Back to Black (2006) – 226 jours, 514 albums

Amy Winehouse - Back to BlackAmy Winehouse rappelle Janis Joplin: morte à 27 ans, alors qu’elle était déjà célèbre, une voix inoubliable et un talent fou. Le neo-soul qui sort de Back in Black est à la hauteur de la légende. Il s’agit d’un R&B bien senti, d’un soul viscéral, mais avec une touche contemporaine qui l’empêche de paraître vieillot et qui, au contraire, rend le style éternel.

Rehab est déjà connu de plusieurs: avec son rythme appuyé et sa mélodie accrocheuse, il a tourné sur les ondes pendant longtemps. Mais c’est en écoutant des morceaux comme le profond Back in Black que l’on découvre tout le talent de l’artiste, avec une ambiance lourde et un chant touchant. Love Is a Losing Game satisfera ceux qui affectionnent les classiques du soul et du R&B. Avec Some Unholy War, c’est davantage le blues qui prend la place.

Un album incontournable pour les fans du genre, et un à découvrir, impérativement, pour ceux qui cherchent à le découvrir. Avec Winehouse, on ne se trompe pas.

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Country Life (1974) – 408 jours, 579 albums

Après la découverte de Roxy Music par leurs albums Roxy Music et For Your Pleasure, je me gardais Country Life pour un moment spécial. Ce mélange parfait d’art rock, de glam rock et de proto-punk m’avait séduit instantanément. Et le groupe a renouvelé le coup ici.

Roxy Music - Country Life

Avec l’art rock, on a cet éclatement des styles musicaux et ce raffinement dans leur juxtaposition. Avec le glam rock, on a cette épuration, cette simplicité et, surtout, cette sensualité palpable et languissante. Avec le proto-punk, on sent le retour d’une rudesse, d’une énergie jeune et fraîche. Le tout, ensemble, donne cette merveille qu’est Roxy Music.

Country Life est-il vraiment le chef-d’oeuvre du groupe ? Je n’en sais trop rien. Mais beaucoup de ses morceaux m’ont donné des frissons ou m’ont époustouflé. Out of the Blue est de ceux-là.

Les violons m’ont d’ailleurs fait frémir.

Triptych est fort intéressant, avec ses teintes baroques et médiévales. Casanova est puissant, appuyé, avec son rythme saccadé et ses envolées musicales. Cela dit, l’autre morceau accrocheur de l’album, c’est d’abord et avant tout The Thrill of It All, qui ouvre l’album avec énergie et génie.

Il semble contenir tout le talent et la musique de Roxy Music en à peine 6 minutes.

Green Onions (1962) – 899 jours, 971 albums

Dans un défi comme celui-ci, il y a toujours quelques découvertes qui sont plus marquantes que d’autres; quelques groupes et albums qui, à eux seuls, valent le coup. Le groupe Booker T. and the M.G.s et leur album Green Onions sont de ceux-là.

Dès les premières notes du morceau éponyme, qui ouvre l’album, le soul, le R&B, le jazz et le blues se confondent sans distinction. Dans ces airs langoureux, calculés, précis et exécutés à la perfection, on est pris sans merci. Dans tout l’album, aucune note n’est en trop, aucune erreur n’est commise, aucun moment n’est oublié sous l’oeil attentif des musiciens. Vous n’avez qu’à écouter I Got a Woman pour vous en convaincre : http://www.youtube.com/watch?v=4JwMjw8vsJs . Le rythme est lent et posé, donnant une atmosphère et un suspense immédiats au morceau. L’orgue est groovy à fond. Et la guitare, qui apparaît subrepticement, qui est grattée presque distraitement tellement elle est légère, apporte une force immense au morceau, à son ambiance blues et prenante.

Et cette guitare, elle est encore plus remarquable dans l’autre chef-d’oeuvre de l’album, soit le morceau éponyme : http://www.youtube.com/watch?v=_bpS-cOBK6Q . Elle vient rythmer encore davantage le rythme déjà sec et fort, au début du morceau. Ensuite, un peu plus loin, elle vient simplement s’amuser, improviser un peu au-dessus de l’orgue, donnant une énergie électrisante au morceau, et à l’ambiance déjà survoltée qui a été créée en à peine une minute.

