Paul Simon (1972) – 220 jours, 500 albums

Paul Simon - Paul SimonLe duo d’auteurs/compositeurs Simon and Garfunkel a marqué la musique des années 60 avec ses balades. La carrière solo de Paul Simon n’est donc pas passée inaperçue. Quelques albums figurent dans ce défi. L’éponyme Paul Simon y figure, avec un mélange de soft rock et de folk-rock bien personnel.

Ne cherchez pas de hits ici. Il s’agit plutôt de morceaux calmes, lents, doux. Everything Put Together Falls Apart est d’une grande simplicité, avec sa guitare acoustique, la voix proche de Simon et quelques notes de basse, à peine. Duncan est légèrement plus énergique, mais on se croit toujours au bord d’un feu de camp, les flûtes de pan en plus. Me and Julio Down the Schoolyard est plus accrocheur et mouvementé avec sa guitare acoustique grattée fébrilement. Le court Hobo’s Blues est aussi assez appréciable avec son violon style manouche. Enfin, Congratulations reprend un peu le fameux wall of sound, créant une ambiance enveloppante.

Un soft rock intéressant, qui gagnerait à être écouté plusieurs fois.

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Blue (1971) – 221 jours, 504 albums

Joni Mitchell - BlueAvec son chant folk et émotif aux accents jazzy, Joni Mitchell est une artiste écoutée avec passion par plusieurs. Blue est un des quelques albums de l’artiste qui se trouvent dans ce défi: signe que l’artiste jouit d’une grande reconnaissance.

Mais comme avec plusieurs autres voix du vocal jazz, l’attachement d’un auditeur envers un artiste est souvent une question de personnalité. La voix toute particulière de Mitchell, avec ses inflexions et son timbre plus aigu, et son chant personnel et intime peuvent en laisser plusieurs indifférents. Alors que pour d’autres, ce sera le coup de foudre. Après une écoute plus prolongée (trois ou quatre écoutes), on finit tout de même par s’attacher.

My Old Man est particulièrement émotive. Le discret piano laisse toute la place à la voix, ici de virtuose, de Mitchell, avec des inflexions tourmentées et mélancoliques. Little Green fait place à une simple guitare acoustique et la voix est plus posée, mais toujours dans une ambiance bleue. Blue est très intime et frissonnant. California donne davantage dans le folk, comme le plus énergique This Flight Tonight.

Si vous n’accrochez pas tout de suite, donnez-lui une deuxième chance: on s’entiche assez facilement, sans que cela ne doive devenir l’amour fou. Le folk sauce jazzy est fort appréciable, et la douceur de Joni Mitchell n’est pas à ignorer. Mais il est aussi possible que vous aimiez, beaucoup, dès les premières notes.

Tapestry (1971) – 221 jours, 504 albums

Carole King - TapestryTapestry est l’un des albums mémorables (et très populaires) du soft rock qui émerge après la transformation du rock psychédélique en art rock. Carole King, avec sa voix féminine, rend bien justice au style: un rock doux, de balades, où l’émotion a plus de place que les guitares.

De ces balades, Tapestry en a beaucoup. It’s Too Late en est probablement la meilleure, avec son piano, son ton légèrement mélancolique et sa simplicité. You’ve Got a Friend a aussi quelques inflexions de voix à donner des frissons.

Certains morceaux tombent encore davantage dans l’émotion. Le classique (You Make Me Feel Like) A Natural Woman en est déchirant. Du moins, le serait si King ne contrôlait si bien sa voix et son émotion. Beautiful est habité par une certaine tourmente.

D’autres misent sur l’énergie, le rythme et des mélodies plus accrocheuses, comme I Feel the Earth Move ou le plus folk Smackwater Jack.

Une belle réalisation, légère mais profonde à la fois, très mélodieuse, émotive sans tomber dans l’excès. Il ne faut pas se surprendre que l’album ait été aussi populaire. On peut l’être davantage qu’il ait sombré dans l’oubli.

Getz/Gilberto (1963) – 226 jours, 514 albums

Stan Getz and Joao Gilberto - Getz GilbertoLa bossa nova rappelle les plages de sable chaud, la mer ondoyante, les vents doux et l’air salin. Mais sans Stan Getz et João Gilberto, peut-être ce style ne serait jamais parvenu à vos oreilles. Ce sont des albums comme Getz/Gilberto que ces petits rythmes latins, ces percussions discrètes et cette guitare légère comme tout sont devenus populaires.

