Peter Gabriel (I) (1977) – 206 jours, 482 albums

Peter Gabriel - Peter Gabriel (I) Car - 1977Au nom de Peter Gabriel, je m’attendais à un soft rock populaire et suave sans trop de relief. J’aurais dû m’attendre à plus du leader de Genesis: son premier album solo Peter Gabriel (I) (ou Car pour les intimes) offre un large spectre d’expériences musicales.

Le art rock est encore ici bien présent. Moribund the Burgermeister nous amène dans un monde étrange à plusieurs mouvements et peuplé de gnomes et de fées en ouverture d’album. C’est suivi de Solsburry Hill, plus soft rock et un hit que vous connaissez sûrement. Humdrum est d’abord discret et simple, laissant toute la place à l’émotion, avant de prendre de l’énergie et de l’ampleur. Waiting for the Big One mise sur un piano jazzy et des arrangements qui rappellent un blues de cabaret ou les débuts du rock & roll. Et Here Comes the Flood clôture avec force mélancolie, théâtralité et instrumentation.

Autant Genesis est extraordinaire, autant il faut constater que Peter Gabriel peut très bien se débrouiller seul. Avec la même force, la même créativité et la même grandeur.

Third (1970) – 226 jours, 514 albums

Soft Machine - ThirdArt rock et jazz fusion ont plusieurs points en commun: Third de Soft Machine le montre bien. L’expérimentation musicale réalisée ici, où se mêlent les guitares électriques, les cuivres, la batterie et le synthétiseur, a le poignant du rock, la subtilité et la complexité du jazz, et l’éthéré travaillé du art rock. Il en ressort un jazz-rock rythmé, installé là où les deux genres se confondent et se complètent.

Les quatre morceaux présentés font près d’une vingtaine de minutes chacun: juste assez pour s’y plonger, pour passer d’un mouvement à l’autre sans s’arrêter. Facelift a une puissance phénoménale aux rythmes funky où de nombreux détails viennent fleurir le tout. Moon in June est habité par le piano, la voix et l’orgue du rock psychédélique anglais, avant de tomber dans une ambiance plus infernale qui rappelle le Mahavishnu OrchestraOut-Bloody-Rageous plonge dans l’éther avant de céder l’espace à un savant mélange de rock et de jazz.

Soft Machine impressionne par sa maîtrise naturelle des deux genres. Certes, ils s’agencent bien. Ici, ils ne font qu’un.

Tubular Bells (1973) – 304 jours, 558 albums

Voyager, contempler, savourer: l’album Tubular Bells de Mike Oldfield nous plonge dans un long paysage mêlant les couleurs du art rock à celles du ambient. Oldfield décortique les instruments, les rythmes et les mélodies, dans un assemblage et désassemblage sans fin, où éthéré et hétéroclite se confondent. Seules ponctuations: de légères pauses qui rappellent les changements de mouvement d’une symphonie, et un changement de face.

Mike Oldfield - Tubular Bells

Le art rock a cette capacité fabuleuse à amener le rock psychédélique à un niveau presque symphonique. Le ambient, celle de nous plonger. Dans nuage de fumée, dans les cieux, dans une forêt dense et feuillue, qu’importe: il nous submerge. Les deux, assemblés de la bonne manière, forment une musique pratiquement divine.

Tubular Bells (Part One) se construit et se déconstruit sur près d’une demi-heure, débutant sur une certaine tourmente, passant à des moments plus doux, plus mordants, plus impérieux. Mais c’est véritablement le dernier mouvement qui expose tout le talent et le doigté d’Oldfield. On pose simplement une base rythmique, sur laquelle on entreprend ensuite d’assembler plusieurs instruments, les introduisant un à un, en les présentant au préalable d’une voix de plus en plus extatique. Il en résulte un crescendo explosif où chaque moment, chaque note devient décuplée, devient frissonnante.

Difficile, ici, d’ignorer les effluves de jazz ou de classique. Mais la longue composition est véritablement rock, et son énergie intempestive, la force des instruments et la désinvolture judicieusement calibrée ne font qu’en témoigner.

