Dear Science (2008) – 132 jours, 478 albums

TV on the Radio - Dear Science (2008)Ce sont des albums comme Dear Science qui valent ce défi. On finit par se fatiguer des albums trop similaires, que ce soit du rock, de la pop, du hip hop, du blues ou du jazz. Bon, peut-être pas le jazz… Mais une fois de temps à autre, un album si nouveau et si différent surgit.

TV on the Radio, c’est un peu comme de la pizza. Il est impossible de deviner le goût de la pizza si l’on n’en a jamais mangé. Même si vous connaissez parfaitement le goût du pepperoni, de la tomate, de la mozzarella et de la pâte, la pizza est quelque chose d’autre. Quelque chose de plus que la somme de ses composantes.

C’est la même chose avec Dear Science. On peut y retrouver le son 8-bit et écorché du lo-fi mêlé à des cuivres tonitruants (Dancing Choose), le funk, le hip hop et le wall of sound, muni de quelques sons électro (Golden Age), la réverbération d’un piano accompagné de violons sur une mélodie mélancolique qui grandit pour devenir immense et claire (Family Tree), de l’émotion déchirante (Love Dog), des rythmes enflammés et des percussions africaines (Red Dress)…

Tout y est. Cherchez.

Surtout, le tout est habité d’un certain mysticisme, d’une ambiance aérienne, parfois même méditative. Halfway Home vous enveloppe dès l’ouverture de l’album. Il vous saisit. J’ai écouté ce morceau, déjà, des douzaines de fois. Et encore, il m’émeut.

On finit par se fatiguer de tous les styles. Pour certains, par contre, c’est plus long. Et le post-rock a encore, j’en suis sûr, plusieurs surprises dans sa poche.

Tubular Bells (1973) – 304 jours, 558 albums

Voyager, contempler, savourer: l’album Tubular Bells de Mike Oldfield nous plonge dans un long paysage mêlant les couleurs du art rock à celles du ambient. Oldfield décortique les instruments, les rythmes et les mélodies, dans un assemblage et désassemblage sans fin, où éthéré et hétéroclite se confondent. Seules ponctuations: de légères pauses qui rappellent les changements de mouvement d’une symphonie, et un changement de face.

Mike Oldfield - Tubular Bells

Le art rock a cette capacité fabuleuse à amener le rock psychédélique à un niveau presque symphonique. Le ambient, celle de nous plonger. Dans nuage de fumée, dans les cieux, dans une forêt dense et feuillue, qu’importe: il nous submerge. Les deux, assemblés de la bonne manière, forment une musique pratiquement divine.

Tubular Bells (Part One) se construit et se déconstruit sur près d’une demi-heure, débutant sur une certaine tourmente, passant à des moments plus doux, plus mordants, plus impérieux. Mais c’est véritablement le dernier mouvement qui expose tout le talent et le doigté d’Oldfield. On pose simplement une base rythmique, sur laquelle on entreprend ensuite d’assembler plusieurs instruments, les introduisant un à un, en les présentant au préalable d’une voix de plus en plus extatique. Il en résulte un crescendo explosif où chaque moment, chaque note devient décuplée, devient frissonnante.

Difficile, ici, d’ignorer les effluves de jazz ou de classique. Mais la longue composition est véritablement rock, et son énergie intempestive, la force des instruments et la désinvolture judicieusement calibrée ne font qu’en témoigner.

Crooked Rain, Crooked Rain (1994) – 408 jours, 579 albums

Les sons parasites, la mauvaise qualité et le grésillement sont les éléments qui font tout l’attrait de la musique de Pavement. Avec leur album Crooked Rain, Crooked Rain, ils nous plongent dans cette atmosphère pleine, rude et aérienne à la fois, et presque méditative.

