Cupid and Psyche 85 (1985) – 111 jours, 474 albums

Scritti Politti - Cupid and Psyche 85 (1985)Cupid and Psyche 85 surprend par son ton badin et candide, sur fond de synth pop et de sophisti-pop. Le chant est murmurant, l’instrumentation reste dans la pop synthétique et électronique, quelques sons plus vibrants et scintillants rappellent les thèmes célestes de Cupidon et de Psyché.

Scritti Politti donne pourtant l’impression que cette ambiance toute légère et superficielle est intentionnelle, travaillée. Que sa musique est plus profonde qu’il n’y paraît.

À vous de le découvrir.

Blue (1971) – 221 jours, 504 albums

Joni Mitchell - BlueAvec son chant folk et émotif aux accents jazzy, Joni Mitchell est une artiste écoutée avec passion par plusieurs. Blue est un des quelques albums de l’artiste qui se trouvent dans ce défi: signe que l’artiste jouit d’une grande reconnaissance.

Mais comme avec plusieurs autres voix du vocal jazz, l’attachement d’un auditeur envers un artiste est souvent une question de personnalité. La voix toute particulière de Mitchell, avec ses inflexions et son timbre plus aigu, et son chant personnel et intime peuvent en laisser plusieurs indifférents. Alors que pour d’autres, ce sera le coup de foudre. Après une écoute plus prolongée (trois ou quatre écoutes), on finit tout de même par s’attacher.

My Old Man est particulièrement émotive. Le discret piano laisse toute la place à la voix, ici de virtuose, de Mitchell, avec des inflexions tourmentées et mélancoliques. Little Green fait place à une simple guitare acoustique et la voix est plus posée, mais toujours dans une ambiance bleue. Blue est très intime et frissonnant. California donne davantage dans le folk, comme le plus énergique This Flight Tonight.

Si vous n’accrochez pas tout de suite, donnez-lui une deuxième chance: on s’entiche assez facilement, sans que cela ne doive devenir l’amour fou. Le folk sauce jazzy est fort appréciable, et la douceur de Joni Mitchell n’est pas à ignorer. Mais il est aussi possible que vous aimiez, beaucoup, dès les premières notes.

Getz/Gilberto (1963) – 226 jours, 514 albums

Stan Getz and Joao Gilberto - Getz GilbertoLa bossa nova rappelle les plages de sable chaud, la mer ondoyante, les vents doux et l’air salin. Mais sans Stan Getz et João Gilberto, peut-être ce style ne serait jamais parvenu à vos oreilles. Ce sont des albums comme Getz/Gilberto que ces petits rythmes latins, ces percussions discrètes et cette guitare légère comme tout sont devenus populaires.

Sans l’inoubliable douceur de The Girl from Ipanema aussi, la bossa nova serait bien peu de choses. Ce classique a une délicatesse tout simplement divine, et la voix d’Astrud Gilberto (la femme de João) a la douceur du miel. Lorsqu’elle entonne Corcovado (Quiet Nights of Quiet Stars), c’est d’une beauté simple et complète, unique, qui fait croire en la beauté. Le plus langoureux O Grande Amor reste aussi dans l’oreille et le cœur.

Un incontournable qu’il faut connaître, et qui sera parfait pour vos balades en voiture d’été, vos après-midi à la plage, vos matinées à prendre le thé dans le jardin, ou même pour ensoleiller, comme aujourd’hui, vos jours de printemps pluvieux et autrement gris.

Third (1970) – 226 jours, 514 albums

Soft Machine - ThirdArt rock et jazz fusion ont plusieurs points en commun: Third de Soft Machine le montre bien. L’expérimentation musicale réalisée ici, où se mêlent les guitares électriques, les cuivres, la batterie et le synthétiseur, a le poignant du rock, la subtilité et la complexité du jazz, et l’éthéré travaillé du art rock. Il en ressort un jazz-rock rythmé, installé là où les deux genres se confondent et se complètent.

Les quatre morceaux présentés font près d’une vingtaine de minutes chacun: juste assez pour s’y plonger, pour passer d’un mouvement à l’autre sans s’arrêter. Facelift a une puissance phénoménale aux rythmes funky où de nombreux détails viennent fleurir le tout. Moon in June est habité par le piano, la voix et l’orgue du rock psychédélique anglais, avant de tomber dans une ambiance plus infernale qui rappelle le Mahavishnu OrchestraOut-Bloody-Rageous plonge dans l’éther avant de céder l’espace à un savant mélange de rock et de jazz.

Soft Machine impressionne par sa maîtrise naturelle des deux genres. Certes, ils s’agencent bien. Ici, ils ne font qu’un.

In a Silent Way (1969) – 228 jours, 518 albums

Miles Davis - In a Silent WayLe jazz de Miles Davis a autant de formes qu’il n’est incontournable. Dans son exploration du jazz-rock et du jazz fusion qui précède l’immense Bitches Brew, l’album In a Sillent Way est un échantillon fascinant de cette constante mutation.

