Tom Tom Club (1981) – 111 jours, 474 albums

Tom Tom Club - Tom Tom Club (1981)Un album assez étrange qu’est le dance-pop et new wave Tom Tom Club, du groupe du même nom. Ses mélodies et ses rythmes semblent être fragmentés, hachés, de manière presque robotique. Peut-être est-ce ce mélange particulier entre la chaleur pop du new wave et la froideur mécanique du kraut rock qui cause cette ambiance étrange?

Quelques morceaux sont uniques en leur genre, en cette ambiance. Wordy Rappinghood somme tout ce que les années 80 ont d’étrange. Genius of Love y ajoute même une chaleur reggae, qui est ici presque extraterrestre. Et que dire de l’amalgame bizarre qu’est le spacial et rétro, voire bubblegum Lorelei?

Un album qui fera froncer vos sourcils, mais qui est tout autant fascinant.

Peter Gabriel (I) (1977) – 206 jours, 482 albums

Peter Gabriel - Peter Gabriel (I) Car - 1977Au nom de Peter Gabriel, je m’attendais à un soft rock populaire et suave sans trop de relief. J’aurais dû m’attendre à plus du leader de Genesis: son premier album solo Peter Gabriel (I) (ou Car pour les intimes) offre un large spectre d’expériences musicales.

Le art rock est encore ici bien présent. Moribund the Burgermeister nous amène dans un monde étrange à plusieurs mouvements et peuplé de gnomes et de fées en ouverture d’album. C’est suivi de Solsburry Hill, plus soft rock et un hit que vous connaissez sûrement. Humdrum est d’abord discret et simple, laissant toute la place à l’émotion, avant de prendre de l’énergie et de l’ampleur. Waiting for the Big One mise sur un piano jazzy et des arrangements qui rappellent un blues de cabaret ou les débuts du rock & roll. Et Here Comes the Flood clôture avec force mélancolie, théâtralité et instrumentation.

Autant Genesis est extraordinaire, autant il faut constater que Peter Gabriel peut très bien se débrouiller seul. Avec la même force, la même créativité et la même grandeur.

Deserter’s Songs (1998) – 382 jours, 558 albums

Un psychédélisme renouvelé mêlé à de la pop rêveuse, mais avec une ambiance étrange, conviée par les vibrations d’une égoïne, d’une voix anémique et de mélodies pianotées comme des valses voilées et funèbres : voilà ce qu’offre l’album Deserter’s Songs du groupe Mercury Rev.

Mercury Rev - Deserter's Songs

 

Donc, un néo-psychédélisme sombre et une dream pop légère, presque naïve. Les deux juxtaposés et mêlés donnent un résultat à la fois envoûtant (mais pas trop) et insécurisant. On ne plonge pas dans l’album : on semble flotter à sa surface, en admirant les reflets sombres et lunaires de l’eau. L’égoïne, qui est par exemple dans Holes et dans Endlessly, a quelque chose de fantomatique, et la mauvais qualité, qui rappelle un gramophone sur I Collect Coins, donne dans la nostalgie. Et à travers tout ça, une pop légère ressort, qui nous ramène dans les sixties, avec une énergie juvénile et candide.

Opus 40 offre un peu de tout ça, et est une véritable douceur pour les oreilles.

Goddess on a Hiway est du même genre, avec sa mélodie accrocheuse, sa complexité intrigante et son piano vibrant. Holes ouvre l’album comme un bal étrange, un peu brumeux mais à peine, alors que Tonite It Shows ressemble à une valse funèbre, triste.

À travers ses morceaux un brin désarticulés, l’album nous fait voir un bien étrange kaléidoscope : un qui fait voir des formes extravagantes, mais en noir et blanc.

Chelsea Girl (1967) – 414 jours, 590 albums

La Nico de Velvet Underground a aussi une vie bien à elle : son album Chelsea Girl en est la preuve. À la fois rock expérimental, proto-punk sec et charmants instruments classiques, l’album surprend, sauf si on connaît ses collègues musicaux, comme John Cale et Lou Reed. Alors, c’est simplement un délicat délice.