Pavement - Crooked Rain Crooked Rain

Le noise rock contient tous ces éléments ensemble : il mêle la rudesse et l’énergie jeune héritée du punk à l’atmosphère éthérée créée par un voile de grésillement. Pavement sait réaliser cet effet avec brio, et le renouvelle sur cet album. On se perd dans ces morceaux parfois vigoureux, parfois mélancoliques et sentimentaux. Cut Your Hair est un exemple du premier genre, avec son ton insolent. Il est accrocheur et vivant.

Alors que Newark Wilder est un exemple du deuxième, avec sa voix plaintive, son ambiance légère et sa guitare déconstruite vers la fin.

Simplement pour dire que le noise rock peut mener à tout et à toutes les émotions.

Bien sûr, plusieurs autres morceaux de l’album valent votre attention, mais je vous laisse le plaisir de les découvrir vous-mêmes.

This Is Hardcore (1998) – 490 jours, 635 albums

Un second album du groupe britpop Pulp se trouvait dans ce défi, soit This Is Hardcore, et j’ai décidé de l’écouter sans plus attendre.

Pulp - This Is Hardcore

J’avais sensiblement apprécié Different Class, son britpop et ses morceaux accrocheurs. Cet album-ci a moins retenu mon attention, mis à part quelques morceaux. J’ai senti le britpop, dans la mesure où j’ai senti les influences de la pop, j’ai senti un petit air britannique, mais le charme semblait manquer. Le petit quelque chose, l’étincelle, n’était pas là. Cela étant dit, cela ne m’a pas empêché d’apprécier l’album et plusieurs de ses morceaux, dont The Fear qui ouvre l’album.

Avec les voix d’opéra et l’ambiance réflexive, c’est difficile de commencer un tel album de manière plus prestigieuse. J’ai aussi apprécié le plus hard rock Party Hard, puis le complexe et travaillé morceau éponyme, qui nous plonge dans une ambiance sombre et mélancolique, voire poignante, déchirante.

Seductive Barry a également une belle ambiance mystérieuse et enveloppante. Enfin, Glory Days est ce qui se rapprochait le plus d’un morceau proprement accrocheur sur cet album, et ne fut pas sans me rappeler Elvis Costello (ça doit être la voix…).

Pour le reste, je fus déçu. Peut-être n’ai-je pas bien saisi l’album, mais je m’attendais à quelque chose de plus grand, de plus accrocheur et entraînant de la part du groupe. J’imagine qu’on ne peut pas tout aimer…

Urban Hymns (1997) – 500 jours, 642 albums

J’ai ensuite pris le temps d’écouter un classique, un incontournable des années 90, soit Urban Hymns du groupe The Verve.

The Verve - Urban Hymns

Je dis incontournable, car il semble définir une autre partie de cette décennie, celle qui vient après le grunge de Nirvana. Incontournable aussi par le morceau qui ouvre l’album, soit Bittersweet Symphony, une hymne inoubliable qu’on ne se fatigue pas d’écouter.

Leur musique s’apparente beaucoup à celle d’Oasis, j’ai trouvé, et participe de la même britpop du milieu des années 90. D’ailleurs, je croyais au départ de The Verve était un one-hit wonder, mais force fut de constater que cet album contient bon nombre de morceaux tout aussi intéressants et accrocheurs que leur morceau phare. Certes, ils n’ont pas la même force que Bitterweet, mais ils valent tout de même à l’album sa place dans ce défi. Parmi ces morceaux, je mentionnerai The Drugs Don’t Work, son lyrisme doux et ses quelques violons pour créer cette ambiance pleine si caractéristique du groupe. Je mentionnerai aussi le plus éthéré Catching the Butterfly qui nous transporte, le plus poignant Space and Time, ainsi que l’excellent et complexe Lucky Man.

Bref, plusieurs morceaux qui, malgré mes préjugés, ne limitent pas le groupe à un seul hit, à un seul moment appréciable et remarquable. Tout l’album, en fait, fut un plaisir à écouter, et le sera pour tout fan de britpop comme j’en suis un.

