Copper Blue (1992) – 278 jours, 531 albums

Sugar - Copper BlueLe guitariste et vocaliste de Hüsker Dü, Bob Mould, offre un effort dans un noise pop mêlé de grunge avec le groupe Sugar et l’album Copper Blue.

Les morceaux sont bien réalisés, mais ils manquent un peu de personnalité. Malgré la voix caractéristique du chanteur, ils ont de la difficulté à véritablement accrocher l’oreille, à l’exception de quelques uns. Fortune Teller, d’ailleurs, rappelle les meilleurs moments de Hüsker Dü. The Slim, aussi, est plutôt intéressant.

Pour le reste, il s’agit d’un noise pop sans profondeur, ou d’un grunge sans trop d’originalité. Il s’agit, certes, d’un album bien réalisé, sans défaut ou faux pas, mais qui manque également de qualités pour se démarquer. Un album qui, pour ma part, sera vite oublié.

Nowhere (1990) – 278 jours, 531 albums

Ride - NowhereLivré un concert la tête basse, en fixant ses souliers et en se dandinant sur scène (ce qu’on appelle le shoegaze) semble avoir un effet mystique sur les artistes. L’album enfumé, éthéré et méditatif Nowhere de Ride en est un exemple probant.

C’est le noise qui crée cet écran de fumée. En saturant l’espace de sons, de grésillements et de guitares, la musique forme une sorte de voile, de trame sur laquelle s’inscrivent les détails. Avec une voix éloignée et en écho et des dissonances dans les instruments, l’effet est saisissant.

Seagull parvient à concentrer cet effet de manière époustouflante, en accumulant les couches musicales l’une par-dessus l’autre, et Kaleidoscope reprend l’exploit dans une mesure moindre mais aussi satisfaisante. Dreams Burn Down se concentre davantage sur l’éther et le mystique.

Il n’y a que dans le noise que l’on peut retrouve un rock à la fois musclé et rêveur, à la fois terrestre et rude, et céleste et doux. Ride n’échappe pas à la règle.

Doolittle (1989) – 407 jours, 577 albums

Le noise rock agressif et révolté des Pixies est certainement plus intense que celui de Pavement, surtout sur un album comme Doolittle. Cris, halètements, guitares électriques stridentes et sales : tout y est dans ce renouveau du punk habillé de grésillements.

Pixies - Doolittle

Certains morceaux sont toutefois fichtrement accrocheurs, comme Here Comes Your Man, qui est presque candide lorsqu’on le compare au reste de l’album.

Mais les débuts de l’album ne laissent rien présager de cette accalmie à venir. Debaser est intense, criard, voire agressif et brutal. Et je passe sur Tame

Debaser est toutefois fort appréciable et passe de manière bien remarquée.

Le reste de l’album partage davantage l’ambiance et le ton du premier morceau de l’album : force, révolte et jeunesse insouciante. Je n’arrive pas à me décider sur la valeur respective des autres morceaux de l’album : je vous laisse donc en juger par vous-mêmes. Une seule chose est sûre, c’est que ce genre de musique n’est pas accessible à tous. Par sa brutalité, elle peut en rebuter plusieurs. Par sa complexité, elle peut demander plusieurs écoutes avant d’être pleinement comprise et appréciée.

Crooked Rain, Crooked Rain (1994) – 408 jours, 579 albums

Les sons parasites, la mauvaise qualité et le grésillement sont les éléments qui font tout l’attrait de la musique de Pavement. Avec leur album Crooked Rain, Crooked Rain, ils nous plongent dans cette atmosphère pleine, rude et aérienne à la fois, et presque méditative.

Pavement - Crooked Rain Crooked Rain

Le noise rock contient tous ces éléments ensemble : il mêle la rudesse et l’énergie jeune héritée du punk à l’atmosphère éthérée créée par un voile de grésillement. Pavement sait réaliser cet effet avec brio, et le renouvelle sur cet album. On se perd dans ces morceaux parfois vigoureux, parfois mélancoliques et sentimentaux. Cut Your Hair est un exemple du premier genre, avec son ton insolent. Il est accrocheur et vivant.

Alors que Newark Wilder est un exemple du deuxième, avec sa voix plaintive, son ambiance légère et sa guitare déconstruite vers la fin.

Simplement pour dire que le noise rock peut mener à tout et à toutes les émotions.

Bien sûr, plusieurs autres morceaux de l’album valent votre attention, mais je vous laisse le plaisir de les découvrir vous-mêmes.

