Young Gods - L'Eau Rouge

Mais les Young Gods, contrairement à Einstürzende Neubauten, ne se contente pas de faire de la musique abrasive et métallique ou, comme Throbbing Gristle, de faire des expérimentations musicales complexes et éprouvantes. Les Young Gods vont plus loin. Ils associent la voix roque et profonde de l’industriel, qui semble par moment tout droit sortie du death metal, et la basse et guitares électriques sombres et lourdes qui l’accompagne, à la complexité musicale de quelques autres genres. Ils ajoutent des violons, de la musique de foire, et brouillent les pistes. Ce qui, en surface, pourrait sembler expérimental, est pourtant maîtrisé ici avec une aise et une justesse impressionnantes. Les airs tourmentés de La Fille de la Mort dévoilent déjà le groupe et ses intentions, mais c’est véritablement Rue des Tempêtes qui donne le coup d’envoi de ce bal macabre.

Les violons inquisiteurs, la basse lugubre, la voix parfois grave, parfois explosive, les guitares abrasives mais sans être agressives, tout cela forme un morceau sans égal, qui rend toute comparaison ardue et futile. Plus loin, Charlotte nous plonge de nouveau dans une ambiance carnavalesque, où le rouge, le noir et le sourire pervers des clowns prennent l’honneur.

Ville Nótre reprend plutôt l’ambiance décadente de l’industriel tel que j’ai appris à le connaître, avec des paroles perverses qui s’agencent parfaitement à cette atmosphère lubrique.

Pour le reste, l’ambiance est impeccable et ne se trahit nulle part, toujours aussi puissante, toujours égale. Si chacun des groupes d’industriel que je croise à partir de maintenant à cette qualité, j’aurai de quoi me réjouir amplement.

Opus Dei (1987) – 644 jours, 761 albums

Je me suis lancé, semble-t-il, véritablement dans la musique industrielle. C’était avec l’album Opus Dei du groupe Laibach.

Laibach - Opus Dei

Il s’agit d’un groupe allemand, et ça paraît. Outre dans les paroles, dans le style aussi. Le premier morceau, Leben Heisst Leben offre un rythme lourd et inébranlable de marche, rappelant Kraftwerk, mais cette fois avec un ton glorieux et plus sombre.

Il y a ici quelque chose de militaire, de presque wagnérien, dans la puissance et dans l’insistance de la musique. Et le ton ne change pas vraiment à travers l’album, conservant ce poids appréciable et demeurant avec un rythme sec et précis, quoique moins appuyé par la suite. Leben – Tod, par ailleurs, remplace cette ambiance militaire par une ambiance plus industrielle, dans le sens littérale du mot, avec des sons métalliques et d’une électricité rude. Mais, étrangement, le son ne devient jamais aussi complet et enveloppant que dans le noise rock. Cela, d’ailleurs, contribue à l’aspect épuré et typiquement allemand de cette musique.

F.I.A.T. vaut également votre attention, cette fois par ses airs plus religieux et aériens, avec l’orgue, mais toujours en conservant cette ambiance lugubre et sombre, pesante malgré la volatilité des violons. Opus Dei, le morceau éponyme, m’a aussi bien surpris, offrant une reprise étrange et militaire du succès Live is Life du groupe Opus. Ça m’a pris d’ailleurs plusieurs minutes avant de retrouver de quel morceau original il s’agissait. Pour mes lecteurs québécois, il s’agit du grand succès La vie chante de nul autre que René Simard.

Enfin, il y a Trans-National, que j’ai trouvé le plus intéressant, par sa complexité et sa recherche musicale, chose absente du reste de l’album.

Et là, il serait difficile de ne pas voir l’influence de Kraftwerk, avec ses longs sons électroniques, son empilement de samples, et sa complexité dans les textures.

Il s’agit donc d’un album plutôt facile à écouter, malgré le préjugé que je m’en faisais, car il offre rarement du défi ou des moments réellement exigeants, surtout si je compare aux derniers albums que j’ai écoutés ! Il pourrait donc s’agir d’une belle porte d’entrée, facilement praticable, si vous souhaitez vous initier au style.

D.o.A. Third and Final Report (1978) – 654 jours, 778 albums

Après ma découverte rapide et inattendue avec la musique industrielle, j’ai décidé de faire quelques recherches. Et, par chance, un autre des pionniers du genre se retrouve également dans ce défi, cette fois en 1978. Il s’agit du groupe Throbbing Gristle et de leur album D.O.A. Third and Final Report.

