Come On Feel the Illinoise (2005) – 224 jours, 509 albums

Sufjan Stevens - Come On Feel the IllinoiseUn monde de rêveries et de couleurs, teinté de chamber pop aux violons et à l’instrumentation classique et de folk-rock indie: c’est ce qu’offre Sufjan Stevens sur son album Come On Feel the Illinoise (ou Illinoise pour les intimes). Une musique personnelle et intime. Une perle à découvrir.

Le folk mesuré de Jacksonville m’a fait rêver de grands chemins, de prairies et de soirées à la campagne. Chicago m’a donné des frissons avec ses violons et sa voix à fleur de peau. La composition a un quelque chose de rêveur, de fabuleux, de divin. Le morceau ressemble à une confession innocente et à une aventure épique à la fois.

Et que dire du piano! Il traverse tout l’album avec ses notes claires, ses accords bleus, son jeu parfois joyeux, parfois mélancolique. Il expose toute sa splendeur dans le frissonnant The Seer’s Tower: un morceau qui m’a tiré quelques larmes.

Tout l’album est une merveille, un sac au trésor où se cachent des rêves, des couleurs (souvent bleues), des cieux au crépuscule ou à l’aube. Il est habité milliers d’instruments: autant de violons, de vibraphones, de tambours, de guitares, de chant qu’il est possible d’en rêver. Il séduit dès le piano mélancolique de Concerning the UFO Sighting Near Highland, Illinois, et nous transporte tout l’album durant, sans jamais nous laisser retomber au sol. On se sent un peu comme Peter Pan, qui aurait connu une peine d’amour.

En bonus:

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Getz/Gilberto (1963) – 226 jours, 514 albums

Stan Getz and Joao Gilberto - Getz GilbertoLa bossa nova rappelle les plages de sable chaud, la mer ondoyante, les vents doux et l’air salin. Mais sans Stan Getz et João Gilberto, peut-être ce style ne serait jamais parvenu à vos oreilles. Ce sont des albums comme Getz/Gilberto que ces petits rythmes latins, ces percussions discrètes et cette guitare légère comme tout sont devenus populaires.

Sans l’inoubliable douceur de The Girl from Ipanema aussi, la bossa nova serait bien peu de choses. Ce classique a une délicatesse tout simplement divine, et la voix d’Astrud Gilberto (la femme de João) a la douceur du miel. Lorsqu’elle entonne Corcovado (Quiet Nights of Quiet Stars), c’est d’une beauté simple et complète, unique, qui fait croire en la beauté. Le plus langoureux O Grande Amor reste aussi dans l’oreille et le cœur.

Un incontournable qu’il faut connaître, et qui sera parfait pour vos balades en voiture d’été, vos après-midi à la plage, vos matinées à prendre le thé dans le jardin, ou même pour ensoleiller, comme aujourd’hui, vos jours de printemps pluvieux et autrement gris.

Dire Straits (1978) – 292 jours, 556 albums

Un rock simple agrémenté d’une guitare électrique douce, avec une nuance de f0lk: l’album éponyme de Dire Straits est une découverte qui s’écoute parfaitement sur une longue route, avec un soleil haut, une légère brise et un air juste assez chaud.

Dire Straits - Dire Straits

Le rock, vraiment, n’est que dans la structure, mais certes pas dans l’ambiance. Il s’agit plutôt de balades, de morceaux inspirés du folk, qui ont un quelque chose de campagnard, qui sent la terre, mais pas trop. L’ambiance est détendue, les rythmes, lents. Le rock ne vient qu’insuffler une énergie, un mouvement, histoire de rendre les morceaux accrocheurs et animés. Mais cette énergie dépasse rarement les 70 kilomètres/heure.

Chaque morceau semble avoir sa personnalité, le jeu de la guitare donnant du détail à souhait, mais sans tomber dans la complexité abusive: on demeure léger et abordable. On ne fait que passer un bon moment. Down to the Waterline et l’excellent Sultans of Swing sont plus énergiques, alors que des morceaux comme Water of Love et Six Blade Knife sont plus lents et introspectifs. Lions offre une perle de détails, de délicatesse, de précision. Bref, une composition exemplaire, qui nous fait souhaiter que l’album ne se terminerait pas de manière aussi impromptue.

Immigrés (1984) – 303 jours, 557 albums

La musique sénégalaise de Youssou N’Dour offre une drôle d’expérience: être légèrement dépaysé, tout en se sentant chez soi. C’est que l’album Immigrés parvient à rendre les percussions africaines et ses rythmes et ses voix… familières. Malgré la complexité des compositions, elles sont habitées d’une simplicité, d’une pureté alléchantes et réconfortantes.

Youssou N'Dour - Immigrés

Tout de suite, on comprend la musique. Comme si elle venait d’un vieux souvenir, dénué de nostalgie. Surtout Pitche Mi, ce morceau tiré de la nuit, avec ses rythmes lents, sensuels sans être langoureux, et sa mélodie émotionnelle, sans être larmoyante ou déchirante. Il exprime une émotion simple, vraie, sans artifice, et on laisse porter, comme une flamme qui danse, ou un canot qui monte et descend calmement sur les vagues.

