Five Leaves Left (1969) – 110 jours, 474 albums

Nick Drake - Five Leaves Left (1969)Le folk personnel de Nick Drake est sensible, touchant, délicat. Five Leaves Left est un de ces petits trésors qu’on a l’impression d’ouvrir, et qui contient une quantité infinie de souvenirs uniques, nostalgiques.

La voix de Drake est douce, suave. Sa simple guitare occupe tout l’espace, mais est parfois aidée de violons, comme sur le mélancolique River Man. Si ce n’était de la voix réconfortante de Drake, on en pleurerait. Day Is Done a aussi ce charme unique, qui allie une orchestration subtile, une mélodie qui fait frissonner votre cœur et, encore, cette voix unique. On se sent démuni devant ce morceau.

Pourtant, Drake est toujours mesuré, jamais poignant. Et pourtant, votre cœur en ressort serré, serré…

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Sticky Fingers (1971) – 132 jours, 478 albums

The Rolling Stones - Sticky Fingers (1971)Je n’en suis pas à mon premier album des Rolling Stones pour ce défi. Et à chacun d’entre eux, je cherche la particularité, l’étincelle qui me fera les comprendre.

Avec Sticky Fingers, c’est presque réussi. Mais pas avec Brown Sugar, comme vous pourriez peut-être le croire.

Ne me méprenez pas: Brown Sugar est un excellent morceau, que j’adore. Une mélodie accrocheuse, la voix un peu rugueuse de Mick Jagger, les cuivres pompeux, les guitares rock: tout y est. Il s’agit d’un des meilleurs morceaux des Stones.

Mais voilà: pour moi, les Stones, c’est des hits qui s’enchaînent. Sauf sur Sticky Fingers. J’arrive à entrer dans cet album, à le vivre, à le sentir. Et j’ai l’impression que le groupe aussi.

Peut-être est-ce l’influence du blues, du folk et de la soul? Elle est lourde, pesante. Et le groupe la soulève et la porte avec aisance. Ils trouvent leur chemin dans les marécages et la terre de ces racines sans effort.

Et, peut-être, le blues amène un côté plus vrai, plus franc. Plus intime aussi. Sur plusieurs morceaux, ils se découvrent un peu, sans pourtant se mettre à nu. Wild Horses est touchant. Sister Morphine est trompeuse, agitée sous la simplicité des instruments. Moonlight Mile surprend par son ton presque léger, qui détonne avec l’idée ravageuse qu’on peut se faire du groupe.

Cela n’empêche pas quelques bons moments de bon rock senti, comme Brown Sugar ou Can’t You Hear Me Knocking. Mais là n’est pas le point de l’album. Ni, peut-être, du groupe. Et, aussi, peut-être que je commence à le comprendre. Peut-être.

Mais je vous donne quand même Brown Sugar.

Tapestry (1971) – 221 jours, 504 albums

Carole King - TapestryTapestry est l’un des albums mémorables (et très populaires) du soft rock qui émerge après la transformation du rock psychédélique en art rock. Carole King, avec sa voix féminine, rend bien justice au style: un rock doux, de balades, où l’émotion a plus de place que les guitares.

De ces balades, Tapestry en a beaucoup. It’s Too Late en est probablement la meilleure, avec son piano, son ton légèrement mélancolique et sa simplicité. You’ve Got a Friend a aussi quelques inflexions de voix à donner des frissons.

Certains morceaux tombent encore davantage dans l’émotion. Le classique (You Make Me Feel Like) A Natural Woman en est déchirant. Du moins, le serait si King ne contrôlait si bien sa voix et son émotion. Beautiful est habité par une certaine tourmente.

D’autres misent sur l’énergie, le rythme et des mélodies plus accrocheuses, comme I Feel the Earth Move ou le plus folk Smackwater Jack.

Une belle réalisation, légère mais profonde à la fois, très mélodieuse, émotive sans tomber dans l’excès. Il ne faut pas se surprendre que l’album ait été aussi populaire. On peut l’être davantage qu’il ait sombré dans l’oubli.

Come On Feel the Illinoise (2005) – 224 jours, 509 albums

Sufjan Stevens - Come On Feel the IllinoiseUn monde de rêveries et de couleurs, teinté de chamber pop aux violons et à l’instrumentation classique et de folk-rock indie: c’est ce qu’offre Sufjan Stevens sur son album Come On Feel the Illinoise (ou Illinoise pour les intimes). Une musique personnelle et intime. Une perle à découvrir.

Le folk mesuré de Jacksonville m’a fait rêver de grands chemins, de prairies et de soirées à la campagne. Chicago m’a donné des frissons avec ses violons et sa voix à fleur de peau. La composition a un quelque chose de rêveur, de fabuleux, de divin. Le morceau ressemble à une confession innocente et à une aventure épique à la fois.

Et que dire du piano! Il traverse tout l’album avec ses notes claires, ses accords bleus, son jeu parfois joyeux, parfois mélancolique. Il expose toute sa splendeur dans le frissonnant The Seer’s Tower: un morceau qui m’a tiré quelques larmes.

