Kind of Blue (1959) – 412 jours, 588 albums

On ne connaît pas le jazz si on ne connaît pas le hard bop. Et on ne connaît pas le hard bop sans connaître Miles Davis. Et pour connaître Miles Davis, il faut avoir écouté Kind of Blue. Bref, tout le jazz semble être contenu dans cet album. C’est, selon moi, où tout commence, et où on revient toujours.

Miles Davis - Kind of Blue

Ma copine ne connaît rien au jazz. Et moi, vous savez peut-être que j’ai écouté 365 albums de jazz en moins d’un an. Il était indispensable que je partage cette passion avec elle. Je ne pouvais imaginer un meilleur point de départ que Kind of Blue, cet album mythique, pierre angulaire de trop de courants du jazz. C’est à la fois une quintessence et un début. Il m’a donc pris beaucoup de patience pour ne pas réécouter cet album tout de suite en débutant ce nouveau défi. Mais pourquoi insisté autant sur un seul album ? Qu’a-t-il de si spécial, de si unique ?

D’abord, les musiciens derrière l’album. Ce n’est pas que Miles Davis, ce colosse du jazz, derrière la trompette. Il y a aussi John Coltrane au saxophone ténor, Cannonball Adderley au saxophone alto, Bill Evans au piano, Paul Chambers à la basse et Jimmy Cobb à la batterie. Il s’agit de maîtres du style, en groupe ou en solo, qui ont façonné le hard bop.

Ensuite, la musique. Tout du hard bop est présent dans cet album, et dans sa meilleure expression. Les touches jazzys, mêlées au retour de la soul et du blues, avec une émotion intense, viscérale, mais contrôlée, tenue en laisse pour mieux qu’elle ne s’exprime, et avec la douceur des thèmes, leur élégance et leur raffinement : tout y est. Puisque, bien sûr, le tout est livré par les meilleurs musiciens du style et de l’époque, qui jouent de manière presque télépathique (n’oublions pas que de grands pans de ces morceaux sont improvisés !)

Donc, si vous souhaitez vous initiez au jazz, c’est ici qu’il faut commencer, avec des morceaux comme So What, même si chaque moment de cet album vaut votre attention.

Quoique Freddie Freeloader occupe toujours une place de choix dans mon coeur.

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Sings the George and Ira Gershwin Song Book (1959) – 413 jours, 590 albums

George Gershwin : l’un des meilleurs compositeurs américains. Ella Fitzgerald : l’une des meilleures chanteuses de jazz de tous les temps. Lorsque cette dernière décide de reprendre toute l’oeuvre musicale du premier, ça donne Sings the George and Ira Gershwin Song Book : plus de 4 heures de jazz, de classique et d’élégance.

Ella Fitzgerald - Sings the George and Ira Gershwin Song Book

Il y a de ces albums d’une telle ampleur qu’ils ne peuvent s’écouter d’un seul coup, ou presque. Les 3 disques et 3 heures de celui-ci demandaient un moment spécial, attitré. On ne peut y plonger à coups de 15 minutes : il faut se laisser porter. Un roadtrip pour l’Abitibi-Téminscamingue était donc le moment parfait. Pour ne pas trop ennuyé mes passagers, j’ai écouté un album en me rendant, et les deux autres en revenant. Et au moment d’écrire cette critique, je me suis aperçu qu’il y avait un quatrième disque, dont je termine l’écoute en ce moment même (des alternate takes pour la plupart). Mais reste que l’expérience se rapprochait de celle vécue lors de ma découverte (et redécouverte) de Bitches Brew de Miles Davis : on se perd dans l’oeuvre en voyant défiler le paysage autour de soi.

Premièrement, j’ignorais que Gershwin et son frère avaient composé autant de chansons. Deuxièmement, davantage de ces morceaux sont des standards que je ne l’aurais cru ! Let’s Call the Whole Thing Off est l’un d’eux, un classique que vous connaissez sûrement, portant sur les variations de prononciation des mots de la langue anglaise : un joyau. They All Laughed est aussi un de mes favoris.