Blue Lines (1991) – 535 jours, 660 albums

Mon aisance pour écrire des critiques semble être un peu rouillée. Qu’à cela ne tienne : j’ai plus d’une trentaine de critiques de retard sur mes albums écoutés (sans compter les albums en retard sur l’horaire…). J’y aurai tout le temps d’y refaire ma plume et, qui sait, de l’améliorer. Tout pour être fin près, en septembre prochain, pour mon retour aux études, en journalisme…

Je continue donc avec un album de trip-hop, soit Blue Lines, de Massive Attack, qui m’avait été recommandé par une très bonne amie.

Massive Attack - Blue Lines

Les rythmes langoureux, jazzyfiants, et teintés d’électro de l’album se font entendre dès l’ouverture, avec Safe from Harm. Et demeurent ensuite jusqu’à la fin de l’album…

Dans cette voix féminine et profonde, on sent également des racines tirées du R&B, comme un certain esthétisme tiré du hip hop. Mais le tout se fond ensemble d’une remarquable manière, formant ainsi une harmonie étonnante, étonnamment lisse et reluisante. One Love, qui suit, donne plutôt du côté mécanique et plus froid du hip hop, mais, grâce au tempo lent et langoureux, conserve néanmoins une certaine chaleur et émotion. Blues Lines, le morceau éponyme, amène même en scène un orgue électrique discret, qui renforce cette ambiance rouge et chaude. Un peu plus loin, Unfinished Sympathy offre plutôt un paysage vaste et complexe, d’inspiration britannique, qui nous séduit par ses divers éléments.

Ainsi, l’album et le groupe m’ont séduit à la fois par leur simplicité et leur complexité : simplicité de l’ambiance, de l’atmosphère, mais complexité de leur réalisation. Mille et un petits éléments fusionnent ensemble pour créer ce paysage relaxant, éthéré, lointain… J’ai déjà hâte d’en découvrir davantage sur le groupe, et le trip-hop me fascine encore un peu plus.

The Downward Spiral (1994) – 593 jours, 679 albums

Je me suis ensuite permis un album de Nine Inch Nails, mon groupe d’industriel favori. J’ai donc découvert The Downward Spiral, que je n’avais pas encore écouté.

Nine Inch Nails - The Downward Spiral

Ce fut, bien sûr, une belle découverte. Surtout que j’étais déjà familier avec le son du groupe : ce son abrasif, mais texturé à souhait, qui comble tout l’espace comme un mur ou une toile, et sur lequel se dessinent plusieurs couches de musique, plusieurs étages de détails et de complexité. Il faut dire, aussi, que c’est probablement ce son qui a fait en sorte que j’ai tant apprécié le noise-rock et ses variantes. Un exemple parfait : Heresy.

Le grésillement, la basse rude, la voix étouffée et criante, et tous ces sons électroniques qui comblent le reste, tous ces éléments font de ce morceau quelque chose de complet et d’enveloppant. Juste avant, il y a le plus lent et épuré Piggy que j’ai aussi bien apprécié. Plus loin, c’est le complexe et travaillé Ruiner qui retient l’attention, et qui se présente véritablement comme une toile aux nombreux éléments qui s’empilent. Mais, définitivement, c’est Closer et sa perversité qui remporte la palme du meilleur morceau de l’album.

Son rythme est langoureux, les paroles sont crues, et le coeur du morceau est décadent et pervers à souhait. Si je vous conseille souvent des morceaux sur lesquels faire vos soirées romantiques, je vous conseille celui-ci pour baiser, rien de moins. Tous les éléments sont là pour faire votre nuit la plus chaude de l’année.

L’album ne comporte pas tellement plus de bons morceaux, qui ressortent du lot, au contraire de certains autres albums du groupe. Il s’agit plutôt, ici, d’une ambiance totale et complète, à laquelle contribuent les morceaux de l’album. Mais l’ambiance est toujours la même, toujours aussi enveloppante et opaque, réalisée avec une constance et un doigté remarquables. Dommage que le défi ne compte qu’un album du groupe…