Dear Science (2008) – 132 jours, 478 albums

TV on the Radio - Dear Science (2008)Ce sont des albums comme Dear Science qui valent ce défi. On finit par se fatiguer des albums trop similaires, que ce soit du rock, de la pop, du hip hop, du blues ou du jazz. Bon, peut-être pas le jazz… Mais une fois de temps à autre, un album si nouveau et si différent surgit.

TV on the Radio, c’est un peu comme de la pizza. Il est impossible de deviner le goût de la pizza si l’on n’en a jamais mangé. Même si vous connaissez parfaitement le goût du pepperoni, de la tomate, de la mozzarella et de la pâte, la pizza est quelque chose d’autre. Quelque chose de plus que la somme de ses composantes.

C’est la même chose avec Dear Science. On peut y retrouver le son 8-bit et écorché du lo-fi mêlé à des cuivres tonitruants (Dancing Choose), le funk, le hip hop et le wall of sound, muni de quelques sons électro (Golden Age), la réverbération d’un piano accompagné de violons sur une mélodie mélancolique qui grandit pour devenir immense et claire (Family Tree), de l’émotion déchirante (Love Dog), des rythmes enflammés et des percussions africaines (Red Dress)…

Tout y est. Cherchez.

Surtout, le tout est habité d’un certain mysticisme, d’une ambiance aérienne, parfois même méditative. Halfway Home vous enveloppe dès l’ouverture de l’album. Il vous saisit. J’ai écouté ce morceau, déjà, des douzaines de fois. Et encore, il m’émeut.

On finit par se fatiguer de tous les styles. Pour certains, par contre, c’est plus long. Et le post-rock a encore, j’en suis sûr, plusieurs surprises dans sa poche.

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Spiderland (1991) – 279 jours, 535 albums

Slint - SpiderlandTempos variants, structures musicales alambiquées, mélodies expérimentales et segmentées: les débuts du post-rock ne sont pas encore complètement éthérés, mais ils regorgent de complexité. Spiderland de Slint met à l’épreuve, fait travailler les méninges et récompense avec une musique satisfaisante.

Dès Breadcrumb Trail, on sent les aspérités, les pics musicaux qui sortent de la trame. Le tempo n’est pas familier: il hache la mélodie en segments étranges, qui semblent mal coller. Mais en s’y attardant, l’expérience est phénoménale: on assiste à la genèse d’un style, d’un son. Il est loin d’être pop ou accrocheur, mais il est cérébral, réfléchi. C’est une joie savante de s’aventurer dans ces méandres musicaux.

Plus que dans le post-rock qui va suivre, Slint injecte de bonnes doses de rock, voire de punk, avec des guitares électriques acérées, une énergie anti-conformiste et un dénuement fort trompeur. Après Breadcrumb Trail, l’expérience se renouvelle avec Nosferatu Man, où les riffs de guitare dictés par des tempos irréguliers sont maîtres, et Good Morning, Captain, cette fois avec plus de détails et de minutie, sur un thème (relativement) calme. Washer offre une évolution plus complète et mélodique rendant l’album, pour un court instant, plus accessible.

Spiderland nous apprend que le post-rock n’est pas formé que de légèreté, d’éther et de brouillard, mais aussi de rock terreux et de structures ardues et cérébrales. Et l’exigence de plus rapporte en satisfaction, si on prend le temps d’écouter.

Millions Now Living Will Never Die (1996) – 279 jours, 536 albums

Tortoise - Millions Now Living Will Never DieTortoise vous livre des paysages éthérées et complexes de post-rock, qui se dévoilent devant vos yeux dans tous leurs détails. Millions Now Living Will Never Die est une longue expérience contemplative qui mérite d’être admirée.

Djed se développe sur 20 longues minutes, construit par des répétitions électroniques, des vagues de sons oscillantes, des notes de vibraphone et des millions d’autres détails qui se perdent dans les filets d’une aurore boréale sonore. Car il s’agit presque d’un voile fin qui s’agite au vent: délicat et mystérieux. Avec Glass Museum, on se retrouve dans un véritable palais de verre, où le verre teinte et la lumière miroite, avec quelques notes de rock. Sur Along the Bank of the River, l’ambiance est presque jazz, rappelant les pièces méditatives fusion du Pat Metheny Group. La batterie, derrière, fait scintiller le morceau.

Le post-rock étonne encore, dans sa capacité à jumeler les inspirations sans heurts, à tailler les détails sans faute, avec minutie et patience. Tortoise n’échappe à la règle et réalise un fin diamant avec cet album doux et relaxante, et ces morceaux finement ciselés.

Emperor Tomato Ketchup (1996) – 491 jours, 635 albums

J’ai écouté un album d’ambient pop et de post-rock des plus intéressants. Il s’agissait de Emperor Tomato Ketchup du groupe Stereolab.

