Third (1970) – 226 jours, 514 albums

Soft Machine - ThirdArt rock et jazz fusion ont plusieurs points en commun: Third de Soft Machine le montre bien. L’expérimentation musicale réalisée ici, où se mêlent les guitares électriques, les cuivres, la batterie et le synthétiseur, a le poignant du rock, la subtilité et la complexité du jazz, et l’éthéré travaillé du art rock. Il en ressort un jazz-rock rythmé, installé là où les deux genres se confondent et se complètent.

Les quatre morceaux présentés font près d’une vingtaine de minutes chacun: juste assez pour s’y plonger, pour passer d’un mouvement à l’autre sans s’arrêter. Facelift a une puissance phénoménale aux rythmes funky où de nombreux détails viennent fleurir le tout. Moon in June est habité par le piano, la voix et l’orgue du rock psychédélique anglais, avant de tomber dans une ambiance plus infernale qui rappelle le Mahavishnu OrchestraOut-Bloody-Rageous plonge dans l’éther avant de céder l’espace à un savant mélange de rock et de jazz.

Soft Machine impressionne par sa maîtrise naturelle des deux genres. Certes, ils s’agencent bien. Ici, ils ne font qu’un.

Publicités

In a Silent Way (1969) – 228 jours, 518 albums

Miles Davis - In a Silent WayLe jazz de Miles Davis a autant de formes qu’il n’est incontournable. Dans son exploration du jazz-rock et du jazz fusion qui précède l’immense Bitches Brew, l’album In a Sillent Way est un échantillon fascinant de cette constante mutation.

On est déjà loin du hard bop qu’il a tant contribué à façonner: les airs sont plus lointains, et les instruments, plus aériens. Certains passages ont plus de mordant, s’inscrivant dans le rock et laissant présager A Tribute to Jack Johnson, mais la plupart sont introspectifs, méditatifs. Le vaudou de Bitches Brew n’y est pas encore, et en ce sens, l’album est plus céleste et vaporeux qu’il n’est réellement habité par les musiciens.

Sur les deux morceaux/quatre mouvements de l’album, on se laisse porter par le flot. On entend presque l’eau clapoter autour de la barque musicale et on voit la lumière des étoiles se refléter dans les ondes. Et si l’on porte attention, le décor offre, comme toujours, une quantité immense de détails.

Abraxas (1970) – 799 jours, 885 albums

J’ai aussi écouté Abraxas de Santana.

Ceci n’est pas, à proprement parler, la couverture de l’album. En fait, il s’agit de la fresque qui forme la couverture et une partie de l’endos de la pochette (la couverture s’arrête à la gauche de l’aile bleue de l’ange rouge, la ligne se continuant en tranchant son pied.), le reste de l’endos ayant, à gauche de la fresque, la liste des morceaux de l’album. Comme je vous l’avais annoncé, vous verrez à gauche un visage familier, étrangement semblable à celui qu’on retrouve à l’endos de la pochette de Bitches Brew. En écoutant l’album, je comprends mieux pourquoi.

L’album mêle différents styles de musique en apparence disparates, mais qui réussissent ici à s’assembler de manière remarquable. Il y a d’importantes influences latines, des notions de blues qui mènent au blues-rock, des improvisations dignes des meilleurs albums de jazz, le tout soutenu par un rock dur et certain, qui se rapproche dangereusement du hard rock. Comme premier exemple, Incident at Neshabur.

Ce morceau offre presque une orgie de sons et d’influences. Le piano rappelle définitivement le jazz, alors que les percussions sont ici l’apanage des origines latines, et que la guitare électrique, la basse et la batterie sont typiques d’un rock qui bouge beaucoup. Le tout est assemblé dans une improvisation où chaque élément a sa place, où aucune note n’est en trop.

Second morceau que je souhaite vous faire écouter : Black Magic Woman/Gypsy Queen.

Il s’agit d’un indéniable classique, que tous ont au moins entendu une fois dans leur vie, plusieurs fois même pour les plus chanceux ! Il est languissant, sensuel, passionné. Que dire de plus ? Le reste de l’album est construit de la même manière, avec cette même force à la fois primitive et raffinée. Malgré la quantité extraordinaire d’énergie qui s’y trouve, le contrôle est ici maître. Mais ce n’est que pour mieux présenter cette musique incroyable.

Hot Rats (1969) – 813 jours, 905 albums

Après n’avoir été de retour que depuis environ une semaine, croyez-le ou non, j’ai décidé de faire un nouveau roadtrip avec quelques amis. Cette fois, ce fut le Nord, l’Abitibi-Témiscamingue et son Festival de Musique Émergeante, le FME ! Et vous l’aurez deviné : longue route signifie quelques albums à écouter. Et comme je partageais le chemin pour me rendre avec un de mes amis presque aussi fan de musique que moi, nous en avons profité pour faire quelques découvertes ensemble. Certaines venaient de mon défi, d’autres étaient de ses nouvelles découvertes à lui, cet homme qui est toujours à l’affût des dernières tendances. Pendant toute la fin de semaine, j’ai donc fait bon nombre de nouvelles découvertes (ai-je mentionné que j’allais aussi à un festival de musique ?), dont 8 étaient des écoutes d’albums pour ce défi.

Le premier était l’incontournable Hot Rats de Frank Zappa.

Bon, ce n’est pas vraiment une découverte, puisque je l’avais déjà écouté à maintes reprises, mais c’en fut une pour mon ami. Et, de toute manière, c’est toujours un plaisir que d’écouter de nouveau cette perle de la musique, de l’art et de la folie. Ce mélange parfait de rock, de jazz, de fusion, d’audace et de beauté est l’un de mes albums favoris. Et je commence à en avoir écoutés beaucoup !

Déjà, en ouvrant avec Peaches en Regalia, on sent que l’album sera toute une expérience.

Cette symphonie étrange où se mêlent mille instruments est pourtant une oeuvre on ne peut plus précise et raffinée, malgré son caractère explosif et éclaté. C’est une véritable composition de maître, où chaque élément est à sa place et pas ailleurs. Et que dire de la suite : Son of Mr. Green Genes ? Ce morceau pousse encore plus loin le thème, l’explorant, cette fois, sur presque une dizaine de minutes. La qualité extraordinaire de ces deux morceaux, la première fois que je les ai écoutés, m’a tout simplement et subitement fait tomber en amour avec l’artiste.

Et je dois dire qu’après ma découverte des Mothers of Invention, je ne fus pas déçu de redécouvrir Zappa seul, mature et en plein contrôle, avec un focus nouveau, surtout. Même si les styles sont plutôt variés sur l’album, Zappa ne s’y perd pas pour autant. Même si les deux morceaux dont je viens de parler touchent au jazz-rock ou au art rock, d’autres comme Willie the Pimp vont plutôt vers le blues de garage sale, ou comme The Gumbo Variations vont davantage vers un blues de la Nouvelle-Orléans déjanté et incontrôlable par moments. Un dernier grand morceau de l’album que je me permets de nommer : Little Umbrellas qui se veut davantage raffiné et posé, avec son piano et son rythme plus lent. Mais attention : les expérimentations de Zappa y sont tout aussi présentes !