Sarah Vaughan at Mister Kelly’s (1958) – 304 jours, 558 albums

Le vocal jazz de Sarah Vaughan est juste l’une de ces choses… Et comme tout enregistrement live de jazz, Sarah Vaughan at Mister Kelly’s a une énergie à la fois vivante et intimiste. L’écouter, c’est inviter une diva du jazz dans son salon, pour un soir, histoire de la connaître un peu.

Sarah Vaughan - At Mister Kelly's

Elle chante et elle expose son cœur. Le sien, et celui de plusieurs standards du jazz. Elle reprend les Willow Weep for Me, Just One of Those Things et Just a Gigolo qui ont formé le vocal jazz de leur époque et des autres. Elle les fait redécouvrir à une audience de cabaret, où on imagine les amoureux, gênés, se tenant la main et se faisant les yeux doux. À quelques moments, ils suivent le rythme du pied, mais à peine: on les imagine surtout rêveurs.

Avec des arrangements discrets au piano et à la batterie, c’est la voix de Vaughan qui est mise en valeur. Langoureuse, amoureuse ou bleue, elle n’est jamais déchirante. On pourrait lui reprocher de manquer d’un peu de miel, mais on cherche surtout une délicatesse et une intimité. On les trouve, sur le simple mais émouvant Dream, et sur d’autres morceaux connus ou moins connus, mais tous aussi personnels.

Le vocal jazz ne tient qu’à une chose: l’artiste. Il faut s’en faire un ami pour aimer. Certains caractères s’entendent bien, d’autres moins. Pour Vaughan, il m’a fallu une seconde écoute pour mieux l’apprivoiser. Je sens qu’avec une troisième, nous deviendrons de grands amis.

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Harvest (1972) – 405 jours, 575 albums

Le plus grand album canadien de tous les temps : voilà le mot d’ordre qui m’a introduit à Harvest de Neil Young. Le meilleur, je ne sais pas. Mais avec son folk-rock touchant, personnel, travaillé et parfaitement livré, il mérite définitivement sa place dans ce défi.

Neil Young - Harvest

Cet album ressemble à un grand vin : c’est avec le temps qu’il s’affine, et c’est sous l’attention qu’il se découvre. Après quelques écoutes, il s’ouvre, expose tous ses détails, toute sa richesse. Cette musique a quelque chose de fragile et, ainsi, de puissant, de pénétrant et touchant. Avec quelques guitares, une batterie, un harmonica et la voix de Young, on obtient une ambiance intime, personnelle, chaleureuse même dans les moments tristes ou plus frisquets. Tous les morceaux sont mesurés, contrôlés, et on cède jamais sous l’émotion ou l’emportement, ce qui en fait un album réaliser avec précision. De cette retenue ressort une intensité nouvelle.

Pour vous familiariser avec cette maisonnette chauffée au bois dans laquelle nous invite Young, je vous propose le morceau éponyme, Harvest.

Un autre morceau qui m’a atteint droit au coeur est Heart of Gold.

Il y a dans ce dernier morceau une nostalgie qui fut loin de me laisser indifférent.

Old Man est dans les mêmes eaux, avec une teinte réflexive, et est une autre des perles de l’album. Are You Ready for the Country a un peu plus d’énergie mais reste doux et relativement lent. Alabama est bien accrocheur, comme presque tout l’album d’ailleurs. Enfin, The Needle and the Damage Done est silencieux, simple.

Et dire que ce disque, dans tous mes vinyles, était d’abord passé complètement inaperçu.