Buenas Noches from a Lonely Room (1988) – 229 jours, 520 albums

Dwight Yoakam - Buenas Noches from a Lonely RoomLe country n’est pas accessible à tous. Ses mélodies larmoyantes et ses paroles mélancoliques en rebutent plus d’un. Pourtant, le genre a une profondeur émotive bien appréciable, et Dwight Yoakam nous l’a rend accessible avec Buenas Noches from a Lonely Room.

Son country alternatif amène quelque chose de pop et de moins dépressif à la musique. Bien sûr, l’essentiel reste là: violons campagnards, voix qui casse, honky tonk et guitares électriques caractéristiques. Mais on sent aussi l’effort de sortir des ornières du rang et d’amener de nouveaux auditeurs au patelin.

I Got You a quelques influences rock, mais demeure authentique. What I Don’t Know va un peu plus loin avec une batterie sentie et une guitare plus affirmée. Home of the Blues rappelle la familiarité entre les deux genres. I Sang Dixie est plus émotif, alors que Send Me the Pillow s’apparente à une balade où le rythme rappelle un cheval déambulant calmement.

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I See a Darkness (1999) – 284 jours, 544 albums

Gris, lourd, déprimant: pour l’album I See a Darkness de Bonnie « Prince » Billy, ces adjectifs sont des compliments. Et pourtant, ce country alternatif parsemé de rock indie a quelque chose de profondément lumineux. Un peu comme la minuscule flamme d’une chandelle plongée dans l’obscurité.

Bonnie %22Prince%22 Billy - I See a Darkness

On sent le country, mais à peine. Il se cache dans l’ambiance dépressive, dans certaines inflexions de la voix, mais on est loin du honky tonk et des campagnes de Buck Owens. L’émotion n’en est pas moins viscérale et déchirante. La montée finale de Nomadic Revery (All Around) donne la chaire de poule. Et pourtant, le début est introspectif, méditatif. C’est le cri d’une âme désespérée et affaiblie.

On sent aussi le rock, mais plutôt le goth rock et ses paysages sombres, rappelant un morceau punk qui aurait perdu son énergie et sa vitalité. Sur Death to Everyone, c’est à s’y confondre. La dépression est rendue admirablement belle.

Il subsiste tout de même un quelque chose de pop, d’abordable, de presque badin dans certains morceaux, et qui contraste avec l’ombre qui plane sur cet album. A Minor Place est entre la balade et le chagrin sur le bord de déborder. Madeleine-Mary est l’assemblage parfait entre une mélodie rock et les blessures lamentables du country.

Avec un tel exercice musical, le country vient définitivement toucher au cœur: on comprend plus que jamais sa pertinence, sa profondeur et sa force narrative et émotive.

Dire Straits (1978) – 292 jours, 556 albums

Un rock simple agrémenté d’une guitare électrique douce, avec une nuance de f0lk: l’album éponyme de Dire Straits est une découverte qui s’écoute parfaitement sur une longue route, avec un soleil haut, une légère brise et un air juste assez chaud.

Dire Straits - Dire Straits

Le rock, vraiment, n’est que dans la structure, mais certes pas dans l’ambiance. Il s’agit plutôt de balades, de morceaux inspirés du folk, qui ont un quelque chose de campagnard, qui sent la terre, mais pas trop. L’ambiance est détendue, les rythmes, lents. Le rock ne vient qu’insuffler une énergie, un mouvement, histoire de rendre les morceaux accrocheurs et animés. Mais cette énergie dépasse rarement les 70 kilomètres/heure.

Chaque morceau semble avoir sa personnalité, le jeu de la guitare donnant du détail à souhait, mais sans tomber dans la complexité abusive: on demeure léger et abordable. On ne fait que passer un bon moment. Down to the Waterline et l’excellent Sultans of Swing sont plus énergiques, alors que des morceaux comme Water of Love et Six Blade Knife sont plus lents et introspectifs. Lions offre une perle de détails, de délicatesse, de précision. Bref, une composition exemplaire, qui nous fait souhaiter que l’album ne se terminerait pas de manière aussi impromptue.

Harvest (1972) – 405 jours, 575 albums

Le plus grand album canadien de tous les temps : voilà le mot d’ordre qui m’a introduit à Harvest de Neil Young. Le meilleur, je ne sais pas. Mais avec son folk-rock touchant, personnel, travaillé et parfaitement livré, il mérite définitivement sa place dans ce défi.

Neil Young - Harvest

Cet album ressemble à un grand vin : c’est avec le temps qu’il s’affine, et c’est sous l’attention qu’il se découvre. Après quelques écoutes, il s’ouvre, expose tous ses détails, toute sa richesse. Cette musique a quelque chose de fragile et, ainsi, de puissant, de pénétrant et touchant. Avec quelques guitares, une batterie, un harmonica et la voix de Young, on obtient une ambiance intime, personnelle, chaleureuse même dans les moments tristes ou plus frisquets. Tous les morceaux sont mesurés, contrôlés, et on cède jamais sous l’émotion ou l’emportement, ce qui en fait un album réaliser avec précision. De cette retenue ressort une intensité nouvelle.