Immigrés – Bitim Rew rend l’atmosphère plus festive, mais de manière délicate. Ce n’est pas une bacchanale, ici. C’est plutôt un petit feu, quelques instruments, et un plaisir de vivre simple, naturel. La composition n’est pas non plus sans rappeler Fela Kuti et son afro-beat mordant. Mais ici, ce n’est pas la colère qui gronde, c’est la terre qui vibre, qui frétille, sous les coups des tambours. La plus grande similarité, c’est le côté vrai, authentique, impossible à répliquer.

If You’re Feeling Sinister (1996) – 489 jours, 634 albums

Écouter un autre album de Belle & Sebastian, et me plonger de nouveau dans cette ambiance de twee pop et de chamber pop, me semblait bien alléchant. J’ai donc écouté If You’re Feeling Sinister.

Belle and Sebastian - If You're Feeling Sinister

Par contre, je dois vous avouer d’entrée de jeu que j’ai moins apprécié cet album que Tigermilk. L’ambiance était bonne et enveloppante, douce et sucrée, badine aussi, mais elle n’avait pas l’étincelle de la nouveauté que le premier du groupe possédait. Cela n’a toutefois pas empêché quelques morceaux de retenir mon attention, ni de me plonger dans l’album pour un moment de douceur bien apprécié. Le premier morceau que j’ai trouvé accrocheur et intéressant fut Seeing Other People.

Vers la fin de l’album, il y avait aussi le plus énergique Mayfly, suivi de The Boy Done Wrong Again, qui était plus touchant et lyrique.

Mais pour le reste, je dois dire que les autres morceaux sont passés un peu plus inaperçus. Il manquait, comme je disais, cette petite étincelle…

The Virgin Suicides (2000) – 490 jours, 635 albums

Je n’ai pas pu attendre bien longtemps avant d’écouter un second album du groupe Air. Leur capacité à créer des ambiances riches de trip-hop et d’ambient pop m’a tout simplement séduit. J’ai donc écouté The Virgin Suicides.

Air - The Virgin Suicides

Comme vous vous en doutez, il s’agit de la trame sonore du film de Sofia Coppola. Et comme dans le film, l’ambiance est lourde, glauque, et quelque peu éthérée. Il aurait été difficile de choisir un meilleur groupe pour nous plonger dans l’esprit tourmenté de ces jeunes filles, et dans l’ambiance de cette tragédie. L’album s’ouvre sur Playground Love, qui débute avec un son qui rappelle celui d’une horloge, comme si, déjà, le temps était compté.

On sent aussi l’ombre qui se dégage du saxophone lyrique, et la voix basse, presque étouffée, qui semble nous susurrer cette histoire à l’oreille.

Ensuite, beaucoup des morceaux sont avant tout des morceaux d’ambiance, se rapprochant ainsi davantage du ambient pop. Cemetary Party est l’un d’eux, avec son air sombre, ses chants à peine prononcés d’opéra, et son ton à la fois solennel et tragique, mais sans devenir lyrique. Un peu plus loin, il y a également Dirty Trip et son atmosphère mystérieuse à souhait. Mais je dois dire que c’est davantage Highschool Lover qui a retenu mon attention.

Sinon, l’album était fort appréciable, comme le film, mais n’égalait certes pas la virtuosité de Moon Safari. Mais je crois, de toute manière, que ce n’était pas ici l’objectif. C’était plutôt de nous plonger dans cette histoire, dans cette ambiance, et de nous la faire vivre de manière à la fois intense et délicate. Et pour ça, Air a rempli son contrat.

Ray of Light (1998) – 490 jours, 635 albums

Je me suis lancé dans une autre artiste populaire, mais cette fois il s’agit d’une qui a déjà beaucoup de mon respect et de mon admiration. J’ai écouté Ray of Light de Madonna.

Madonna - Ray of Light

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une artiste populaire ordinaire. Pour moi, elle se classe aux côtés de grands comme Michael Jackson : sa popularité et la grandeur de ses oeuvres dépassent le cadre des masses. Attention : je ne suis pas un fan affirmé de l’artiste. Disons simplement que je sais apprécié sa musique et que je trouve qu’elle a une valeur plus étendue que sa contemporanéité. L’atmosphère dance-pop, cette fois, vient me chercher, m’entraîner, et me séduit le temps de quelques morceaux. L’un d’eux est l’élégant Ray of Light, chanson-titre de l’album.

Il faut dire que l’on est préparé à un tel album dès le premier morceau. Le lent et vaporeux Drowned World/Substitute for Love nous accueille dans cette musique, tout en douceur, nous transportant comme sur une barque, au fil d’un ruisseau endormi. Skin aussi s’ouvre sur une ambiance qui m’a rappelé le new age, avec son air éthéré, avant de lancer la basse cadencée, mais toujours en demeurant dans ce monde quelque peu mystique, hypnotique, à la fois captivant et relaxant. Frozen est également un morceau que j’ai beaucoup apprécié, ne serait-ce que parce qu’il m’a semblé plus accrocheur que les autres.

Enfin, The Power of Good-Bye apporte une certaine mélancolie, douce, toujours en restant dans cette ambiance calme, lente, caressante. Ainsi, l’album n’est pas tant fait pour la danse, pour l’énergie, mais plutôt pour la contemplation, pour qu’on puisse se recueillir en soi-même et fermer un peu les yeux. Cela m’a étonné de la part de Madonna, mais pas tant que ça non plus. Puisque, en même temps, cette délicatesse et élégance lui va comme un gant.