Nico - Chelsea Girl

Ce n’est pas une musique faite pour toutes les oreilles. On pourrait facilement la trouver fade, juger la voix morne et trop grave, considérer l’instrumentation étrange et peu appropriée. Mais après avoir autant tenté d’apprécier à leur juste valeur les albums des Velvet Underground (et après avoir réussi), je comprends mieux le charme de ce style musical unique, et la fascination de certains pour lui.

Il s’agit d’un contraste puissant, entre la douceur et la légèreté des instruments classiques (violons, flûtes, guitares classiques), et la voix lourde, triste, appuyée de Nico; contraste duquel jaillit la beauté. Prenez le morceau Chelsea Girls en exemple.

C’est peut-être moi, mais dans ce morceau je sens un mal de vivre, une mort à l’âme qui n’est pas sans charmes.

À l’inverse, The Fairest of the Seasons est plus lumineux, plus cérémonieux. Il a quelque chose de brillant, et on dirait que la voix terre-à-terre de Nico y apporte du poids, une sorte de réflexion ou de réalité tangible.

J’ai beaucoup apprécié Winter Song aussi. Encore une fois, les instruments classiques y ont une place de choix, et donnent une certaine noblesse à ce morceau qui, avec la voix de Nico, semble étrange, voire tourmenté par moments. Bref, je vous laisse écouter.

Comme la plupart des albums étranges que j’ai eu la chance d’écouter durant ce défi, celui-ci me fut une expérience agréable, et une découverte bien appréciable. Mais soyez prêts, et débutez donc par les Velvet Underground.

Felt Mountain (2000) – 489 jours, 634 albums

Je me suis aussi aventuré à découvrir le groupe de trip-hop et de chamber pop Goldfrapp, avec leur excellent album Felt Mountain.

Goldfrapp - Felt Mountain

J’en fus séduit dès le début. Les cuivres dissonants qui ouvrent le premier morceau, Lovely Head, attirent tout de suite l’attention et laissent présager un album bien particulier. Tout de suite après, on tombe dans une ambiance éthérée, sensuelle et mystérieuse, mais on sait désormais de quoi le groupe est capable. La guitare électrique en distorsion et plaintive nous le rappelle sans cesse. Paper Bag reprend la même atmosphère, mais cette fois avec une touche un brin plus délicate. Encore une fois, c’est une musique qui me charme par sa fumée, son mystère, et la contemplation qu’elle amène.

Vient ensuite Human, qui ne fut pas sans me rappeler la musique de James Bond : violons, rythme jazzy, voix féminine et sensuelle, bref tout y est, rehaussé par quelques éléments d’électro et un peu de dissonance.

L’autre morceau de l’album que je tiens à faire remarquer est l’étrange Utopia, avec son chant d’opéra et sa construction accrocheuse. Le morceau se développe peu à peu, mettant couche par-dessus couche, nous prenant peu à peu dans ses griffes, dans cette atmosphère indescriptible : électrisante, vaporeuse, grandiose… je ne sais trop !

Le reste de l’album nous plonge dans cet univers unique, passionnant. Ce n’est pas tous les jours que l’on tombe sur un groupe qui parvient à inventer un style qui lui est propre et unique en tout point, ou presque. Quoique avec ce défi, cela arrive plus souvent qu’à l’ordinaire, un groupe comme Goldfrapp est toujours rafraîchissant, et me rappelle pourquoi je consacre tant d’effort à écouter tant d’albums.

Follow the Leader (1998) – 498 jours, 640 albums

J’ai ensuite écouté Follow the Leader, du groupe Korn : un album de heavy metal et de nü metal que je souhaitais découvrir depuis déjà un moment.

