Bayou Country (1969) – 110 jours, 474 albums

Creedence Clearwater Revival - Bayou Country (1969)Pour un savoureux mélange de country terreux et de bon rock des années 60, Creedence Clearwater Revival est le groupe vers lequel se tourner. Bayou Country porte bien son nom, avec son ambiance de blues, de guitares acoustiques et de chant country.

Le morceau éponyme est plutôt décontracté, il prend son temps, mais a toute la puissante du blues et du rock bien senti. Graveyard Train s’étend sur un 8 minutes 30 d’harmonica, de contre-basse folk et d’émotions blues. Et Good Golly Miss Molly est à un classique du rock & roll, avec toute sa fougue et des guitares plus lourdes.

Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967) – 220 jours, 500 albums

The Beatles - Sgt Pepper's Lonely Hearts Club BandSans les Beatles, la musique n’aurait jamais été la même. Ce défi non plus. Avec leur statut d’auteurs/compositeurs, leur audace et leurs expérimentations toujours maîtrisées, ils ont établi le paradigme du rock psychédélique, de la musique populaire et ont influencé toute celle à venir.

Cela semblait donc naturel que leur plus grand chef-d’œuvre, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, soit le 500e album écouté de ce défi. Ce fut l’album le plus populaire et le plus vendu pendant longtemps. Ce fut également mon préféré durant de longues années. Lorsque mon exploration de la musique devint plus sérieuse, ce sont les Beatles qui m’ont fait découvrir à quel point la musique pouvait être riche, complexe, satisfaisante à écouter et à découvrir.

Écouter les Beatles pour la première fois, c’est quelque chose de mystique, presque. C’est comme un premier amour: le sentiment se reproduira, mais ne sera jamais le même. Et Sgt. Pepper’s est une découverte sans égal.

Si vous ne l’avez jamais écouté, alors je vous envie. Si vous l’aimez déjà, alors vous me comprenez. S’il vous laisse indifférent, je vous répondrai par une citation d’Amélie Nothomb: « Il faut s’éprendre soi-même ou se résoudre à ne jamais comprendre. » Un peu comme moi avec les Rolling Stones, j’imagine…

L’album

Sgt. Pepper’s est le paradigme de la musique psychédélique. Il a un peu de tout: des balades romantiques, des morceaux naïfs, d’autres complètement éthérés, des influences indiennes, du classique… Chaque morceau est un petit monde, une expérience en elle-même, tout en formant un tout assez homogène, harmonieux.

L’introduction Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band a les guitares et la batterie de hard rock, mais avec des éléments de fanfare. She’s Leaving Home est une perle de baroque pop, avec ses violons, sa harpe, sa contrebasse et son chant doux et mesuré. Within You Without You est la composition aux inspirations indiennes de George Harrison, traversée d’effluves mystiques. Good Morning Good Morning est joyeux et pimpant, alors que A Day in the Life est morose, triste, dramatique et sonne comme un glas à la fin de l’album.

Quelques morceaux sont psychédéliques en eux-mêmes, comme l’étrange Being for the Benefit of Mr. Kite. Mais l’accomplissement le plus marquant (et cela est très subjectif) est définitivement le voyage psychotrope de Lucy in the Sky with Diamonds. L’atmosphère éthérée, le texte sublime d’imagination, le détail de l’instrumentation calme, la mélodie qui semble flotter dans le cours d’un ruisseau: j’ai dû écouter ce morceau un millier de fois.

Dans cet album, tout y est: l’exploration musicale et le souci du détail qui mèneront au art rock, des balades douces qui inspireront le soft rock, les influences indiennes qui marquent déjà une ouverture vers les autres cultures du monde, le baroque pop qui reverra ici et là. C’est un microcosme de la musique populaire contemporaine. Et c’est le 500e album que j’ai écouté pour ce défi. Plus 501 pour terminer la course.

