Speakerboxxx/The Love Below (2003) – 303 jours, 557 albums

Apprivoiser le rap peut être ardu, mais le groupe OutKast rend les choses presque faciles avec son album double Speakerboxxx/The Love Below. Un premier disque pour vous plonger dans un rap stéréotypé, avec tout le slang et le beat qu’il mérite. Et un deuxième plus pop et accrocheur, aux accents romantiques et doucereux. Ceux déjà conquis au style préféreront le premier, mais les plus frileux y trouveront leur compte sur le deuxième.

OutKast - Speakerboxxx:The Love Below

Pourtant, malgré l’usage parfois abusive d’archétypes du rap, le premier disque offre bon nombre de morceaux accrocheurs, au rythme prenant et aux compositions complexes, comme l’énergique Ghetto Musick, le racoleur The Way You Move ou le rythmé et intriguant The Rooster.

Sur le deuxième, c’est plus du matériel de hit-parade qu’on peut entendre. Love Hater offre une ambiance feutrée et jazzy, où le rap se fait plus discret. Happy Valentine’s Day a une beauté simple et épurée. Vibrate est d’une lenteur accrocheuse. Et Hey Ya! a tourné longtemps dans les radios, et restera longtemps dans vos oreilles.

Il pourrait donc être mieux de débuter par le second disque, plus poli et plus abordable, et de poursuivre avec le premier, plus brut, plus vrai, plus complexe.

Street Signs (2004) – 445 jours, 594 albums

Un mélange de salsa, de hip hop, d’influences arabes et latines : voilà comment je décrirais la musique ensoleillée et colorée de Ozomatli et de leur album Street Signs.

Ozomatli - Street Signs

Un mélange bien festif, en effet. Et ça commence dès le complexe et entraînant Believe, où on se croirait dans une fête de tous les pays du monde, ou du moins de tous ceux qui sont chauds. Dans certains passages, on dirait un marché du Moyen-Orient, dans d’autres, on se retrouve au Carnaval coloré de Rio de Janeiro. Quelques moments me rappellent même le Bollywood et ses scènes époustouflantes. Le tout, bien sûr, avec un esthétisme tiré du hip hop et parfaitement adapté à la situation.

Un peu plus loin, (Who discovered) America? est plus calme, plus latin, plus langoureux aussi, alors que Saturday Night nous ramène dans une soirée chaude et rouge, avec l’accent mis sur le rap.

Déjame Paz a quant à lui une énergie déchaînée, au tempo rapide et enflammé. Dona Isabelle est une courte interlude au piano, juste avant Nadie Te Tira, qui retrouve une festivité renouvelée, intarissable, peu avant la fin de l’album.

Les multiples facettes et influences de l’album ont donc ensoleiller ma journée et mon écoute. J’espère qu’elles sauront faire de même avec vous.

The Blueprint (2001) – 467 jours, 622 albums

Pour sauter de nouveau du coq à l’âne, j’ai écouté un autre album de rap, soit The Blueprint de Jay-Z : un autre artiste pop que je souhaitais découvrir.

Jay-Z - The Blueprint

Je dois dire d’entrée de jeu que je n’ai pas été aussi satisfait qu’avec l’album de Kanye West. Cet album m’a paru intéressant, surtout sur certains morceaux, mais sans plus. Beaucoup de ses moments sont passés inaperçus dans mes oreilles. C’est dire à quoi point la ligne est mince pour m’atteindre ou non.

Mais quelques morceaux ont tout de même retenu mon attention, comme Jigga That Nigga que j’ai trouvé assez accrocheur, Hola’ Hovita et ses tendances latines, et All I Need qui était fichtrement bien fichu. Je vous le ferais bien écouter, mais deux morceaux en particulier ont remporté la palme. Le premier : l’excellent Song Cry.

Je n’aurais pas cru qu’un morceau de rap pût être touchant. Et pourtant…

Le second : Renagade, avec Eminem.

Donc oui, certains morceaux sont particulièrement bons, et méritent votre attention, mais le reste de l’album m’a paru plutôt décevant.

The College Dropout (2004) – 467 jours, 622 albums

Histoire de passer un autre album de rap, et de découvrir un autre artiste pop, j’ai écouté The College Dropout de Kanye West.

Kanye West - The College Dropout

Après avoir tant entendu son nom à la radio, et avoir écouté quelques uns de ses morceaux (toujours les mêmes), je me suis dit que l’artiste méritait bien un peu de mon attention. Surtout en faisant partie de ce défi. Et, ma foi, j’ai fortement apprécié ! En fait, je crois même qu’il s’agit de l’un des premiers albums de rap/hip hop que j’ai franchement apprécié. Tout d’abord, j’ai adoré l’esthétisme de ses compositions, difficilement définissables. Ma favorite : Jesus Walks.

 D’autres morceaux que j’ai bien aimés : We Don’t Care qui nous introduit bien à l’album, l’accrocheur All Falls Down et sa voix féminine, l’arabisant The New Workout Plan à l’énergie contagieuse, et l’intéressant Slow Jamz. Enfin, il y a l’excellent School Spirit, précédé et clôt par une satire vitriolée envers le système d’éducation que j’ai trouvée savoureuse par son ironie.

Ce qui, inévitablement, me rappelle l’importance des paroles dans le rap; importance à laquelle je ne peux malheureusement pas vouer une attention suffisante, faute de temps.