Sans l’inoubliable douceur de The Girl from Ipanema aussi, la bossa nova serait bien peu de choses. Ce classique a une délicatesse tout simplement divine, et la voix d’Astrud Gilberto (la femme de João) a la douceur du miel. Lorsqu’elle entonne Corcovado (Quiet Nights of Quiet Stars), c’est d’une beauté simple et complète, unique, qui fait croire en la beauté. Le plus langoureux O Grande Amor reste aussi dans l’oreille et le cœur.

Un incontournable qu’il faut connaître, et qui sera parfait pour vos balades en voiture d’été, vos après-midi à la plage, vos matinées à prendre le thé dans le jardin, ou même pour ensoleiller, comme aujourd’hui, vos jours de printemps pluvieux et autrement gris.

Shaka Zulu (1987) – 229 jours, 520 albums

Ladysmith Black Mambazo - Shaka ZuluLes voix a capella et africains de Ladysmith Black Mambazo sont d’une douceur exquise, avec une touche étrangère. Alors que ce timbre de voix, noir, est souvent associé à des rythmes tribaux, festifs ou enflammés, l’ambiance ici est simple, épurée, et presque mielleuse. L’impression est presque celle d’un chant classique.

On se laisse habiter par les mélodies qui ressemblent à des incantations, à la fois méditatives sous les voix plus graves, et célestes sous celles plus clairs. Les deux types ne mettent en scène que la terre et le ciel.

À travers les morceaux, cette forme musicale perd toutefois de sa fraîcheur: les morceaux se confondent et se perdent. Cette répétition devient quelque peu blasant vers la fin de l’album, où on finit par écouter d’une oreille que distraite.

Parfait pour les amateurs d’a capella, fascinant pour quelques morceaux, mais sans plus.

Millions Now Living Will Never Die (1996) – 279 jours, 536 albums

Tortoise - Millions Now Living Will Never DieTortoise vous livre des paysages éthérées et complexes de post-rock, qui se dévoilent devant vos yeux dans tous leurs détails. Millions Now Living Will Never Die est une longue expérience contemplative qui mérite d’être admirée.

Djed se développe sur 20 longues minutes, construit par des répétitions électroniques, des vagues de sons oscillantes, des notes de vibraphone et des millions d’autres détails qui se perdent dans les filets d’une aurore boréale sonore. Car il s’agit presque d’un voile fin qui s’agite au vent: délicat et mystérieux. Avec Glass Museum, on se retrouve dans un véritable palais de verre, où le verre teinte et la lumière miroite, avec quelques notes de rock. Sur Along the Bank of the River, l’ambiance est presque jazz, rappelant les pièces méditatives fusion du Pat Metheny Group. La batterie, derrière, fait scintiller le morceau.

Le post-rock étonne encore, dans sa capacité à jumeler les inspirations sans heurts, à tailler les détails sans faute, avec minutie et patience. Tortoise n’échappe à la règle et réalise un fin diamant avec cet album doux et relaxante, et ces morceaux finement ciselés.

Make Yourself (1999) – 279 jours, 536 albums

Incubus - Make YourselfSi vous ajoutez du hip hop et un peu de grunge à du métal, ça donne Make Yourself du groupe Incubus: une petite perle de nü metal.

Les voix franches et dénudées du hip hop sont parfaites pour les mélodies du métal. Le grunge semble venir simplifier un peu plus la musique, en y injectant du caractère (comme s’il en manquait!). Il en résulte des morceaux puissants, mais lisses et doux à l’oreille. Les aspérités du hip hop, du grunge ou de l’héritage punk sont aplanies par une musicalité renversante.

Malgré sa force, Nowhere Fast s’écoute sans effort, passant des moments délicats aux plus intenses. Consequence est construit sur le même gabarit, pour un effet aussi accrocheur, tout comme le morceau éponyme. When It Comes est plus inquisiteur, plus rap, mais aussi plus harmonique, plus accompli. Enfin, Drive mêle une guitare acoustique à des éléments de rap, rappelant étrangement le britpop doux et badin des The Verve et Oasis qui ont précédé, mais avec une signature qui est propre au groupe.