Et comme deux morceaux ne sont pas assez:

S.F. Sorrow (1968) – 292 jours, 557 albums

Peut-on avoir trop de rock psychédélique? Le style finit-il par devenir répétitif et prévisible? The Pretty Things semble répondre par la négative, avec leur album S.F. Sorrow.

The Pretty Things - SF Sorrow

Il y a tellement d’albums parus en 1967, 1968, 1969…, et tellement sont de rock psychédélique, qu’on peut se demander comment chacun parvient à se démarquer. Après tout, The Pretty Things n’est pas le premier nom qui vous vient en tête lorsqu’on parle de l’époque. Pourtant, le groupe montre qu’il n’est pas nécessaire de se démarquer: il est essentiel de faire de bons morceaux.

L’album n’est pas marqué d’une signature unique, ni d’une originalité éclatante. Mais Balloon Burning mêle un rock sale et dur à un psychédélisme qui l’allège. Private Sorrow présente une balade saccadée mais aussi beatles-esqueI See You tombe dans le sentimental, le déchirant, remarquablement. Loneliest Person rappelle Dylan avec une guitare personnelle et touchante. Death met au défi, expérimentale et plus profonde.

Qu’est-ce qui distingue le groupe des autres? Aucune idée. Mais derrière le groupe, il y a les morceaux. Et de bons morceaux. Solides. Hétéroclites. Accrocheurs. Bref, comme j’aime mon rock psychédélique.

In-A-Gadda-Da-Vida (1968) – 383 jours, 559 albums

Le groupe Iron Butterfly pourrait se résumer à ce seul morceau : In-A-Gadda-Da-Vida. Le morceau de l’album du même nom est une traversée épique et psychédélique de 17 minutes dans un monde hypnotique et éthéré. C’est le seul de l’album qui vaille véritablement votre attention, mais dites-vous qu’il est assez rare qu’un morceau d’une telle longueur devienne un succès radiophonique, même dans les années 60.

Iron Butterfly - In-A-Gadda-Da-Vida

Certes, l’album a aussi une face A, mais sa composition n’offre aucune véritable surprise, se limitant à des morceaux de rock psychédélique bien réalisés, mais qui ne sortent nullement de l’ordinaire. L’intérêt de cet album, et du groupe, se trouve plutôt sur la face B, avec ce morceau interminable et passionnant.

En réécoutant cela, je me demande pourquoi l’orgue Hammond n’est pas demeuré un instrument populaire : la musique me semble plus triste et moins vibrante depuis… Bref, ici il fait un travail remarquable, et la mélodie du morceau vous restera dans les oreilles des jours durant : je vous le garantie.

The United States of America (1968) – 383 jours, 559 albums

Rock psychédélique et expérimentation éthérée : voilà ce qu’offre le groupe The United States of America sur leur album éponyme. Le groupe n’a sorti qu’un album, mais toute l’énergie, toute la force et toute la créativité sont là. Ici, on a l’impression d’écouter toute la musique des sixties, en moins de 40 minutes.

The United States of America - The United States of America

Avec un titre comme The American Metaphysical Circus, le premier morceau de l’album est sans équivoque : c’est dans un monde déjanté, explosé, mais lumineux et bruyant que nous plonge le groupe. Bref, un véritable cirque musical, avec tous ses animaux et ses créatures étranges.

Cloud Song est quant à lui plus doux et serein, avec son ambiance éthérée et son chant presque cérémonieux. L’excellent The Garden of Earthly Delights est un mélange pop et accrocheur de feux d’artifice orientaux et spatiaux.

Where is Yesterday tire vers le mysticisme, alors que Coming Down est plus énergique et pop. Stranded in Time a quelque chose de fin et d’élégant que j’adore avec ses violons.

Ainsi, il s’agit ici d’un fin mélange d’épices tel qu’on ne les retrouvait que dans les années 60 : grands espaces enfumés, éclectisme des instruments, ambiance colorée, parfois cacophonique et parfois d’une perfection spontanée, presque impromptue. Même si le groupe n’a sorti que ce seul album, il trouve clairement sa place dans le panthéon des albums de l’époque.