Stereolab - Emperor Tomato Ketchup

L’album est bâti sur de bonnes bases d’électro qui m’ont rappelé le big beat ou le house, mais qui sont utilisées ici pour créer une ambiance douce, lente et calme, qui se transforme rapidement en ambient pop, tout en amenant la richesse musicale que je découvre peu à peu du post-rock. Le premier morceau, Metronomic Underground, a d’ailleurs une atmosphère hypnotique, par sa répétition et son évolution faite au ralenti. Alors que, tout de suite après, Cybele’s Reverie s’ouvre sur des violons et un rythme plus soutenu, plus accrocheur et plus pop, mais tout en conservant, par moments, les subtilités électrisantes de l’électro.

Quelques morceaux plus loin, Olv 26 revient vers une base d’électro qui, par sa lenteur et sa pureté, peut même évoquer le kraut rock et son aspect mécanique, froid. Quoiqu’en y ajoutant l’orgue et quelques éléments de rock, tout comme la voix féminine et sensuelle, cette émotivité fait un contraste intéressant entre les deux inspirations. Avec The Noise of Carpet, c’est presque l’inverse, mais avec le même charme : une voix un peu froide, à la fois punk et sans vitalité, sur un fond de rock énergique et brut.

Vers la fin de l’album, il y a aussi le mélancolique Monstre Sacre qui a retenu mon attention, ainsi que Anonymous Collective qui, lui, rappelle encore davantage le kraut rock.

Ce que j’ai trouvé de plus fascinant avec ce groupe, c’est cette capacité étrange à être à la fois froid et mécanique, et profond et touchant, mais tout en douceur, tout en subtilité. Bref, d’allier les deux, et d’en faire un alliage encore plus fort, plus prenant et fascinant que les deux inspirations prises à part. Je croyais, rendu aussi loin dans les années, avoir terminé les surprises en découvrant de nouvelles genres, mais le post-rock m’a déjà montré que j’avais tord.

Ágaetis Byrjun (1999) – 498 jours, 640 albums

Autre découverte du post-rock : Sigur Rós et son excellent album Ágaetis Byrjun.

Sigur Rós - Agaetis Byrjun

Du post-rock, mais pas du tout le même que chez Le Tigre. Ici, il s’agit d’un post-rock éthéré, calme, qui n’est près ni du rock ni du pop dans son ambiance, dans son émotion. Il s’agit d’un post-rock réflexif, méditatif, profond, qui nous plonge dans son atmosphère par de longs morceaux contemplatifs et délectables. Le premier d’entre eux : Svefn-G-Englar.

L’atmosphère est à la fois pleine, complète, et légère. Starálfur a une mélodie un peu plus rapide, et sonne davantage comme un morceau populaire. Le piano en écho, d’ailleurs, rappelle Coldplay, mais les violons et le chant doux et mesuré nous rappelle que nous sommes complètement ailleurs. Hjartao Hamast (Bamm Bamm Bamm) commence avec une certaine groove, à laquelle s’ajoute rapidement des éléments de noise, mais rapidement le morceau revient au calme de l’album, n’offrant ainsi que plus de texture à l’expérience, sans la dénaturer.

Enfin, le morceau éponyme mérite d’être mentionné, par sa délicatesse et sa simplicité. Pour le reste, je comprends maintenant pourquoi quelques uns de mes amis me parlaient de ce groupe avec autant de passion et d’empressement : ils avaient l’impression que je me privais pendant trop longtemps d’une si belle musique.

Le Tigre (1999) – 498 jours, 640 albums

Belle découverte : le post-rock du groupe Le Tigre et de leur album éponyme, Le Tigre.

Le Tigre - Le Tigre

Qu’est-ce que le post-rock ? Rapidement, il s’agit d’un mélange d’une variété de styles, dont l’électro en prédominance, associée à des éléments de rock, mais de rock indie, opposés au rock alternatif populaire de l’époque. Et qu’est-ce que Le Tigre ? Une musique hypnotique, fascinante, électrisante, et agrémentée de juste assez de pop. Pour connaître le groupe, écoutez tout de suite Deceptacon.

On sent, bien sûr, les influences du post-punk, peut-être héritées du grunge, et surtout celles du new wave, avec la synth pop en évidence, comme je l’aime. Mais on sent aussi que la musique a maturé, que sa texture s’est complexifiée au contact du indie rock et de 10 ans d’histoire musicale.

Hot Topic est un brin moins énergique, mais on s’y plonge tout autant avec ses guitare/basse hypnotiques, les souffles des trompettes et ses répétitions. Plus loin, c’est Let’s Run qui m’accroche l’oreille, avec son insolence. Puis sur la fin, Dude, Yr So Crazy avec son ambiance mystérieuse, et Les and Ray qui termine l’album sur un air à la fois magique, enfantin et badin. Mais le morceau que j’écoute en boucle ces temps-ci, c’est sans contredit Phanta.

Mon seul regret : que le morceau, comme l’album, soit trop court.