Throbbing Gristle - D.o.A. Third and Final Report

S’ouvrant sur des sonorités d’ordinateur qui rappellent étrangement les débuts du connexion Internet peut-être 20 ans avant que cela ne soit possible chez vous, l’album, encore une fois, s’annonce difficile. Il faudra attendre Dead on Arrival, le cinquième morceau, avant que les choses ne deviennent intéressantes. Loops de sons électroniques, rythme sec et imperturbable à la Kraftwerk, expérimentations sonores sur le dessus : est-ce vraiment quelque chose de nouveau ? Certains sons sont plus acérés et grinçants, mais l’ensemble est plutôt abordable, surtout si l’on compare aux expérimentations de Einstürzende Neubauten. Weeping, qui suit, est encore plus calme et subtil. Hamburger Lady est un peu plus étrange, mais vraiment rien de troublant, après tout ce qu’il m’a été donné d’entendre !

Il y a peut-être seulement les voix, vibrant étrangement, qui seraient dignes de mention. C’est plutôt avec AB/7A que les choses se corsent un peu. Se corsent ? Peut-être deviennent-elles simplement plus intéressantes. Encore une fois, on sent l’influence de Kraftwerk et du kraut rock, mais peut-être plus de détails. E-Coli, par contre, m’a davantage fait penser à l’industriel, ne serait-ce que par son ambiance sombre et glauque.

Viennent enfin, un peu comme une évolution ou une construction, les deux morceaux plus abrasifs de l’album, avec Walls of Sound, qui porte bien son nom, et Five Knuckle Shuffle, peut-être plus expérimental. Pour terminer, je vous fais écouter le premier des deux.

Kollaps (1981) – 655 jours, 779 albums

Je suis ensuite tombé sur quelque chose d’un peu plus exigeant, et que je ne croyais pas rencontrer avant encore un bon peu de temps : les débuts de la musique industrielle. Ainsi, j’ai écouté Kollaps du groupe Einstürzende Neubauten.

Einstürzende Neubauten - Kollaps

Dès l’ouverture avec Tanz Debil, on sait pertinemment que c’est un album très particulier qui nous attend.

Une atmosphère lourde et chargée de sons et de percussions métalliques nous accueille dans ce nouvel univers. Mais ici encore, on a un rythme, une répétition, une structure qui nous permet de ne pas s’y perdre. Dès Steh Auf Berlin, les choses se corsent. Bruits de perceuse électrique, voix féroce, martèlements de tuyaux métalliques : tout est là pour écorcher vos oreilles. Le tout, bien sûr, sans véritable mélodie, si ce n’est le fond constant de percussions.

Mais avec U-Haft Muza, les choses s’arrangent un peu, et la musique devient plus audible, du moins un peu. Un rythme lent, pesé, et une atmosphère relativement calme pour l’accompagner. Avec Draussen Ist Feindlich, c’est un peu le même principe, alors que Hören Mit Schmerzen ressemble à une longue marche douloureuse.

C’est que, voyez-vous, l’album se veut le « plus inaudible de tous les temps », alors que le groupe l’enregistre dans un local d’entretien de métro. Outils et matériaux de construction sont donc les principaux atouts de nos musiciens. Même si je ne l’ai pas trouvé si inaudible que ça, force est d’admettre que l’album représente tout un défi, que vous soyez néophyte ou aguerri. Même avec tout le free jazz que j’ai dans le corps, certains passages m’ont fait grincer des dents. Mais bon, pas autant que For Alto, d’Anthony Braxton, mon pire cauchemar. En fait, j’ai surtout trouvé que l’album ressemblait à la seconde partie de Tago Mago de Can, soit des expérimentations sonores, mais en plus métallique et plus criard. Et je dois avouer que les textures créées ici sont assez intéressantes, malgré leur côté abrasif. Le morceau éponyme, Kollaps, offre peut-être un meilleur aperçu de ce qu’est l’album.

Le morceau est plus long et texturé, et on a davantage l’impression que véritable travail de recherche a été fait. Dans le même genre, il y a aussi Abstieg and Zerfall. Mais pour le reste, j’ai plutôt hâte d’arriver au son plus travaillé et audible de Nine Inch Nails. Disons simplement que leur son est un tantinet moins exigeant.