The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators (1966) – 405 jours, 575 albums

The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators : le titre dit tout. C’est un son éclaté, coloré et hétéroclite à souhait que nous offre le groupe de rock psychédélique The 13th Floor Elevators.

The 13th Floor Elevators - The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators

Il peut être difficile de s’y retrouver dans cet univers enfumé, aérien et complètement déjanté. Les sons fusent, se mêlent, se séparent. Et à ce titre, les 13th Floor Elevators maîtrisent très bien le rock psychédélique, mais avec une folie et une extravagance peu commune. Ils offrent de longs paysages colorés aux formes étranges et inconnues, et renouvellent le coup morceau après morceau.

Ce morceau s’inscrit même dans un rock & roll endiablé, mais en y amenant tellement plus de texture, de couleur et de détails. Roller Coaster s’inscrit dans la même ambiance, mais avec un jeu de guitare plutôt mystérieux, qui amène une sorte de suspense. Fire Engine ne donne pas sa place non plus, dans le déjanté.

Plusieurs autres morceaux valent la peine, et tous ont cette intensité, cette énergie, cette désinvolture. Décidément, il faudra encore bon nombre d’albums avant que je ne m’épuise d’écouter du rock psychédélique.

Scott 2 (1968) – 408 jours, 579 albums

Mêlez la musique classique et le rock & roll en 1968 et vous aurez Scott 2 de Scott Walker : un baroque pop touchant et éclaté, agrémenté de quelques reprises de Jacques Brel, rien de moins.

Scott Walker - Scott 2

Cette musique, en fait, ne fut pas sans me rappeler le chamber pop de Divine Comedy. Scott Walker et son style ne peuvent qu’en être les précurseurs. Quoiqu’ici, on est davantage près du rock psychédélique que de la musique classique en tant que telle, même si ça dépend des passages. Les violons, entre autres, et tous les autres instruments de l’orchestre donnent une texture dramatique et puissante, parfois douce et raffinée aux morceaux. Mais dans le contexte des sixties, j’y vois surtout une autre expression du psychédélisme, donnant ainsi une musique éclatée, hétérogène par moments, colorée, anguleuse. Le choix du mot baroque ne doit pas y être étranger…

Les meilleurs moments de l’album me sont apparus être les reprises de Brel : Jackie qui ouvre l’album de superbe façon, The Girls and the Dogs également, où il n’a pas à douter de l’origine française du morceau. Cela dit, c’est définitivement le tragique et appuyé Next qui est le plus poignant, le plus intense, le plus marquant.

D’autres morceaux valent aussi votre attention. Le sombre et lent The Girls from the Streets, par exemple. Ou alors le calme et chantant Plastic Palace People. Pour le reste, à vous de plonger dans l’album.

Twelve Dreams of Dr. Sardonicus (1970) – 411 jours, 587 albums

Le passage du rock psychédélique à l’art rock : là où l’association du rock, du jazz, du folk et du blues se fait de plus en plus subtilement, où le son se raffine, se polit pour créer une homogénéité douce à l’oreille. Twelve Dreams of Dr. Sardonicus, du groupe Spirit, nous offre un bel aperçu de cette transition.

Spirit - Twelve Dreams of Dr. Sardonicus

Écouté de manière plutôt distraite sur la route, il est passé inaperçu. Réécouté une fois chez moi, il a dévoilé toute sa complexité, toute sa richesse. Sous un voile éthérée et aux effluves hallucinatoires se cachent de multiples influences, toutes plus subtiles les unes que les autres, se liant et se déliant à volonté pour étonner l’oreille. L’unité est certes plus grande que dans les premiers albums du rock psychédéliques. Elle se rapproche du art rock avec des coins lisses et une musique sans aspérités. Mais on sent encore le capharnaüm musical, l’imbroglio des instruments, même si ce désordre est plus ordonné qu’on ne le croit après une première écoute.

