Atomizer (1986) – 650 jours, 773 albums

Alors que je voyais le hardcore punk comme un dérivé du post-punk, me voilà maintenant en train d’écouter du post-hardcore, avec l’album Atomizer du groupe Big Black.

Big Black - Atomizer

Peut-être trouvez-vous que j’insiste beaucoup sur la classification de chaque album. Mais c’est qu’avec 1001 albums à écouter, il est assez facile de s’y perdre si l’on ne fait pas attention. D’un autre côté, il peut être tout aussi facile de se perdre dans une classification trop spécifique, chose que j’essaie d’éviter à tout prix. Mais disons qu’avec tout ce qui sort d’hétéroclite dans mes recherches pour le milieu des années 80, il devient difficile de faire la bonne part des choses. J’essaie donc de faire au mieux de mes connaissances, simplifiant sans pour autant omettre les distinctions importantes.

Mais une chose est certaine avec cet album : il s’agit au moins de noise-rock. Avec une ambiance saturée, un fond de grésillement et d’enregistrement de mauvaise qualité (toujours à dessein), il n’y a pas à en douter. Cela est apparent dès la longue note de guitare qui ouvre l’album, avec Jordan, Minnesota.

Avec une densité exceptionnelle, un rock abrasif, ce morceau nous montre déjà que l’album ne sera pas de tout repos. Mais le reste de l’album ne se contente certes pas d’un punk hardcore simple et nu. Dès Passing Complexion qui suit tout de suite après, on voit un travail détaillé derrière cette ambiance lourde, oui, mais complexe et texturée à souhait. Plus loin, c’est définitivement Kerosene qui remporte la palme du meilleur morceau, en poussant cette complexité un peu plus loin.

Bien sûr, cette musique n’est pas faite pour les néophytes, ni même pour plusieurs auditeurs aguerris, mais si ce morceau vous laisse indifférent alors que vous croyez avoir l’expérience pour l’écouter, inutile de tenter d’explorer le style plus avant. Mais attention : en ignorant cette musique lourde et thrash, vous passez à côté de beaucoup de choses, surtout si vous dédaignez ce qui suit. Le grunge, ça vous dit quelque chose ? Pour ma part, j’ai déjà hâte d’y être.

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Junkyard (1982) – 653 jours, 777 albums

Cet album particulièrement exigeant que j’ai ensuite écouté, c’était Junkyard, du groupe The Birthday Party qui, je dois bien l’avouer, porte vraiment mal son nom.

The Birthday Party - Junkyard

Ça y est. J’ai atteint mon quota pour un bon moment. Je prendrai ensuite une bonne pause du hardcore punk, du black metal, de l’industriel et de tous les autres genres bruyants, corrosifs et agressifs. Après cet album, j’avais littéralement un bon mal de tête, et simplement en remettant l’album pour écrire cette critique, il revient lentement, insidieusement. Et pour cause : il s’agit de l’album le plus brutal que j’ai écouté jusqu’à maintenant. Offrant un hardcore punk aride, criard et acéré, il est sans merci. Si vous avez des doutes, écoutez simplement Dead Joe.

Je crois que le morceau se passe de commentaires. Et dans les bons morceaux de l’album, Hamlet (Pow, Pow, Pow) est tout aussi intense et chaotique. Cela dit, She’s Hit et Several Sins offrent une approche plus douce et languissante, rendant ainsi ces morceaux relativement accessibles. Mais je dois avouer que le seul morceau qui a véritablement retenu mon attention et mon intérêt était Big-Jesus-Trash-Can.

C’est le seul morceau qui, dans ce miasme de sons métalliques et acidulés, m’a semblé travaillé, réfléchi, bref qui m’a prouvé que cet album était peut-être autre chose qu’un long défilement de bruits inaudibles et colériques de 40 minutes. Mais pour le reste, si vous tenez véritablement à écouter cet album, ce que je vous déconseille fortement, ce sera à vos propres risques.