En attendant, je vous dirais que vous avez ici un bon album pour débuter dans le style de manière douce et sans trop de heurts. La musique est belle à entendre, et j’adore le mélange parfait de samples, d’électro et de paroles, juste bien détaillés, travaillés et amalgamés ensemble. Qui aurait cru que, un jour, je conseillerais du Kanye West ? Ce défi me fait découvrir des choses folles.

Cee-Lo Green… Is the Soul Machine (2004) – 477 jours, 630 albums

À notre retour de Québec, j’ai imposé à mon amie un album de rap, mais où se mêlait aussi de la soul et du R&B, soit Cee-Lo Green… Is the Soul Machine, de l’artiste Cee-Lo Green.

Cee-Lo Green - Cee-Lo Green... Is the Soul Machine

Je dis imposer, car elle n’était pas très enthousiaste à l’idée. Mais il faut bien les passer, ces albums de rap ! Et le résultat fut moins pire que ce à quoi elle s’attendait, alors que moi, je l’ai même trouvé plutôt intéressant. Bon, j’ai bien trouvé que beaucoup de morceaux se ressemblaient et, donc, passaient inaperçus (surtout sur un album de plus d’une heure), mais quelques uns sont néanmoins parvenus à sortir du lot, et à retenir mon attention. Soul Machine, par exemple.

Ainsi que l’entraînant The Art of Noise avec Pharell.

Mais le reste de l’album est rapidement tombé en arrière-plan, sans trop que mon attention ne s’y attarde. Cela dit, l’album fut, somme toute, plutôt appréciable, et je crois que je préfère ce genre de rap, du alternative rap, aux autres formes du style. Je sais que le style s’y retrouve en quelque sorte dénaturé, surtout pour les puristes j’imagine, mais en le rendant plus pop et plus accessible, cette musique me devient automatiquement plus appréciable. Même si, je dois bien l’avouer, je ne risque pas de réécouter cet album avant longtemps.

Californication (1999) – 490 jours, 635 albums

J’ai ensuite changé d’ambiance avec un album des Red Hot Chili Peppers : le funk-metal et rap-rock de Californication.

Red Hot Chili Peppers - Californication

Il s’agit de loin de mon album favori du groupe. Peut-être pas dans son ensemble, mais certainement pour tous les morceaux forts et accrocheurs qui s’y trouvent. Et il y en a beaucoup ! Et donc, ça compte pour beaucoup. Et sur tout l’album, on a ce mélange judicieux, que je trouvais au départ étrange mais que j’ai appris à pleinement apprécier, de métal, de hard rock et de rap, qui a tout pour retenir mon attention. En fait, je dis de rap, mais j’ai l’impression que ce sont les restants de reggae, de ska et de punk qui, à cause de la contemporanéité des styles, s’apparente désormais davantage au rap.

L’album s’ouvre avec force, présentant trois morceaux que j’ai trouvés particulièrement puissants et accrocheurs dès l’ouverture de l’album, soit le tourmenté et calme Parallel Universe, le plus rap et contrôlé Scar Tissue, et l’excellent Otherside.

Avec sa construction lente, son développement détaillé et travaillé, le morceau nous amène peu à peu dans son univers, avant que le rythme ne débute et que les instruments ne prennent de la force et de l’assurance. Puis vient l’inoubliable Californication, que j’ai tant entendu à la radio, et qui est construit sur le même concept, mais qui semble atteindre même un niveau de plus. Bref, je l’adore.

L’album compte ensuite bien d’autres morceaux savoureux, dont EasilySaviorPorcelainRight on Time… Certes, on ne se fait pas à cette musique sans un peu d’effort, sans un peu de travail et d’ouverture d’esprit, car je la trouve particulière, nouvelle, défiante par moments, et une fois qu’on a percé la carapace, elle se découvre et en vaut franchement la peine.

Come Find Yourself (1996) – 491 jours, 635 albums

J’ai ensuite passé un autre album de rap, soit Come Find Yourself du groupe Fun Lovin’ Criminals.

Fun Lovin' Criminals - Come Find Yourself

Rap, mais rap alternatif. La définition ? La même que pour le rock alternatif : englobant tous les genres, influences et inspirations et, donc, un genre qui veut tout et rien dire. Du moins, à l’écrit. Parce qu’à l’oreille, je remarque aisément la différence : un rap plus doux, nuancé par le rock (alternatif), et plus pop, si le terme s’applique ici. Mais les influences ne se limitent pas à ça : dans The Grave and the Constant, j’ai senti des influences de R&B, avec l’ambiance de lounge langoureuse. Avec Scooby Snacks, on se croirait dans un western, ou quelque chose du genre, en entendant le jeu de la basse et certains passages de la guitare électrique. Aussi, le morceau a l’avantage d’être fichtrement accrocheur.

On revient plus loin au R&B et son groove avec King of New York, alors que We Have All the Time in the World offre plutôt un morceau doux et lent, réflexif ou romantique, mais qui contraste avec l’idée qu’on peut se faire du rap et de ses possibilités. Quoique, après tout ce que j’ai entendu, les possibilités m’apparaissaient déjà grandes !

Naturellement, le morceau éponyme est également un bon moment de l’album, avec sa sensualité et ses subtilités.

Pour le reste, j’aime bien ces groupes qui savent se détacher des stéréotypes du rap pour amener leur art et ses possibilités plus loin, pour faire du neuf, du frais, qui est grandement apprécié par les auditeurs qui, comme moi, ont encore de la difficulté avec les groupes plus traditionnels du genre.