Oh, Lady Be Good est de ceux-là également, tout comme l’indémodable Foggy Day.

Il y a aussi I Got RhythmEmbraceable YouI’ve Got a Crush on You, et j’en passe.

Ainsi, que vous désiriez découvrir l’homme ou la femme, cet album est le lieu parfait pour le faire. Voyez sa longueur comme une mine dans laquelle on ne cesse de découvrir de petites pépites dorées à chaque tournant.

Ray of Light (1998) – 490 jours, 635 albums

Je me suis lancé dans une autre artiste populaire, mais cette fois il s’agit d’une qui a déjà beaucoup de mon respect et de mon admiration. J’ai écouté Ray of Light de Madonna.

Madonna - Ray of Light

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une artiste populaire ordinaire. Pour moi, elle se classe aux côtés de grands comme Michael Jackson : sa popularité et la grandeur de ses oeuvres dépassent le cadre des masses. Attention : je ne suis pas un fan affirmé de l’artiste. Disons simplement que je sais apprécié sa musique et que je trouve qu’elle a une valeur plus étendue que sa contemporanéité. L’atmosphère dance-pop, cette fois, vient me chercher, m’entraîner, et me séduit le temps de quelques morceaux. L’un d’eux est l’élégant Ray of Light, chanson-titre de l’album.

Il faut dire que l’on est préparé à un tel album dès le premier morceau. Le lent et vaporeux Drowned World/Substitute for Love nous accueille dans cette musique, tout en douceur, nous transportant comme sur une barque, au fil d’un ruisseau endormi. Skin aussi s’ouvre sur une ambiance qui m’a rappelé le new age, avec son air éthéré, avant de lancer la basse cadencée, mais toujours en demeurant dans ce monde quelque peu mystique, hypnotique, à la fois captivant et relaxant. Frozen est également un morceau que j’ai beaucoup apprécié, ne serait-ce que parce qu’il m’a semblé plus accrocheur que les autres.

Enfin, The Power of Good-Bye apporte une certaine mélancolie, douce, toujours en restant dans cette ambiance calme, lente, caressante. Ainsi, l’album n’est pas tant fait pour la danse, pour l’énergie, mais plutôt pour la contemplation, pour qu’on puisse se recueillir en soi-même et fermer un peu les yeux. Cela m’a étonné de la part de Madonna, mais pas tant que ça non plus. Puisque, en même temps, cette délicatesse et élégance lui va comme un gant.

Henry’s Dream (1992) – 593 jours, 679 albums

La vie fait de ces drôles de coïncidences : présenter Nick Cave à Tout le monde en parle au même moment où j’arrive à ses albums dans mon défi. J’ai donc décidé d’écouter, sans trop attendre, Henry’s Dream de Nick Cave and the Bad Seeds.

Nick Cave and the Bad Seeds - Henry's Dream

En fait, je n’avais pas trouvé l’entrevue si intéressante. Mais en cherchant ensuite dans le livre des 1001, je me suis aperçu que le défi comptait pas moins de quatre albums de l’artiste et de son groupe. Il fallait donc que je découvre pleinement cette oeuvre par moi-même. Et, ma foi, je ne fus pas déçu ! Présentant un rock complexe et détaillé, avec une narration étoffée et une ligne d’album solide, Cave m’a rappelé Alice Cooper, ou même l’opéra rock Tommy des Who. Encore une fois, il m’est prouvé que force et intensité peuvent bel et bien aller de paire avec art et beauté. Le premier morceau qui a retenu mon attention et qui, justement, illustre bien ce point : I Had a Dream, Joe.

Il y a ici un raffinement inattendu, qui donne tout son charme et sa personnalité à cette musique. Plus loin, c’est le discret Christina the Astonishing qui capture mon attention. On dirait un tango mélancolique, avec l’orgue discret mais aussi insistant, qui crée une atmosphère lugubre mais aussi sensuelle, aidée par la voix de Cave. Ensuite, il y a l’excellent et accrocheur John Finn’s Wife.