Damaged (1981) – 654 jours, 778 albums

Pour continuer avec une musique dure et difficile, j’ai écouté un autre album de hardcore punk, soit Damaged du groupe Black Flag.

Black Flag - Damaged

Encore une fois, il s’agissait d’une musique agressive, bruyante, abrasive. Alors que je croyais écouter la musique la plus exigeante avec le heavy metal, je la découvre plutôt ici, où le punk passe de sec à aride, de rebelle à violent, de colérique à hargneux. Au moins, malgré sa force, le heavy metal sait rester rond, harmonieux, mélodieux. Ici, la musique ne semble qu’être une agressivité pure, sans nuance. Cela est apparent dès le revendicateur Rise Above.

Je dois vous avouer que je trouve cette musique particulièrement difficile. Pas qu’elle soit exigeante intellectuellement ou quoique ce soit, mais simplement parce qu’après quelques morceaux, toute cette agressivité semble assombrir l’esprit, et finit par résulter en un tenace mal de tête. Cela dit, je comprends la raison d’être de cette musique et loin de moi l’idée de dire qu’il s’agit de mauvaise musique. Au contraire, il s’agit d’excellent hardcore punk. Il s’agit d’une émotion pleine, pure et sans concession : chose rarement assumée jusqu’au bout, surtout lorsqu’il s’agit d’une émotion comme l’agressivité ou la colère. C’est simplement que le genre devient rapidement épuisant.

What I See offre un punk aride et éreintant, alors que TV Party offre une mélodie plus douce, plus accessible et accrocheuse; chose étrange et inattendue dans un tel album.

L’intégration de certains concepts pop y est d’ailleurs fascinante, comme les claquements de mains par exemple.

Sinon, j’ai bien apprécié l’électrisant et franc Gimmie Gimmie Gimmie, ainsi que le très agressif Damaged II. Le plus complexe et travaillé Life of Pain fut aussi bien apprécié.

Out of Step (1984) – 656 jours, 780 albums

Et pour aborder un autre nouveau style de musique, enfanté par la révolution punk, j’ai écouté l’album Out of Step, du groupe Minor Threat.

Minor Threat - Out of Step

Cette fois, c’est le hardcore punk qui nous est présenté. Reprenant l’énergie rebelle, le rock sec et la voix criarde du punk, mais en en décuplant la puissance, la brutalité et la hargne, Minor Threat nous plonge dans une musique des plus bruyantes. En fait, probablement la plus bruyante que j’ai écoutée jusqu’à maintenant. Juste au moment où je croyais que les esprits s’étaient calmés et que les musiciens avaient pris le chemin de la pop et du new wave, on m’arrive avec ce nouveau genre qui m’apparaît être le punk du punk, la rébellion des rebelles encore plus mécontents que voilà 5 ans, si cela est possible… Écoutez Betray, juste pour comprendre.

Ironie suprême : le groupe participe également à un autre courant, soit le Straight-Edge, qui revendique un style de vie sans drogue, sans alcool, sans sexe d’un soir. Cela me semble assez contradictoire, à la lumière de leur musique, la plus intense au niveau sonore que j’ai rencontrée. La manière, aussi, dont le groupe répète le refrain de Think Again, avec une force vindicative sans précédent, laisse confus.

Cette force rend l’album difficile à écouter par moments, même s’il ne dure qu’un peu plus d’une vingtaine de minutes. La voix presque éreintée à force de crier constamment, la batterie qui ne s’essouffle jamais, les guitare électriques inquisitrices : tout pour décourager l’auditeur néophyte. Cela dit, l’album a néanmoins quelque valeur. L’accrocheur Think Again, l’étonnement complexe Sob Story, et l’énergique Little Friend en valent bien la peine, malgré les difficultés qu’ils offrent. Mais reste que cet album ne figurera pas parmi mes préférés à la fin de ce défi.