Tout le reste de l’album est construit de la même façon. Et à chacun des morceaux qui étaient égrenés, je sentais tout mon corps vibrer au rythme de cette musique si simple, mais pourtant si profonde, si engageante, si inspirante. C’est rare que l’on découvre de la musique aussi bien réussie, et aussi bien calibrée.

At Newport (1960) – 906 jours, 978 albums

Ce matin, pour me donner du courage, il me fallait un bon album de blues. Ne m’y connaissant pas encore beaucoup, j’ai donc dû chercher un peu dans mon livre des 1001. J’ai ainsi été attiré par At Newport de Muddy Waters.

Si j’ai bien compris, il s’agit de l’album, et donc de l’artiste, qui a introduit le blues et la musique des noirs auprès du public blanc. On y retrouve un blues intense, profond, et accrocheur. Outre certaines répétitions dans les paroles ou dans le jeu des instruments durant un même morceau, l’album reste tout de même captivant du début à la fin. Plusieurs morceaux sont même empreints d’une énergie festive qui donne envie de danser, tels que Tiger in Your Tank et I’ve Got My Mojo Working ( http://www.youtube.com/watch?v=XArrdG2t4C4 ), dénaturant ainsi, pour mon plus grand bonheur, l’image que je me faisais d’une atmosphère de blues.

Bien entendu, d’autres pistes, au contraire, renforcent cette image, telles que les délectables I’ve Got My Brand on You et Goodbye Newport Blues, qui sont emplies d’une émotion aussi captivante que frissonnante. Leur rythme lent, appuyé, avec l’harmonica et le piano en arrière-plan, en font des oeuvres fort appréciables, et je me réjouis de les avoir découvertes et, donc, de pouvoir les réécouter à loisir.

Plus j’écoute d’albums de blues dans le cadre de ce défi, et plus je me dis que j’aurais peut-être mieux fait de faire un mini-défi blues avant d’entamer celui-ci. Mais bon, il ne sera pas trop tard pour le faire après…

Olympia 64 (1964) – 987 jours, 992 albums

Après ma déception face au légendaire Bob Dylan, je me suis demandé si c’était la langue qui faisait obstacle à l’émotion et au propos, même si je maîtrise aisément celle-ci, ou si c’était plutôt autre chose. Je me suis donc tourné vers l’auteur-compositeur par excellence de la culture française. Mesdames et messieurs, Jacques Brel dans Olympia 64 !

Il s’agit d’un enregistrement live (vous aurez compris où…) où Brel interprète ses plus grands classiques tels que Les BonbonsLe Plat Pays et Les Vieux. Et je dois dire que c’était bien mieux que Dylan ! Si j’oublie les arrangements musicaux auxquels, d’ailleurs, j’ai à peine porté attention, les textes sont aussi riches sentimentalement, peut-être moins riche politiquement, mais surtout, ils sont chantés avec beaucoup plus d’émotion. Lorsqu’on écoute des morceaux comme Mathilde et Madeleine http://www.youtube.com/watch?v=VtSb-piNL30 ), c’est, justement, l’interprétation hors du commun de Brel qui donne toute sa saveur, toute son intensité aux paroles de ces morceaux. On sent, à tour de rôle, la tristesse, la résignation, la joie exultante, la vulnérabilité momentanée, l’insouciance et tant d’autres émotions et états à travers la voix si vraie de Brel. On ne peut s’empêcher de vivre, avec lui, l’histoire qu’il nous raconte, qu’il nous confie, qu’il nous crie ! Avec Le Plat Pays ( http://www.youtube.com/watch?v=-5-N4Dbok34 ), on entend se côtoyer tant la nostalgie, l’âme morne et grise, que la fierté, le coeur plein de joies douces et de souvenirs.