On est déjà loin du hard bop qu’il a tant contribué à façonner: les airs sont plus lointains, et les instruments, plus aériens. Certains passages ont plus de mordant, s’inscrivant dans le rock et laissant présager A Tribute to Jack Johnson, mais la plupart sont introspectifs, méditatifs. Le vaudou de Bitches Brew n’y est pas encore, et en ce sens, l’album est plus céleste et vaporeux qu’il n’est réellement habité par les musiciens.

Sur les deux morceaux/quatre mouvements de l’album, on se laisse porter par le flot. On entend presque l’eau clapoter autour de la barque musicale et on voit la lumière des étoiles se refléter dans les ondes. Et si l’on porte attention, le décor offre, comme toujours, une quantité immense de détails.

Water from an Ancient Well (1985) – 287 jours, 550 albums

Un jazz calme et mesuré, mais qui sait aussi être audacieux et sortir des sentiers battus: Abdullah Ibrahim nous offre sa version du jazz avec Water from an Ancient Well.

Abdullah Ibrahim - Water from an Ancient Well

Cela dit, il faut être patient avant que l’eau ne sorte du puits. La première moitié de l’album est plutôt plate, sans relief, sans éclat. On cherche ce qui fait la distinction des morceaux. Seule exception: le magnifique Mannenberg (Revisited), avec son post-bop angulaire et attrayant, mais aussi sensuel et rempli de suspense.

C’est à partir du morceau éponyme Water from an Ancient Well que l’album débute véritablement. Son ambiance calme, délicate dégage quelque chose de suave, de relaxant. Wedding reste dans le doux. Mountain gagne en énergie et développe quelque chose de plus complexe, de plus lumineux aussi. Là aussi, il y a un suspense à la post-bop, un mystère bien attrayant. Enfin, Sameeda nous plonge dans une longue composition doucereuse, mais qui a tout de même ses moments d’éclat.

Sarah Vaughan at Mister Kelly’s (1958) – 304 jours, 558 albums

Le vocal jazz de Sarah Vaughan est juste l’une de ces choses… Et comme tout enregistrement live de jazz, Sarah Vaughan at Mister Kelly’s a une énergie à la fois vivante et intimiste. L’écouter, c’est inviter une diva du jazz dans son salon, pour un soir, histoire de la connaître un peu.

Sarah Vaughan - At Mister Kelly's

Elle chante et elle expose son cœur. Le sien, et celui de plusieurs standards du jazz. Elle reprend les Willow Weep for Me, Just One of Those Things et Just a Gigolo qui ont formé le vocal jazz de leur époque et des autres. Elle les fait redécouvrir à une audience de cabaret, où on imagine les amoureux, gênés, se tenant la main et se faisant les yeux doux. À quelques moments, ils suivent le rythme du pied, mais à peine: on les imagine surtout rêveurs.

Avec des arrangements discrets au piano et à la batterie, c’est la voix de Vaughan qui est mise en valeur. Langoureuse, amoureuse ou bleue, elle n’est jamais déchirante. On pourrait lui reprocher de manquer d’un peu de miel, mais on cherche surtout une délicatesse et une intimité. On les trouve, sur le simple mais émouvant Dream, et sur d’autres morceaux connus ou moins connus, mais tous aussi personnels.

Le vocal jazz ne tient qu’à une chose: l’artiste. Il faut s’en faire un ami pour aimer. Certains caractères s’entendent bien, d’autres moins. Pour Vaughan, il m’a fallu une seconde écoute pour mieux l’apprivoiser. Je sens qu’avec une troisième, nous deviendrons de grands amis.

Kind of Blue (1959) – 412 jours, 588 albums

On ne connaît pas le jazz si on ne connaît pas le hard bop. Et on ne connaît pas le hard bop sans connaître Miles Davis. Et pour connaître Miles Davis, il faut avoir écouté Kind of Blue. Bref, tout le jazz semble être contenu dans cet album. C’est, selon moi, où tout commence, et où on revient toujours.

Miles Davis - Kind of Blue

Ma copine ne connaît rien au jazz. Et moi, vous savez peut-être que j’ai écouté 365 albums de jazz en moins d’un an. Il était indispensable que je partage cette passion avec elle. Je ne pouvais imaginer un meilleur point de départ que Kind of Blue, cet album mythique, pierre angulaire de trop de courants du jazz. C’est à la fois une quintessence et un début. Il m’a donc pris beaucoup de patience pour ne pas réécouter cet album tout de suite en débutant ce nouveau défi. Mais pourquoi insisté autant sur un seul album ? Qu’a-t-il de si spécial, de si unique ?