Sister (1987) – 413 jours, 590 albums

Les plaisirs insoupçonnés du noise rock sont retrouvés le temps de Sister, album de Sonic Youth. Le grésillement électrique de l’enregistrement forme un mur sur lequel le groupe peint des morceaux hypnotiques, énergiques et introspectifs.

Sonic Youth - Sister

J’adore ce grésillement. Sous le couvert d’une mauvaise qualité d’enregistrement, le noise rock nous plonge dans une ambiance pleine, enveloppante, complète. Tout l’espace sonore est occupé par ce voile, par cette toile. Dessus se superpose parfois un jeu d’ombre, parfois un jeu de couleurs. Il en ressort des images parfois sombres et oppressives, parfois impressionnistes et lumineuses. Sonic Youth, surtout ici, tombe plus souvent dans les premières images. Avec des morceaux comme Schizophrenia, il n’y a pas à en douter.

Ce qu’il y a de fascinant avec ce style musical, c’est qu’on peut y sentir une multitudes d’influences : le punk simple et un restant de son énergie juvénile, l’introspection éthérée, les paysages sombres du goth rock, un peu du métal qui donnera le grunge…

Dans les bons moments de l’album, on note Stereo Sanctity, plus agressif, plus imposant; Catholic Block, plus pop et accrocheur; Beauty Lies in the Eye, doux et flottant; Hot Wire My Heart, destructif et explosif; Kotton Krown, construit de manière lente mais imposante; et enfin Master-Dik, plus ancré dans le punk. Pour l’écoute, je vous laisse le méditatif Beauty Lies in the Eye.

Alien Lanes (1995) – 520 jours, 644 albums

Retour vers le lo-fi et le noise rock, avec l’album Alien Lanes du groupe Guided by Voices.

Guided by Voices - Alien Lanes

41 minutes et 28 morceaux : voilà ce qu’est cet album. Un jet de créativité intense, pur, fragmenté, où chaque morceau, chaque motif musical ou refrain ne dure qu’une minute trente secondes, à peine. Le tout, habillé de grésillements, de voix mal enregistrées, de sons inégaux, bref : tout ce que j’adore du noise rock. Avec, bien sûr, un ton d’indie rock qui laisse toute la place à l’authenticité du groupe et à leur franchise.

Quelques bons passages de l’album : Salty Salute qui ouvre l’album avec vigueur, assurance; They’re Not Witches qui rappelle le rock psychédélique et ses balades, tout comme As We Go Up, We Go Down; le plus accrocheur et près de son époque A Good Flying Bird; puis Pimple Zoo et sa lourde guitare de hard rock et sa voix mélancolique; et Blimpe Go 90 qui m’a rappelé REM et ses influences folk; le presque industriel et abrasif Always Crush Me; et enfin Alright qui clôture l’album avec poigne et un long 3 minutes, pour finir les choses avec classe, comme il se doit.

Parmi tous ces morceaux, éclectiques, une unité ressort tout de même, et forme à coup sûr un album à part entière, beaucoup moins fragmenté et disparate qu’il ne pourrait le laisser paraître. Et tout l’album me semble être un appel à sa génération, et malgré les extraits et les morceaux en eux-mêmes, devrait probablement être écouté dans son entièreté, pour en saisir toute l’importance, toute la force, et ainsi profiter au maximum de l’expérience.

Je vous laisse tout de même Pimple Zoo

…ainsi que A Salty Salute.

Bubble and Scrape (1993) – 598 jours, 688 albums

Pour continuer dans le même style, j’ai écouté Bubble and Scrape du groupe Sebadoh : une autre belle découverte.

Sebadoh - Bubble and Scrape

Ici, l’album m’a semblé plus décadent, plus déconstruit encore, mais cela le rendait également beaucoup plus intéressant. Le meilleur exemple de cette déconstruction apparaît d’ailleurs sous le nom révélateur de Fantastic Disaster, et affiche un harmonica dissonant et exigeant, pour le plus grand plaisir de vos oreilles. Mais pour ma part, je vous réserve plutôt un morceau intense mais diablement accrocheur, que j’ai dû réécouter une dizaine de fois depuis que j’ai écouté l’album : Sacred Attention.

Suit l’étrange et mystérieux, puis agressif par moments, Elixir Is Zog. Plus loin, Forced Love est mon autre coup de coeur de l’album.

Et là, je passe par-dessus le modéré Soul and Fire, et le calme Happily Divided. Encore une fois, cela me surprend de découvrir une musique aussi inspirante, aussi intéressante et passionnante, mais si méconnue.