Band on the Run (1973) – 383 jours, 559 albums

La fin des Beatles ne voulait pas dire la fin de la musique, et certainement pas pour un homme tel que Paul McCartney. Si on ne pouvait nommer qu’une preuve tangible de son talent en tant qu’artiste solo, on nommerait Band on the Run du groupe Wings. Avec une telle merveille musicale, alliant les restes du rock psychédélique, la composition accrocheuse de l’ex-Beatle et un soft rock qui n’a rien de reposant, on croit, le temps de cet album, que la dissolution des Beatles était, au final, une bonne chose.

Wings - Band on the Run

Chef-d’œuvre et incontournable seraient ici des euphémismes, à mon avis. Peu d’albums sont de la trempe de celui-ci. Le morceau éponyme qui ouvre l’album, par exemple, comporte plusieurs mouvements, et chacun est réalisé avec brio et aurait pu former un morceau entier à lui seul. Mais mis ensemble, ils forment une sorte de symphonie rock des plus accrocheuses et des plus élégantes. Je vous laisse vous en délecter.

Jet est un succès instantané et est diablement accrocheur. Certainement, Sir McCartney n’a aucune difficulté à composer des succès, seul ou en groupe. Jet a quelque chose de rafraîchissant, de passionnant. En l’écoutant, on sent l’air passer dans nos cheveux, comme si on l’écoutait à toute vitesse.

Bien que tous les morceaux valent la peine, j’ai un faible pour Nineteen Hundred and Eighty Five qui termine l’album avec force, assurance et émotion.

L’explosion musicale qui termine le morceau est simplement délicieuse.

Autre moment savoureux : la deuxième partie de Picasso’s Last Words (Drink to Me), qui est un medley de tous les morceaux de l’album, comme une grande récapitulation avant de mettre la clé dans la porte. On en redécouvre alors toutes les subtilités et toutes les beautés.

Country Life (1974) – 408 jours, 579 albums

Après la découverte de Roxy Music par leurs albums Roxy Music et For Your Pleasure, je me gardais Country Life pour un moment spécial. Ce mélange parfait d’art rock, de glam rock et de proto-punk m’avait séduit instantanément. Et le groupe a renouvelé le coup ici.

Roxy Music - Country Life

Avec l’art rock, on a cet éclatement des styles musicaux et ce raffinement dans leur juxtaposition. Avec le glam rock, on a cette épuration, cette simplicité et, surtout, cette sensualité palpable et languissante. Avec le proto-punk, on sent le retour d’une rudesse, d’une énergie jeune et fraîche. Le tout, ensemble, donne cette merveille qu’est Roxy Music.

Country Life est-il vraiment le chef-d’oeuvre du groupe ? Je n’en sais trop rien. Mais beaucoup de ses morceaux m’ont donné des frissons ou m’ont époustouflé. Out of the Blue est de ceux-là.

Les violons m’ont d’ailleurs fait frémir.

Triptych est fort intéressant, avec ses teintes baroques et médiévales. Casanova est puissant, appuyé, avec son rythme saccadé et ses envolées musicales. Cela dit, l’autre morceau accrocheur de l’album, c’est d’abord et avant tout The Thrill of It All, qui ouvre l’album avec énergie et génie.

Il semble contenir tout le talent et la musique de Roxy Music en à peine 6 minutes.

Twelve Dreams of Dr. Sardonicus (1970) – 411 jours, 587 albums

Le passage du rock psychédélique à l’art rock : là où l’association du rock, du jazz, du folk et du blues se fait de plus en plus subtilement, où le son se raffine, se polit pour créer une homogénéité douce à l’oreille. Twelve Dreams of Dr. Sardonicus, du groupe Spirit, nous offre un bel aperçu de cette transition.

Spirit - Twelve Dreams of Dr. Sardonicus

Écouté de manière plutôt distraite sur la route, il est passé inaperçu. Réécouté une fois chez moi, il a dévoilé toute sa complexité, toute sa richesse. Sous un voile éthérée et aux effluves hallucinatoires se cachent de multiples influences, toutes plus subtiles les unes que les autres, se liant et se déliant à volonté pour étonner l’oreille. L’unité est certes plus grande que dans les premiers albums du rock psychédéliques. Elle se rapproche du art rock avec des coins lisses et une musique sans aspérités. Mais on sent encore le capharnaüm musical, l’imbroglio des instruments, même si ce désordre est plus ordonné qu’on ne le croit après une première écoute.

