Sticky Fingers (1971) – 132 jours, 478 albums

The Rolling Stones - Sticky Fingers (1971)Je n’en suis pas à mon premier album des Rolling Stones pour ce défi. Et à chacun d’entre eux, je cherche la particularité, l’étincelle qui me fera les comprendre.

Avec Sticky Fingers, c’est presque réussi. Mais pas avec Brown Sugar, comme vous pourriez peut-être le croire.

Ne me méprenez pas: Brown Sugar est un excellent morceau, que j’adore. Une mélodie accrocheuse, la voix un peu rugueuse de Mick Jagger, les cuivres pompeux, les guitares rock: tout y est. Il s’agit d’un des meilleurs morceaux des Stones.

Mais voilà: pour moi, les Stones, c’est des hits qui s’enchaînent. Sauf sur Sticky Fingers. J’arrive à entrer dans cet album, à le vivre, à le sentir. Et j’ai l’impression que le groupe aussi.

Peut-être est-ce l’influence du blues, du folk et de la soul? Elle est lourde, pesante. Et le groupe la soulève et la porte avec aisance. Ils trouvent leur chemin dans les marécages et la terre de ces racines sans effort.

Et, peut-être, le blues amène un côté plus vrai, plus franc. Plus intime aussi. Sur plusieurs morceaux, ils se découvrent un peu, sans pourtant se mettre à nu. Wild Horses est touchant. Sister Morphine est trompeuse, agitée sous la simplicité des instruments. Moonlight Mile surprend par son ton presque léger, qui détonne avec l’idée ravageuse qu’on peut se faire du groupe.

Cela n’empêche pas quelques bons moments de bon rock senti, comme Brown Sugar ou Can’t You Hear Me Knocking. Mais là n’est pas le point de l’album. Ni, peut-être, du groupe. Et, aussi, peut-être que je commence à le comprendre. Peut-être.

Mais je vous donne quand même Brown Sugar.

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Layla and Other Assorted Love Songs (1970) – 132 jours, 478 albums

Derek and the Dominos - Layla And Other Assorted Love Songs (1970)Le groupe Derek and the Dominos, comme plusieurs autres supergroups, fut éphémère. Mais cela n’empêche pas leur album Layla and Other Assorted Love Songs d’être une véritable perle. Le talent d’Eric Clapton y est indéniable et le classique Layla est inoubliable. Le refrain est accrocheur, le chant est déchirant, les guitares sont à la fois endiablées et languissantes.

Mais limiter cet album à son titre éponyme serait malavisé. Il s’agit d’une œuvre de blues rock accomplie. Des morceaux bleus et mélancoliques comme Bell Bottom Blues succèdent à d’autres plus dominés par les guitares électriques comme Key to the Highway. Tous sont habités d’un blues électrique, senti, époustouflant. Et les musiciens se laissent aller, produisant de longs solos langoureux et détaillés, dans lesquels on se perd.

The Healer (1989) – 278 jours, 531 albums

John Lee Hooker - The HealerJohn Lee Hooker est une légende du blues. Mais, pour une raison étrange, les éditeurs des 1001 albums ont décidé de ne mettre dans l’ouvrage que son album de 1989 The Healer: son retour éclatant, mais critiqué par les fans.

L’album offre du blues correct, mais qui est loin de celui, viscéral et engageant, que je m’attendais d’un tel nom. Le mélange avec des éléments de musique électronique semble être réalisé à la va-vite, et les morceaux manquent cruellement d’émotions et de profondeur.

Certains morceaux retiennent tout de même l’attention, dont The Healer et ses rythmes latins, I’m in the Mood et That’s Alright (malgré leur manque d’intensité) et My Dream, un peu mieux réussi.

Pourtant, ce ne sont pas les bons albums de John Lee Hooker qui manquent. Il est regrettable que les éditeurs aient mis autant l’accent sur la musique populaire, au détriment de choix judicieux dans des styles moins connus du grand public mais riches en contenu, comme le jazz et le blues. Même avec 1001 albums, on ne peut avoir qu’une vision fragmentaire de la musique.

Kind of Blue (1959) – 412 jours, 588 albums

On ne connaît pas le jazz si on ne connaît pas le hard bop. Et on ne connaît pas le hard bop sans connaître Miles Davis. Et pour connaître Miles Davis, il faut avoir écouté Kind of Blue. Bref, tout le jazz semble être contenu dans cet album. C’est, selon moi, où tout commence, et où on revient toujours.

Miles Davis - Kind of Blue

Ma copine ne connaît rien au jazz. Et moi, vous savez peut-être que j’ai écouté 365 albums de jazz en moins d’un an. Il était indispensable que je partage cette passion avec elle. Je ne pouvais imaginer un meilleur point de départ que Kind of Blue, cet album mythique, pierre angulaire de trop de courants du jazz. C’est à la fois une quintessence et un début. Il m’a donc pris beaucoup de patience pour ne pas réécouter cet album tout de suite en débutant ce nouveau défi. Mais pourquoi insisté autant sur un seul album ? Qu’a-t-il de si spécial, de si unique ?

D’abord, les musiciens derrière l’album. Ce n’est pas que Miles Davis, ce colosse du jazz, derrière la trompette. Il y a aussi John Coltrane au saxophone ténor, Cannonball Adderley au saxophone alto, Bill Evans au piano, Paul Chambers à la basse et Jimmy Cobb à la batterie. Il s’agit de maîtres du style, en groupe ou en solo, qui ont façonné le hard bop.