Le mélange élégant de guitares acoustiques avec les violons lointains crée une ambiance des plus séduisantes, alors que le rythme est assez rapide pour ne pas tomber dans la balade ou la tristesse. On sent plutôt l’énergie et l’inspiration du rock, dans la structure et la voix de Cave. Enfin, m’a plu également Loom of the Land et sa marche morose.

Après un seul album, je comprends bien comment autant que quatre albums participeront à ce défi. La créativité de cet artiste n’est définitivement pas à délaisser.

Dummy (1994) – 605 jours, 701 albums

Poursuivant dans le trip-hop, j’ai écouté Dummy du groupe Portishead.

Portishead - Dummy

J’étais déjà familier avec le groupe et leur oeuvre, mais bien franchement, je n’y avais pas vraiment vu d’intérêt. Mais maintenant, 1 an et demi plus tard, je dois également avouer que leur travail a gagné beaucoup de pertinence à mes oreilles. Cette atmosphère calme, ce rythme lent et languissant, cette instrumentation minimaliste et pourtant amplement suffisante : il y a bien ici quelques trucs à apprécier, à savourer. Et cela débute dès l’album. Mais pour vous plonger dans l’ambiance, je vais plutôt vous faire écouter It Could Be Sweet.

Je trouve que c’est la plus représentative de l’album. Mais dès les premiers morceaux, dès le mystérieux Mysterions et le suspect Sour Times, l’album et son ambiance sont lancés. Enfin, beaucoup des morceaux ont cette atmosphère lugubre, dense, mais sans être lourde; cette atmosphère de film noir, de détective ou de suspense élégant. C’est un peu la même chose sur It’s a Fire, tout comme sur le plus intense, émotionnellement, Roads. Mais dans cet effet, je préfère Sour Times.

Certains ont des débuts ou des rythmes plus secs, plus clairs, rappelant ainsi l’esthétisme du rap, mais sans ses désagréments possibles. Biscuit en est un bon exemple.

Ainsi, avec une ambiance aussi détendue et lente, languissante, j’ai eu l’impression de redécouvrir certains éléments du kraut rock à la Kraftwerk, mais cette fois avec l’émotion en plus, la tension et l’intensité se manifestant dans la simplicité. Avec certains éléments du rap, le mélange est ainsi parfait.

Diamond Life (1984) – 651 jours, 775 albums

Autre pause avant que les choses ne redeviennent intenses : j’ai écouté Diamond Life de Sade.

Sade - Diamond Life

Lorsque j’entends le nom de Sade, disons que je pense d’abord au marquis, à la Philosophie dans le boudoir et à Je vais t’aimer de Michel Sardou. Je ne m’attends certes pas à retrouver un R&B suave mêlé de jazz, à de la sophisti-pop langoureuse et romantique. Et pourtant, c’est bien ce que nous offre cet album ! Disons qu’ici, si l’on est pour « faire pâlir tous les marquis de Sade », ce sera pour une toute autre raison.

L’album s’ouvre avec le connu et très sensuel Smooth Operator qui a séduit mon coeur, et lui offert un baume bien mérité. Autant de punk, de hargne et d’agressivité finit bien par irriter !

J’aime cette musique : elle est luxueuse, amoureuse, sensuelle. Peut-être offre-t-elle quelques clichés, mais elle demeure néanmoins tout aussi savoureuse. Et il y a une raison pour laquelle les clichés existent : c’est parce qu’ils fonctionnent. Mais aussi, il ne faut pas grand chose pour que cette musique tombe à plat ou passe inaperçue. La plupart de l’album n’offre pas de grands succès, mais plutôt une suite de morceaux de velours et discrets. Et cela est peut-être mieux ainsi, offrant ainsi l’album parfait pour vos soirées romantiques, où on commence avec force pour établir l’ambiance, avant de simplement la conserver durant le reste de la soirée, comme musique de fond qu’on oublie sans oublier le mood qui va avec.

Cela dit, il y a quand même Sally qui sort du lot, avec son rythme lent et son émotion plus présente, ainsi que Cherry Pie, que j’ai trouvé particulièrement accrocheur.