Tom Tom Club (1981) – 111 jours, 474 albums

Tom Tom Club - Tom Tom Club (1981)Un album assez étrange qu’est le dance-pop et new wave Tom Tom Club, du groupe du même nom. Ses mélodies et ses rythmes semblent être fragmentés, hachés, de manière presque robotique. Peut-être est-ce ce mélange particulier entre la chaleur pop du new wave et la froideur mécanique du kraut rock qui cause cette ambiance étrange?

Quelques morceaux sont uniques en leur genre, en cette ambiance. Wordy Rappinghood somme tout ce que les années 80 ont d’étrange. Genius of Love y ajoute même une chaleur reggae, qui est ici presque extraterrestre. Et que dire de l’amalgame bizarre qu’est le spacial et rétro, voire bubblegum Lorelei?

Un album qui fera froncer vos sourcils, mais qui est tout autant fascinant.

Dr. Octagonecologyst (1996) – 111 jours, 474 albums

Dr. Octagon - Dr. OctagonecologystL’univers rap du Dr. Octogon est terrifiante. Tout Dr. Octagonecologyst est lugubre, sombre et grinçante comme peut l’être le mélange de la folie et de la médecine.

Je n’ai pas aimé écouter cet album. Toute sa musique crée le malaise et fait frissonner. On a l’impression d’entendre les élucubrations d’un chirurgien dérangé, opérant dans les sous-sols insalubres d’un manoir hanté. Mais pour la puissance de son ambiance, il s’agit à coup sûr d’un chef-d’œuvre… dans ses propres termes.

Si vous appréciez le rap et que vous êtes vous-mêmes un peu dérangé, vous y trouverez votre compte. Pour les autres, cœurs fragiles s’abstenir.

The Modern Dance (1978) – 220 jours, 500 albums

Pere Ubu - The Modern Dance - 1978Il y a toujours une fébrilité à l’idée d’écouter un nouvel album de rock expérimental: tout peut arriver. À ce titre, The Modern Dance de Pere Ubu, avec son mélange de post-punk, d’anarchie et d’expérimentation, ne m’a pas déçu.

On entend la distorsion des guitares. On entend des sons suraigus nous percer les oreilles. On entend une cacophonie électrique, métallique, sèche comme le punk, de laquelle émergent une mélodie plus structurée. Il s’agit d’une complexité intriguante, qui vient embellir les morceaux plutôt que de les ternir vraiment.

Non-Alignment Pact ouvre avec un son strident, puis les guitares embarquent et une mélodie bien accrocheuse se compose, avec une voix typiquement punk. The Modern Dance mêle à merveille les éléments dissonants et mélodieux. Les autres morceaux jouent sur ce même motif.

Un résultat exigeant mais satisfaisant, si on accepte de se faire écorcher les oreilles.

Third (1970) – 226 jours, 514 albums

Soft Machine - ThirdArt rock et jazz fusion ont plusieurs points en commun: Third de Soft Machine le montre bien. L’expérimentation musicale réalisée ici, où se mêlent les guitares électriques, les cuivres, la batterie et le synthétiseur, a le poignant du rock, la subtilité et la complexité du jazz, et l’éthéré travaillé du art rock. Il en ressort un jazz-rock rythmé, installé là où les deux genres se confondent et se complètent.

Les quatre morceaux présentés font près d’une vingtaine de minutes chacun: juste assez pour s’y plonger, pour passer d’un mouvement à l’autre sans s’arrêter. Facelift a une puissance phénoménale aux rythmes funky où de nombreux détails viennent fleurir le tout. Moon in June est habité par le piano, la voix et l’orgue du rock psychédélique anglais, avant de tomber dans une ambiance plus infernale qui rappelle le Mahavishnu OrchestraOut-Bloody-Rageous plonge dans l’éther avant de céder l’espace à un savant mélange de rock et de jazz.

Soft Machine impressionne par sa maîtrise naturelle des deux genres. Certes, ils s’agencent bien. Ici, ils ne font qu’un.