Certains morceaux sont calmes et plus conservateurs, comme Nature’s Way, mais d’autres se lâchent complètement, comme Mr. Skin. Ne vous laissez pas duper par le rythme plutôt lent…

Dans le même genre, Animal Zoo est fort appréciable et assez accrocheur. Le Prelude – Nothin’ to Hide offre aussi un bon panorama des racines multiples du groupe.

La subtilité et l’élégance du art rock et les couleurs explosives du rock psychédélique : voilà ce que nous offre Spirit sur cet album.

Revolver (1966) – 412 jours, 588 albums

L’exploration musicale parfaitement orchestrée de Revolver des Beatles est une pierre angulaire de la musique populaire moderne. Le rock & roll, le classique, la musique indienne, la pop et même la comptine ont tous voix au chapitre dans cet orgie de rock psychédélique devenu un incontournable.

The Beatles - Revolver

Il s’agit d’un autre classique cher à mon coeur que j’ai décidé de réécouter durant les longues routes menant à Rouyn-Noranda. Car on peut argumenter sur le meilleur album des Beatles, mais non pas sur l’importance du groupe. Et malgré les débats, Revolver arrive dans les premiers rangs : trop de moments inoubliables, empreints de l’audace et du génie du groupe, s’y trouvent.

L’album s’ouvre avec le puissant et accrocheur Taxman de George Harrison. Le rythme est très appuyé, devant presque funky, alors que le chant est simplement génial, avec l’ironie parfaite du texte. Eleanor Rigby offre plutôt un paysage mélancolique, sombre, agrémenté de violons lyriques à souhait : preuve que les Fab Four maîtrisent tous les styles.

Le paysage indien et psychédélique de Love You To, encore de Harrison, nous transporte dans un monde éthéré et planant. Le mariage des styles est réussi avec subtilité et brio. L’indémodable Yellow Submarine offre une comptine étrange et colorée, narrée par la voix plus grave de Ringo Starr. Mais c’est Tomorrow Never Knows qui est le plus déjanté des morceaux, avec ses segments joués à l’envers, ses extraits du livre des morts tibétain et son paysage franchement psychédélique et éclaté : un chef-d’oeuvre de John Lennon.

Et là, je passe beaucoup de morceaux tout aussi exquis.

À ce titre, pourquoi n’ai-je pas encore écouté le légendaire Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ? Je me réserve ce joyau pour mon 500e album, rien de moins.

Buffalo Springfield Again (1967) – 414 jours, 590 albums

Le mélange de country et de rock psychédélique de Buffalo Springfield, où ont débuté Neil Young et Stephen Stills, vous rendra nostalgique des sixties et de sa meilleure année, en particulier avec l’album Buffalo Springfield Again.

Buffalo Springfield - Buffalo Springfield Again

À force d’en écouter, je me fais l’oreille au country. Ce style a quelque chose de terreux, de campagnard que j’aime bien, et qui se marie avec bien des moments musicaux. Mêlé au rock psychédélique, comme le font plusieurs groupes, il semble exprimer quelque chose d’encore plus authentique, d’encore plus pénétrant.

C’est ce qu’il y a avec Buffalo Springfield : une fraîcheur. Pas de celle de l’eau, mais celle du gazon fraîchement coupé, de la terre fraîchement remuée, celle des sous-bois et du bruissement des feuilles.

Mr. Soul joue sur un rock solide, presque rock & roll, avec ses guitares électriques insistantes et grésillantes.

Everydays va plutôt avec le piano et l’air badin, mis à part de bas éclairs électriques, passagers. Expecting to Fly va même plus loin, plongeant dans l’éther ou dans les cieux.

Rock & Roll Woman a aussi quelque chose de bien attrayant, d’accrocheur, avec ses changements de rythmes, son orgue électrique et sa guitare acoustique grattée avec nonchalance.

Dommage que le groupe n’ait pas fait long feu, et que ce soit son seul album du défi. Mais maintenant j’ai encore plus le goût de découvrir Neil Young, et j’ai une nouvelle envie de faire connaissance avec Stephen Stills. Eux ont encore quelques oeuvres à me présenter.