Certains morceaux sont calmes et plus conservateurs, comme Nature’s Way, mais d’autres se lâchent complètement, comme Mr. Skin. Ne vous laissez pas duper par le rythme plutôt lent…

Dans le même genre, Animal Zoo est fort appréciable et assez accrocheur. Le Prelude – Nothin’ to Hide offre aussi un bon panorama des racines multiples du groupe.

La subtilité et l’élégance du art rock et les couleurs explosives du rock psychédélique : voilà ce que nous offre Spirit sur cet album.

Chelsea Girl (1967) – 414 jours, 590 albums

La Nico de Velvet Underground a aussi une vie bien à elle : son album Chelsea Girl en est la preuve. À la fois rock expérimental, proto-punk sec et charmants instruments classiques, l’album surprend, sauf si on connaît ses collègues musicaux, comme John Cale et Lou Reed. Alors, c’est simplement un délicat délice.

Nico - Chelsea Girl

Ce n’est pas une musique faite pour toutes les oreilles. On pourrait facilement la trouver fade, juger la voix morne et trop grave, considérer l’instrumentation étrange et peu appropriée. Mais après avoir autant tenté d’apprécier à leur juste valeur les albums des Velvet Underground (et après avoir réussi), je comprends mieux le charme de ce style musical unique, et la fascination de certains pour lui.

Il s’agit d’un contraste puissant, entre la douceur et la légèreté des instruments classiques (violons, flûtes, guitares classiques), et la voix lourde, triste, appuyée de Nico; contraste duquel jaillit la beauté. Prenez le morceau Chelsea Girls en exemple.

C’est peut-être moi, mais dans ce morceau je sens un mal de vivre, une mort à l’âme qui n’est pas sans charmes.

À l’inverse, The Fairest of the Seasons est plus lumineux, plus cérémonieux. Il a quelque chose de brillant, et on dirait que la voix terre-à-terre de Nico y apporte du poids, une sorte de réflexion ou de réalité tangible.

J’ai beaucoup apprécié Winter Song aussi. Encore une fois, les instruments classiques y ont une place de choix, et donnent une certaine noblesse à ce morceau qui, avec la voix de Nico, semble étrange, voire tourmenté par moments. Bref, je vous laisse écouter.

Comme la plupart des albums étranges que j’ai eu la chance d’écouter durant ce défi, celui-ci me fut une expérience agréable, et une découverte bien appréciable. Mais soyez prêts, et débutez donc par les Velvet Underground.

Sheer Heart Attack (1974) – 444 jours, 594 albums

Queen a plus d’un album dans ce défi. Je me suis donc plongé de nouveau dans leur glam rock, hard rock, art rock, cette fois avec l’album Sheer Heart Attack.

Queen - Sheer Heart Attack

Vous aurez peut-être remarqué que ma découverte progressive/temporelle des albums de ce défi s’est quelque peu effacée. C’est que je suis arrivé au bout du livre, et que je peux désormais me permettre de découvrir le reste des albums dans un ordre plus hasardeux, maintenant que je connais les grands styles et les grandes lignes de la musique des 60 dernières années. D’où des classiques que j’avais sautés, tels que Pet Sounds et The Wildest!, et d’où mon retour à Queen. Même si cet album ne pourrait pas vraiment être caractérisé de classique

Il s’agit d’excellente musique, mais disons qu’avec la cuisine et le ménage, la plupart de l’album est passé plutôt inaperçu, malgré des écoutes répétées. Aucun morceau en particulier ne m’a accroché l’oreille, même si certains étaient meilleurs que d’autres. Cela dit, je crois encore avoir quelques difficultés à pleinement apprécier toute la complexité de Queen et de leur musique. Ce mélange unique de glam, de hard et de art rock est difficile à décrypter.

Je ne vous laisserai toute fois pas en reste. Now I’m Here est fort appréciable, par exemple.