Korn - Follow the Leader

Depuis un bout de temps, en effet, puisqu’il s’agissait d’un groupe populaire lorsque j’étais adolescent : de ces groupes que tout le monde écoute, qu’il faut connaître et que, comme je n’écoutais pas encore de musique, je ne connaissais pas. Lorsque j’ai vu le nom du groupe dans ce défi, et cet album en particulier, j’y ai vu l’occasion d’enfin me réconcilier avec cette ignorance adolescente.

Le pire, c’est que je sais qu’à l’époque, j’aurais adoré le groupe. Le doux mélange de rap-métal et de mélodies bien construites rappelle Linkin Park, et le nü metal et la force parfois explosive de la voix me rappelle System of a Down. Aujourd’hui, c’est moins la musique que j’écoute tous les jours, disons. Mais ce fut un réel plaisir de se replonger dans cette époque, dans cette ambiance, dans cette nostalgie, et surtout avec un aussi bon album.

L’album s’ouvre avec le complexe et travaillé It’s On, proprement nommé.

Il commence en douceur, pour leurrer l’auditeur, avant de se révéler dans toute sa force, furieux et puissant, pour ensuite revenir vers une accalmie passagère, où s’exprime tous les talents de mélodiste du groupe. Ensuite, c’est Dead Bodies Everywhere qui a retenu mon attention, pas mal pour les mêmes raisons. Il y a aussi l’agressif et acéré BBK, l’étrange Seed, puis le plus rap Cameltosis.

J’ai déjà hâte de découvrir un autre album du groupe dans ce défi…

Q: Are We Not Men? A: We Are Devo! – 682 jours, 806 albums

Je me suis ensuite plongé dans un groupe et une musique plutôt étranges. Enfin ! Ce renouveau de découverte insolite m’a bien donné quelques frissons qui m’ont rappelé l’époque de mon étude du free jazz. Cette fois, c’était avec le groupe Devo, et leur album Q: Are We Not Men? A: We Are Devo!.

Devo - Q Are We Not Men A We Are Devo

Avec la simplicité et l’aspect brut du punk, mais en y ajoutant un synthétiseur new wave assez présent et électrisant, ainsi que des mélodies anguleuses et des tempos inhabituels, vous avez cette musique accrocheuse, exigeante, mais ô combien stimulante. On a l’impression d’être sous une tension continuelle, d’être sur la corde raide, et la pression ne lâche jamais, nous conservant ainsi au plus fort de l’attention durant tout l’album.

L’album débute peut-être avec un morceau plus orienté vers la pop que vers une véritable innovation, mais on sent déjà que quelque chose est différent, que quelque chose d’étrange et d’intéressant va bientôt surgir. Écoutez Uncontrollable Urge par vous-même, pour partager ce sentiment avec moi.

Vient ensuite une version étrange de (I Can’t Get No) Satisfaction que j’ai bien trouvée intéressante, mais pas nécessairement bonne ou excitante. Plus loin, on nous offre Mongoloid avec son refrain qui ne vous sortira jamais de la tête et son ambiance franchement bizarre, mais franchement stimulante. On a l’impression de rencontrer une race extraterrestre bien différente de la nôtre, avec des effets sonores de science-fiction douteux, mais qui donnent un véritable charme au morceau. Tout de suite après, arrive le véritable chef-d’oeuvre de l’album, soit Jocko Homo.

La signature musicale de ce morceau serait difficile à décrire. Il y a le rythme sec et inhabituel, les notes simples mais qui semblent symboliser une déconstruction, un désordre irrémédiable, la voix presque scandée, surtout vers la fin du morceau, bref, un morceau demandant mais qui est sans aucun doute extrêmement intéressant, intriguant, prenant.

L’autre morceau que je vous suggérerais sur l’album, et qui est peut-être moins intense que celui que je viens de nommer, serait Gut Feeling/Slap Your Mammy qui est plus axé sur la pop, le rythme engageant et l’accessibilité. Cela dit, le morceau demeure bien marqué par la présence de ce groupe bien particulier. J’espère le croiser de nouveau au cours de ce défi.