Un autre aspect que j’adore chez Brel, c’est son humour. La mise en abîme à la fin de Madeleine, le personnage pathétique de Les Bonbons, la satire ironique de Les Bourgeois ( http://www.youtube.com/watch?v=_BFOyn8K7pg ), sont tant de moments qui m’ont fait sourire d’un sourire complice. Mais le morceau suivant, le sourire fait place à des yeux tristes et à un coeur serré. C’est ça, le génie de Brel : faire suivre le dépressif Jef au cocasse Les Bourgeois.

Seul regret : je n’aime pas les performances live. J’ai donc trouvé que Brel n’y était pas au meilleur de sa forme. Ainsi, je n’ai pas pu m’empêcher, une fois l’album terminé, d’en mettre un autre sur ma table tournante, puis un second, et de savourer le plein talent de cet artiste. Cela dit, en cherchant des extraits de l’album pour cet article, j’ai été bien obligé d’admettre que, en d’autres performances live, Brel est encore plus saisissant qu’avec seulement l’audio. Je vous conseille de jeter un coup d’oeil aux liens.

Second regret : je crois qu’il s’agit de l’un des rares, sinon le seul, album francophone des 1001 albums, ce que je trouve fort dommage. J’aurais préféré écouté 20 albums de Brel, Dassin, Aznavour et Fugain que ceux de Dylan. Mais bon, je fais surtout ce défi pour découvrir de nouvelles choses et, bien sûr, me mettre au défi.

The Genius of Ray Charles (1959) – 987 jours, 992 albums

Bon, on dirait que j’ai perdu un peu de la motivation que j’avais à la fin de mon défi jazz… Sans parler de la discipline ! Mais bon, ça me reviendra. Il faut peut-être juste un peu de temps pour m’adapter. Mais en attendant, j’ai écouté quelques albums. L’un d’eux était The Genius of Ray Charles, et vous aurez deviné l’artiste.

Pour ceux d’entre vous qui ont suivi mon défi jazz, vous vous êtes peut-être demandé pourquoi j’avais omis d’écouter quelques albums d’une telle légende. La raison en est bien simple : pour moi, Ray Charles se situe davantage dans le blues, voire même dans le R&B et le soul. Certes, la ligne est parfois mince entre le jazz et le blues, comme elle peut l’être entre le blues et le rock & roll. Cependant, il faut tout de même tracer la ligne, parfois en faisant des choix déchirants.

C’est pourquoi je m’en suis donné à coeur joie avec cet album d’une beauté inouïe. Le pire, c’est qu’avant de débuter ce défi, j’avais pensé en faire un sur le blues. J’aurais peut-être dû ! Mais outre les catégories de styles, à quoi il est important de porter l’oreille ici, c’est à la musique populaire de Charles. Dans un heureux mélange de morceaux à saveur de Big Band et d’autres étant plutôt de douces balades, il nous transporte dans une atmosphère de club des années 50, où on peut autant danser que prendre le temps de boire un bon scotch tranquillement. C’est d’ailleurs pour la seconde option que j’ai opté, en savourant, entre autres, le touchant Just for a Thrillhttp://www.youtube.com/watch?v=V3bVsOW8tsA ) et le tendre I Had to Be You, ainsi qu’un Bowmore de 12 ans d’âge. Charles nous y expose tous ses talents de chanteur, avec sa voix d’une profondeur à faire frissonner. Et je passe les douces notes pianotées…

C’est ce qu’il y a de si attrayant dans le blues et le soul, et ce virtuose le démontre bien. Même si les structures sont plutôt rigides, cela ne fait que mettre davantage l’emphase sur l’émotion et les frissons. Ça, bien entendu, c’est lorsque l’artiste sait exploiter le style. Et Ray Charles, à ne pas en douter, le sait très bien.

Étrangement, les morceaux de Big Band, à l’exception de l’énergique Let the Good Times Roll au rythme appuyé ( http://www.youtube.com/watch?v=UQZNPIhl_Ew ), m’ont laissé plus indifférent, mais ils avaient l’avantage de bien animer le reste de l’album. Pour le reste, les balades ont amplement suffis à me faire passer un bon moment. D’ailleurs, n’oubliez pas de prêter une oreille toute attentive à son interprétation du standard Come Rain or Come Shine. Vous m’en donnerez des nouvelles…