Certains morceaux sont plus moqueurs, comme Bring Back That Leroy Brown, alors que d’autres ont quelque chose de typiquement queenesque, comme Killer Queen qui ressemble à une comptine ou à un opéra. D’autres encore sont plus axés sur le hard rock en tant que tel, comme l’énergique Flick of the Wrist ou Brighton Rock, qui ont une énergie solide et appuyée, agrémentée d’une voix et de détails musicaux tiré du glam rock.

Mais tel que mentionné plus haut, il faut porter une attention particulière à cet album si l’on veut en saisir les nuances, l’apprécier, et qu’on ne veut pas qu’il nous passe par les oreilles inaperçu.

Black Holes and Revelations (2006) – 476 jours, 629 albums

Pour quelque chose d’un peu plus plein et d’un peu plus grandiose, j’ai décidé d’écouter le Neo-Prog et le britpop de Muse, sur leur album Black Holes and Revelations.

Muse - Black Holes and Revelations

Si j’ai bien compris, du neo-prog, c’est la revitalisation du rock progressif de la fin des années 60 et du début des années 70, qu’on nomme aussi art rock, dont sur ce blogue. Ainsi, on reprend la recherche artistique, le soucis du détail, les atmosphères pleines, enveloppantes et souvent hypnotiques ou éthérées du genre, mais allant cette fois du côté de la pop plutôt que du côté symphonique que certains groupes avaient gagné (Pensez à Yes). Vous pouvez aussi le voir comme un new wave ou une synth pop plus profonde, plus travaillée et détaillée. Naturellement, le tout est agrémenté de britpop et de ce charme britannique.

L’album est donc fait pour me plaire. Mais je dois avouer que la force de l’album est surtout au début, sur les trois morceaux. Take a Bow se construit lentement et ouvre l’album avec force et détails, et procure déjà à l’album une puissance épique. Starlight est quant à lui plus pop et fichtrement accrocheur.

Map of the Problematique s’ouvre avec de l’électro expérimental, poursuivi avec un piano/synthétiseur éthéré et accrocheur, avant de tomber dans un rock imposant et puissant, avec une guitare électrique forte, grésillante, comme on les aime.

Bref, un fin travail d’artiste. Et pour le reste, je me devrai de découvrir le reste de l’oeuvre du groupe à l’extérieur de ce défi. C’est ce qui arrive lorsque l’on arrive dans les dernières années du livre, qui s’arrête à 2008. Mais je sais déjà que, après ce défi, la contemporanéité m’offrira une panoplie d’albums supplémentaires à écouter, histoire de me garder toujours occupé.

The Colour of Spring (1986) – 652 jours, 776 albums

Voilà : je me suis finalement laissé tenter. J’ai écouté l’album The Colour of Spring du groupe Talk Talk.

Talk Talk - The Colour of Spring

Pourquoi dis-je que je me suis laissé tenter ? C’est qu’il s’agit d’un de mes albums favoris, l’un de ceux que je peux faire jouer sur ma table-tournante sans répit durant des heures. Je l’avais obtenu dans un lot, comme bien d’autres vinyles. Et l’homme qui me l’a vendu me faisait une courte description de chacun des albums. À celui-ci, il m’a dit : « Ça, c’est un peu bizarre comme musique. » Il ne m’en fallait pas plus pour le mettre dans mes oreilles dès que je suis revenu chez moi. Tout de suite, ce fut l’amour. Ces morceaux aux saveurs électroniques, à l’ambiance éthérée, aux mélodies intrigantes ne laisseraient personne indifférent. Écoutez Happiness Is Easy pour vous en convaincre.

Les lignes complexes de percussions ouvrent l’album de manière étonnante, avant que n’arrive le piano, puis la voix, puis que le morceau ne débute véritablement.

Ensuite, chaque morceau sur cet album a quelque chose d’exquis, mais mes préférés demeurent celui mentionné plus haut, l’intense et méditatif Living in Another World, et enfin le dernier morceau, soit Time It’s Time, qui clôture l’album de manière héroïque.

Pour le reste, à vous de découvrir ce merveilleux album et ce groupe surprenant. Pour ma part, malgré le temps, je me délecte de chaque morceau, de chaque moment de l’album.