Ensuite, la musique. Tout du hard bop est présent dans cet album, et dans sa meilleure expression. Les touches jazzys, mêlées au retour de la soul et du blues, avec une émotion intense, viscérale, mais contrôlée, tenue en laisse pour mieux qu’elle ne s’exprime, et avec la douceur des thèmes, leur élégance et leur raffinement : tout y est. Puisque, bien sûr, le tout est livré par les meilleurs musiciens du style et de l’époque, qui jouent de manière presque télépathique (n’oublions pas que de grands pans de ces morceaux sont improvisés !)

Donc, si vous souhaitez vous initiez au jazz, c’est ici qu’il faut commencer, avec des morceaux comme So What, même si chaque moment de cet album vaut votre attention.

Quoique Freddie Freeloader occupe toujours une place de choix dans mon coeur.

Modern Sounds in Country and Western Music (1962) – 413 jours, 590 albums

L’éternel Ray Charles me retrouve pour un album de Rhythm and Blues, qui penche davantage vers le blues et la mélancolie, mais parfois avec une teinte de pop et de soul, avec son album Modern Sounds in Country and Western Music.

Ray Charles - Modern Sounds in Country and Western Music

Je parle bien sûr de la pop de l’époque : celle qui était jouée par les big bands, avec force de cuivres et de rythmes jazzys. Le classique Bye Bye Love qui ouvre l’album en est le parfait exemple.

Malgré les propos quand même tristes du morceau, on ne peut s’empêcher de le trouver festif, accrocheur. Dans le même genre, il y a le délicieux You Are My Sunshine. Cependant, il y a aussi le sentimental et mélancolique You Don’t Know Me, qui change radicalement de gamme d’émotions.

Il est touchant, et la plupart des autres morceaux de l’album seront calqués sur celui-ci et son atmosphère, dont Born to Lose et ses violons larmoyants, ou l’excellent It Makes No Difference Now.

Ainsi, l’album nous fait découvrir un Ray Charles émotif, à l’âme bleue et mélancolique à souhait. Bref, un Ray Charles bien différent de celui que je connaissais. Mais cela fait parfois du bien de se détendre, ou de verser quelques larmes, à l’écoute d’une musique plus profonde, plus lente. Surtout lorsqu’elle est livrée par un si grand musicien.

Music from Big Pink (1968) – 445 jours, 594 albums

The Band : le groupe des musiciens de Bob Dylan, sans Bob Dylan. Music from Big Pink : leur premier album, un mélange de blues, de rock et de country.

The Band - Music from Big Pink

Vous connaissez mon appréciation des talents musicaux de Dylan. Pourtant, j’étais curieux d’écouter cet album. Se réclamer être le band du déjà légendaire Dylan n’est pas peu de choses. Et croire que cela est suffisant pour percer à eux seuls, comme le laisse supposer leur nom, est un orgueil qui leur revient de bon droit. Mais bon, je savais déjà que le groupe et sa musique n’avaient pas transcender les années non plus, comme je n’avais jamais entendu parler d’eux avant ce défi.

Je fus donc plutôt satisfait de leur musique, et certains morceaux sont restés dans mon oreille, mais il ne s’agit pas d’un album autrement remarquable non plus. Parmi les morceaux que j’ai retenus, The Weight est habillé de blues et de country, et de leur atmosphère lyrique, pesante et lente. Tears of Rage, qui ouvre l’album, est quant à lui plus axé sur le blues et le bleu.

Alors que Caledonia Mission tombe davantage dans le country, avec son piano de bar. L’orgue rappelle également le rock psychédélique, qui occupe une place importante sur l’album. Chest Fever l’exprime d’ailleurs très bien, avec même quelques touches qui laissent présager le hard rock.

Enfin, il y a This Wheel’s on Fire, qui rappelle même les jardins anglais dont j’ai tant parlé.

Pour le reste, il s’agit d’un bon album de blues, rock, country. Mais dans ces années, il y en a tellement, et d’excellents, que celui-ci semble passer plus inaperçu.

White Blood Cells (2001) – 479 jours, 630 albums

Cela faisait longtemps que je souhaitais écouter un album du groupe The White Stripes. J’ai choisi White Blood Cells.

The White Stripes - White Blood Cells

J’avais écouté un peu de leur musique avant ce défi. Et je n’avais pas apprécié. J’étais donc mitigé : est-ce que l’écoute d’un album entier confirmera mon manque d’appréciation, ou alors découvrirai-je un nouveau groupe que j’aime ? De plus, plusieurs de mes amis sont des fans, et cela pèse toujours beaucoup dans la balance, et évoque toujours la même question : qu’y voient-ils que je n’y vois pas ? Mais dès le premier morceau, soit Dead Leaves and the Dirty Ground, je n’avais plus de doutes : j’allais désormais aimer ce groupe.

J’avais de la difficulté à définir le style du groupe. Maintenant je sais : Punk blues. Si on ne me l’avait pas dit, je ne l’aurais sûrement pas deviné. Mais maintenant, je l’entends à merveille. Essayez : les structures et les instruments du blues, mais avec la force, la brutalité et l’énergie du punk. Cela me semble plus apparent sur certains morceaux que sur d’autres, comme I’m Finding It Harder to Be a Gentleman, où cela est encore plus appuyé, alors qu’avec Fell in Love with a Girl met plutôt en prédominance le punk dans tout son éclat. The Same Boy You’ve Always Known ramène au blues, mais fait aussi penser à une balade des années 60-70. Un peu comme We’re Going to Be Friends, que j’ai également adoré.

Il y a dans ce morceau une nostalgie et une certaine dose de naïveté. Enfin, vers la fin de l’album, il y a I Can’t Wait et son énergie intempestive.

Ainsi, cette fois, j’ai apprécié la musique du groupe, pleinement, même si je suis bien conscient que cela me prendra quelques écoutes de plus pour pouvoir tout comprendre, tout déceler, tout savourer. Mais pour le moment, j’ai d’autres albums à découvrir, dont un second des White Stripes.