Spiderland (1991) – 279 jours, 535 albums

Slint - SpiderlandTempos variants, structures musicales alambiquées, mélodies expérimentales et segmentées: les débuts du post-rock ne sont pas encore complètement éthérés, mais ils regorgent de complexité. Spiderland de Slint met à l’épreuve, fait travailler les méninges et récompense avec une musique satisfaisante.

Dès Breadcrumb Trail, on sent les aspérités, les pics musicaux qui sortent de la trame. Le tempo n’est pas familier: il hache la mélodie en segments étranges, qui semblent mal coller. Mais en s’y attardant, l’expérience est phénoménale: on assiste à la genèse d’un style, d’un son. Il est loin d’être pop ou accrocheur, mais il est cérébral, réfléchi. C’est une joie savante de s’aventurer dans ces méandres musicaux.

Plus que dans le post-rock qui va suivre, Slint injecte de bonnes doses de rock, voire de punk, avec des guitares électriques acérées, une énergie anti-conformiste et un dénuement fort trompeur. Après Breadcrumb Trail, l’expérience se renouvelle avec Nosferatu Man, où les riffs de guitare dictés par des tempos irréguliers sont maîtres, et Good Morning, Captain, cette fois avec plus de détails et de minutie, sur un thème (relativement) calme. Washer offre une évolution plus complète et mélodique rendant l’album, pour un court instant, plus accessible.

Spiderland nous apprend que le post-rock n’est pas formé que de légèreté, d’éther et de brouillard, mais aussi de rock terreux et de structures ardues et cérébrales. Et l’exigence de plus rapporte en satisfaction, si on prend le temps d’écouter.

Playing with Fire (1989) – 291 jours, 554 albums

Spacemen 3 réinvente le space rock, avec son album Playing with Fire. Le groupe reprend ce mélange éthéré et psychédélique inauguré par Pink Floyd, Hawkwind et consorts, en ajoutant des influences d’ambient, d’électro et un peu d’expérimentation. Les voyages spatiaux des années 70 se transforment en séances méditatives, lentes et hypnotiques.

Spacemen 3 - Playing with Fire

Le groupe remet au goût du jour ces ambiances oubliées, qui méritent d’être visitées de nouveau. On se perd dans ces morceaux, dans ces explorations musicales. How Does It Feel? joue sur la répétition, avec un rythme lent et méditatif, agrémenté d’électro et d’éléments hétéroclites. Sur Let Me Down Gently, la musique est encore plus dénudée, se concentrant sur le voile éthéré, sur une simple trame sur laquelle quelques éléments naviguent. Alors que Suicide est plus intense, offrant plutôt un mur de son qui rappelle la violence du punk, ou la guitare acérée du hard rock. Che, enfin, s’avance davantage dans le néo-psychédélique, où les éléments se mêlent, se confondent, et parfois ressortent du lot.

Certains moments sont unis et centrés. D’autres sont décousus, semblent se terminer abruptement, créant un sentiment d’incomplétude, de manque, qui n’est pas désagréable. Mais l’essentiel participe d’un seul album et forme un tout reconnaissable: une signature du groupe. Dommage qu’elle n’apparaîtra plus durant ce défi…

69 Love Songs (1999) – 303 jours, 557 albums

«Il n’y a pas assez de morceaux qui parlent d’amour.» C’est probablement ce que s’est dit le groupe Magnetic Fields lorsque l’idée leur est venue de faire 69 Love Songs. Car sur plus de 3 heures d’album, c’est de, vous l’aurez compris, 69 manières différentes que le groupe vous joue ou vous chante l’amour.

The Magnetic Fields - 69 Love Songs

De Absolutely Cuckoo à Zebra, les Magnetic Fields redéfinissent à leur manière ce qu’est «une chanson d’amour». Aux côtés des morceaux romantiques et mielleux se trouvent aussi des morceaux ironiques, acerbes, absurdes ou carrément expérimentaux.

Malheureusement, sur toute cette kyrielle de poèmes musicaux (sérieux ou non), plusieurs tombent à plat, et ceux qui valent l’attention se comptent aisément. Mais l’expérience demeure fascinante, et il est fort plaisant de se plonger dans ce romantisme insolent en s’oubliant.