Pour vous familiariser avec cette maisonnette chauffée au bois dans laquelle nous invite Young, je vous propose le morceau éponyme, Harvest.

Un autre morceau qui m’a atteint droit au coeur est Heart of Gold.

Il y a dans ce dernier morceau une nostalgie qui fut loin de me laisser indifférent.

Old Man est dans les mêmes eaux, avec une teinte réflexive, et est une autre des perles de l’album. Are You Ready for the Country a un peu plus d’énergie mais reste doux et relativement lent. Alabama est bien accrocheur, comme presque tout l’album d’ailleurs. Enfin, The Needle and the Damage Done est silencieux, simple.

Et dire que ce disque, dans tous mes vinyles, était d’abord passé complètement inaperçu.

I’ve Got a Tiger by the Tail (1965) – 405 jours, 575 albums

Un peu de country avec Buck Owens and his Buckaroos au milieu de ce défi, sur leur album I’ve Got a Tiger by the Tail.

Buck Owens and his Buckaroos - I've Got a Tiger by the Tail

Le country a plus en commun avec le blues qu’il n’y paraît : le rythme souvent lent, l’ambiance mélancolique, parfois même larmoyante ou déchirante, l’aspect campagnard et terreux… Mais parfois, on dirait que le country va plus loin, sous certains aspects émotifs. Les inflexions si caractéristiques de la voix font passer certains moment de mélancolique à littéralement pathétiques. Cependant, le country sait être plus rapide, par moments, et plus énergique et festif.

Buck Owens est un peu tout ça. Avec le morceau éponyme de l’album, par exemple, l’atmosphère est plus mouvementée.

Alors que d’autres moments sont terriblement touchants, comme Cryin’ Time.

Ensuite, Trouble and Me est le stéréotype même du country : stéréotype que je commence à apprécier. Wham Bam m’a paru cocasse et bien amusant. If You Fall Out of Love with Me donne dans le romantique. Enfin, The Band Keeps Playin’ On est plutôt accrocheur.

Night Life (1962) – 407 jours, 577 albums

Du country avec une voix de crooner ? C’est ce que nous offre Ray Price sur son album bleu et mélancolique Night Life.

Ray Price - Night Life

En faisant recherches, je suis tombé sur les termes Country-Pop et Honky Tonk. Le terme pop, ici, me semble désigné davantage une accessibilité que ce qu’il vaudra dire quelques décennies plus tard. Car il s’agit d’un country aimable, facile, où son langage musical parfois difficile est simplifié par la voix de Price. Celui-ci nous porte comme un crooner, comme le ferait un Sinatra, par exemple, mais sur fond de guitares country, de rythmes chevalins et de thèmes larmoyants.

Le morceau qui nous introduit à l’album, Night Life, en est un excellent, qui se démarque par sa tendresse et sa mélancolie. Il donne véritablement l’impression d’être en fin de soirée, un verre vide à la main, dans l’éclairage tamisé d’un bar.

Ce morceau est moins country que le reste de l’album. Des morceaux comme Pride en sont plus empreints, mais c’est pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

J’ai aussi bien apprécié le pensif Sittin’ and Thinkin’ et le triste, et plus campagnard, The Twenty-Fourth Hour.

Gunfighter Ballads and Trail Songs (1959) – 411 jours, 587 albums

De la musique de cowboys : Gunfighter Ballads and Trail Songs de Marty Robbins est l’album parfait pour vos ballades sur des chemins de terre perdus dans le Nord Québécois.

Marty Robbins - Gunfighter Ballads and Trail Songs

Dans le coin de Beaucanton, sur les chemins cahoteux et boueux menant à une piste de randonnée pédestre au sommet d’une montagne dont j’oublie le nom, Marty Robbins nous a accompagné, nous faisant sentir en pleine nature, en pleine terre, poussiéreuse ou boueuse. De plus, à cette hauteur dans le Nord, la végétation devient plus clairsemée, rappelant juste assez les territoires plus déserts des États-Unis. Le country, donc, est là, et bien nommé. Country, mais plus accessible, car plus près du western. Ou peut-être est-ce moi que se fait au style…

Parmi les bons moments, Big Iron est un bon départ d’album, en force et en énergie.

El Paso et ses effluves mexicaines vaut également une oreille attentive. The Master’s Call donne de l’ambiance et rappelle quelque peu Johnny Cash.

Plus émotif, mais aussi plus pénétrant.

Je n’aurais pas cru passer un aussi bon moment avec un tel album, et pourtant ce fut une très belle découverte, surtout dans un tel paysage.