Water from an Ancient Well (1985) – 287 jours, 550 albums

Un jazz calme et mesuré, mais qui sait aussi être audacieux et sortir des sentiers battus: Abdullah Ibrahim nous offre sa version du jazz avec Water from an Ancient Well.

Abdullah Ibrahim - Water from an Ancient Well

Cela dit, il faut être patient avant que l’eau ne sorte du puits. La première moitié de l’album est plutôt plate, sans relief, sans éclat. On cherche ce qui fait la distinction des morceaux. Seule exception: le magnifique Mannenberg (Revisited), avec son post-bop angulaire et attrayant, mais aussi sensuel et rempli de suspense.

C’est à partir du morceau éponyme Water from an Ancient Well que l’album débute véritablement. Son ambiance calme, délicate dégage quelque chose de suave, de relaxant. Wedding reste dans le doux. Mountain gagne en énergie et développe quelque chose de plus complexe, de plus lumineux aussi. Là aussi, il y a un suspense à la post-bop, un mystère bien attrayant. Enfin, Sameeda nous plonge dans une longue composition doucereuse, mais qui a tout de même ses moments d’éclat.

The Black Saint and the Sinner Lady (1963) – 688 jours, 812 albums

Cet album, je l’avais découvert durant mon défi jazz. Et ce fut la révélation. Je ne fus donc pas surpris outre mesure lorsque j’ai vu son nom apparaître dans le livre des 1001. Quoique… Il faut dire que la place laissée au jazz dans cet ouvrage est pour le moins… lacunaire. Mais Charlie Mingus, semble-t-il, s’est taillé une place parmi les grands, et son album The Black Saint and the Sinner Lady y mérite pleinement sa place.

Charlie Mingus - The Black Saint and the Sinner Lady

J’ai dit qu’à ma première écoute, ce fut la révélation. Et à chaque fois que je réécoute l’album depuis, le même sentiment m’envahit. Il s’agit de sentiment de respect devant le génie, d’admiration, mais d’étonnement aussi devant les mystères cachés de ce monde. Car sur ce album, ce sont les mystères de l’esprit de Mingus lui-même qui nous sont révélés. Tel une catharsis, sa musique nous plonge dans un univers tournoyant, obsédé, à la limite de la paranoïa. Il y a quelque chose de profondément sombre, et de profondément troublant, dans la musique de Mingus, et c’est d’autant plus vrai ici.

Certes, l’album n’est pas accessible à tous les néophytes. La structure complexe des morceaux n’a pas été sans me laisser perplexe la première fois. Mais on finit par s’y faire l’oreille. On constate rapidement que, sous des devants entremêlés et chaotiques, ce type de jazz, le post-bop, conserve toujours une structure bien visible, si l’on sait regarder un peu. Une structure élastique, mais une structure tout de même. Ce qui semble d’abord être un imbroglio de musiciens qui se marchent sur le pied se révèle rapidement comme différentes couches musicales, différentes plages, qui s’empilent, se fondent l’une dans l’autre ou disparaissent, pour recréer, dans toute sa puissante, la tourmente et la complexité de l’esprit humain.

Ça, c’est comment s’ouvre l’album, avec Track A – Solo Dancer. C’est le morceau de l’album que j’ai écouté le plus souvent. C’est le plus saisissant, le plus poignant. Ensuite, malgré sa qualité exceptionnelle, le reste de l’album ne semble être qu’une longue variation sur le même thème. Mais se plonger davantage dans cet univers dément et troublant a tout de même quelque chose de séduisant… Dommage, que Mingus ait si peu de place dans ce défi. Dommage, aussi, pour le jazz. J’ai un peu l’impression que c’est comme si on avait oublié les Beatles… ou même les Rolling Stones.