D’abord, les musiciens derrière l’album. Ce n’est pas que Miles Davis, ce colosse du jazz, derrière la trompette. Il y a aussi John Coltrane au saxophone ténor, Cannonball Adderley au saxophone alto, Bill Evans au piano, Paul Chambers à la basse et Jimmy Cobb à la batterie. Il s’agit de maîtres du style, en groupe ou en solo, qui ont façonné le hard bop.

Ensuite, la musique. Tout du hard bop est présent dans cet album, et dans sa meilleure expression. Les touches jazzys, mêlées au retour de la soul et du blues, avec une émotion intense, viscérale, mais contrôlée, tenue en laisse pour mieux qu’elle ne s’exprime, et avec la douceur des thèmes, leur élégance et leur raffinement : tout y est. Puisque, bien sûr, le tout est livré par les meilleurs musiciens du style et de l’époque, qui jouent de manière presque télépathique (n’oublions pas que de grands pans de ces morceaux sont improvisés !)

Donc, si vous souhaitez vous initiez au jazz, c’est ici qu’il faut commencer, avec des morceaux comme So What, même si chaque moment de cet album vaut votre attention.

Quoique Freddie Freeloader occupe toujours une place de choix dans mon coeur.

Sings the George and Ira Gershwin Song Book (1959) – 413 jours, 590 albums

George Gershwin : l’un des meilleurs compositeurs américains. Ella Fitzgerald : l’une des meilleures chanteuses de jazz de tous les temps. Lorsque cette dernière décide de reprendre toute l’oeuvre musicale du premier, ça donne Sings the George and Ira Gershwin Song Book : plus de 4 heures de jazz, de classique et d’élégance.

Ella Fitzgerald - Sings the George and Ira Gershwin Song Book

Il y a de ces albums d’une telle ampleur qu’ils ne peuvent s’écouter d’un seul coup, ou presque. Les 3 disques et 3 heures de celui-ci demandaient un moment spécial, attitré. On ne peut y plonger à coups de 15 minutes : il faut se laisser porter. Un roadtrip pour l’Abitibi-Téminscamingue était donc le moment parfait. Pour ne pas trop ennuyé mes passagers, j’ai écouté un album en me rendant, et les deux autres en revenant. Et au moment d’écrire cette critique, je me suis aperçu qu’il y avait un quatrième disque, dont je termine l’écoute en ce moment même (des alternate takes pour la plupart). Mais reste que l’expérience se rapprochait de celle vécue lors de ma découverte (et redécouverte) de Bitches Brew de Miles Davis : on se perd dans l’oeuvre en voyant défiler le paysage autour de soi.

Premièrement, j’ignorais que Gershwin et son frère avaient composé autant de chansons. Deuxièmement, davantage de ces morceaux sont des standards que je ne l’aurais cru ! Let’s Call the Whole Thing Off est l’un d’eux, un classique que vous connaissez sûrement, portant sur les variations de prononciation des mots de la langue anglaise : un joyau. They All Laughed est aussi un de mes favoris.

Oh, Lady Be Good est de ceux-là également, tout comme l’indémodable Foggy Day.

Il y a aussi I Got RhythmEmbraceable YouI’ve Got a Crush on You, et j’en passe.

Ainsi, que vous désiriez découvrir l’homme ou la femme, cet album est le lieu parfait pour le faire. Voyez sa longueur comme une mine dans laquelle on ne cesse de découvrir de petites pépites dorées à chaque tournant.

The Wildest! (1956) – 444 jours, 594 albums

Pour faire la cuisine, la vaisselle et un peu de ménage, rien ne vaut le swing énergique et indémodable de Louis Prima. Je dirais même que son album The Wildest! est parfait pour toutes les occasions, et transformeront vos moments monotones en petite fête à chaque écoute.

Louis Prima - The Wildest!

Louis Prima est une légende du swing. On ne peut écouter du swing sans l’écouter lui, c’est aussi simple que ça. Et à ce titre, The Wildest! est l’album tout désigner pour découvrir ou redécouvrir cette musique, cette époque, cette énergie électrisante. Et parmi tous les classiques que compte l’album, Jump, Jive, An’ Wail est celui qui est encore plus incontournable que tous les autres.

Tout le swing s’y trouve : le jazz, l’énergie, la chaleur, la dance, le rythme infectieux… Mais l’album n’est pas constitué que de ces morceaux endiablés. The Lip, par exemple, est plus calme et posé, tout comme Body and Soul, un standard du jazz réinterprété avec juste assez de swing, mais sans que le morceau n’en soit dénaturé. Mais reste que les morceaux les plus accrocheurs, ceux qu’on réécoute en boucle, ont davantage le calibre de Oh Marie ou de Medley: Just a Gigolo – I Ain’t Got Nobody. Surtout le second, qui est inoubliable et que vous connaissez sûrement déjà.

Ainsi, j’ai fait ma journée de ménage et de cuisine avec ma copine avec un large sourire et quelques pauses dansantes. Je vous en souhaite autant.