Tout l’album est une merveille, un sac au trésor où se cachent des rêves, des couleurs (souvent bleues), des cieux au crépuscule ou à l’aube. Il est habité milliers d’instruments: autant de violons, de vibraphones, de tambours, de guitares, de chant qu’il est possible d’en rêver. Il séduit dès le piano mélancolique de Concerning the UFO Sighting Near Highland, Illinois, et nous transporte tout l’album durant, sans jamais nous laisser retomber au sol. On se sent un peu comme Peter Pan, qui aurait connu une peine d’amour.

En bonus:

A Short Album About Love (1997) – 286 jours, 548 albums

Une explosion de pop, d’orchestrations et d’émotions sur A Short Album About Love de The Divine Comedy. Le chanteur y met le paquet, avec intensité et abandon, transformant son chamber pop badin en orchestre puissant et viscéral.

The Divine Comedy - A Short Album About Love

L’orchestre, définitivement, donne une ampleur incommensurable à ces morceaux venus des tripes et du cœur. La pop reste, mais l’album prend un certain sérieux, donnant davantage de place à l’émotion que son prédécesseur, Casanova. Ou sont-ce les émotions qui sont plus grandes? Dans In Pursuit of Happiness et Someone, entre autres, la musique construit un crescendo incroyable vers la fin, et le poids de l’ambiance devient presque insoutenable.

Certains préféreront peut-être l’alliage plus délicat du classique à la pop qu’on peut retrouver sur les autres albums de l’artiste. Mais on ne peut nier la puissance émotive de ce petit album, où on l’a distillé pour la rendre encore plus concentrée et poignante.

Deux autres morceaux qui valent votre oreille: If I Were You (I’d Be Through With Me) et Timewatching. Quoique la qualité relative des morceaux est facilement contestable.

Imagine (1971) – 403 jours, 573 albums

Imagine de John Lennon est de ces classiques qui se passent d’explications. Écouter la poésie, parfois touchante parfois rêveuse, de Lennon et le soft rock qui l’accompagne est toujours un délice.

John Lennon - Imagine

Il est difficile de critiquer un album de cette envergure, surtout lorsqu’il me tient autant à cœur. J’irai donc avec une critique plus personnelle.

Les Beatles doit être le groupe de musique qui m’a véritablement fait découvrir tout ce dont la musique était capable. Et après mon exploration des Beatles, de fond en comble, j’ai poursuivi avec la carrière solo de ses membres, dont, surtout, John Lennon. On pourrait facilement dire que Lennon est l’un de mes idoles, même si je déteste ce mot. Modèle ou inspiration serait peut-être plus juste. Et ça, je l’ai découvert à travers sa musique et sa poésie.

En fait, chez Lennon, j’ai l’impression que tout est poésie, que tout est romantique (dans les deux sens du terme). Ses actions politiques, comme le bed-in, sont d’abord exprimées de manière poétique. Cette poésie, parfois touchante parfois violente, exprime tous les idéaux de Lennon, réifie tout son art, surtout sur Imagine. Son optimisme et ses idéaux seraient bien peu de choses sans leur expression musicale et littéraire.

En ce sens, Imagine est la quintessence de Lennon : de son art, de ses rêves, de son inspiration.

Mais tous les morceaux de l’album n’ont pas cette légèreté et ce plein d’amour. Beaucoup sont personnels, empreints de violence (I Don’t Wanna Be a Soldier), de hargne (How Do You Sleep?) ou de regrets (Jealous Guy), même si plusieurs restent ancrés dans l’amour, comme How?Oh Yoko! et Oh My Love, dont ce dernier que je trouve particulièrement touchant.

Ainsi, Lennon nous offre un album personnel, intime, touchant et poétique, que vous devez écouter. Il s’agit, comme quelques autres albums de ce défi, d’un véritable incontournable.

Harvest (1972) – 405 jours, 575 albums

Le plus grand album canadien de tous les temps : voilà le mot d’ordre qui m’a introduit à Harvest de Neil Young. Le meilleur, je ne sais pas. Mais avec son folk-rock touchant, personnel, travaillé et parfaitement livré, il mérite définitivement sa place dans ce défi.

Neil Young - Harvest

Cet album ressemble à un grand vin : c’est avec le temps qu’il s’affine, et c’est sous l’attention qu’il se découvre. Après quelques écoutes, il s’ouvre, expose tous ses détails, toute sa richesse. Cette musique a quelque chose de fragile et, ainsi, de puissant, de pénétrant et touchant. Avec quelques guitares, une batterie, un harmonica et la voix de Young, on obtient une ambiance intime, personnelle, chaleureuse même dans les moments tristes ou plus frisquets. Tous les morceaux sont mesurés, contrôlés, et on cède jamais sous l’émotion ou l’emportement, ce qui en fait un album réaliser avec précision. De cette retenue ressort une intensité nouvelle.

Pour vous familiariser avec cette maisonnette chauffée au bois dans laquelle nous invite Young, je vous propose le morceau éponyme, Harvest.

Un autre morceau qui m’a atteint droit au coeur est Heart of Gold.

Il y a dans ce dernier morceau une nostalgie qui fut loin de me laisser indifférent.

Old Man est dans les mêmes eaux, avec une teinte réflexive, et est une autre des perles de l’album. Are You Ready for the Country a un peu plus d’énergie mais reste doux et relativement lent. Alabama est bien accrocheur, comme presque tout l’album d’ailleurs. Enfin, The Needle and the Damage Done est silencieux, simple.

Et dire que ce disque, dans tous mes vinyles, était d’abord passé complètement inaperçu.