Third (1970) – 226 jours, 514 albums

Soft Machine - ThirdArt rock et jazz fusion ont plusieurs points en commun: Third de Soft Machine le montre bien. L’expérimentation musicale réalisée ici, où se mêlent les guitares électriques, les cuivres, la batterie et le synthétiseur, a le poignant du rock, la subtilité et la complexité du jazz, et l’éthéré travaillé du art rock. Il en ressort un jazz-rock rythmé, installé là où les deux genres se confondent et se complètent.

Les quatre morceaux présentés font près d’une vingtaine de minutes chacun: juste assez pour s’y plonger, pour passer d’un mouvement à l’autre sans s’arrêter. Facelift a une puissance phénoménale aux rythmes funky où de nombreux détails viennent fleurir le tout. Moon in June est habité par le piano, la voix et l’orgue du rock psychédélique anglais, avant de tomber dans une ambiance plus infernale qui rappelle le Mahavishnu OrchestraOut-Bloody-Rageous plonge dans l’éther avant de céder l’espace à un savant mélange de rock et de jazz.

Soft Machine impressionne par sa maîtrise naturelle des deux genres. Certes, ils s’agencent bien. Ici, ils ne font qu’un.

Raw Like Sushi (1989) – 278 jours, 531 albums

Neneh Cherry - Raw Like SushiNeneh Cherry s’expose dans un mélange de rap, de pop et de dance dans un album léger et facile à écouter: Raw Like Sushi.

Et le rap, c’est celui des débuts, celui qui m’a rappelé le hip hop et le funk de Future Shock de Herbie Hancock. Celui où on entend clairement les vinyles sur les planches, et l’aiguille remonter les sillons. L’artiste utilise aussi une musique dénudée, où l’électro des années 80 prend une place importante. Le tout est poli pour rendre l’album bien pop et l’alléger.

Ainsi, on écoute les morceaux sans réfléchir, et on répète en boucle les plus accrocheurs. Buffalo Stance est de ceux-là, avec ses rythmes funky. Avec Manchild, c’est l’ambiance détendue et romantique qui reste dans l’oreille. Le segmenté Heart et R&B/électro Phoney Ladies valent également l’écoute.

The World Is a Ghetto (1972) – 281 jours, 539 albums

Avec un nom de groupe comme War, on est loin de s’imaginer le mélange de R&B, de rock, de soul et d’inspirations latines qu’on retrouve sur l’album The World Is a Ghetto.

War - The World Is a Ghetto

On ne sait trop si c’est le rock qui donne du mordant au R&B ou si c’est le R&B qui rend le rock funky. Le soul n’est pas si profond non plus: il apporte simplement du relief. Des effluves latines viennent colliger le tout et se perdent dans les détails. De ces inspirations hétéroclites ressort pourtant une musique unie, homogène dans sa diversité.

Mais les doses varient d’un morceau à l’autre. The Cisco Kid donne dans le rythme, alors que Four Cornered Room donne dans le blues et que The World Is a Ghetto donne toute la place au soul. Après tout, le mouvement est propre tant au rock, au R&B qu’aux latins.

Bongo Rock (1973) – 288 jours, 552 albums

Funk et cheesy: tout est à aimer dans l’album Bongo Rock du Incredible Bongo Band. Au départ vouée à être la trame sonore d’un film d’horreur de série B, la musique de l’album mérite une reconnaissance à part entière.

Incredible Bongo Band - Bongo Rock

Avec ses bongos, son ambiance de film d’espion des années 70, ses rythmes enlevants et ses quelques morceaux qui, aussi, font sourire, pas étonnant que les grands du hip hop s’en soit inspiré, et que plusieurs fans l’écoutent en boucle. Certains morceaux mêlent avec brio le rock et les rythmes funkys des bongos, des cuivres et de l’orgue électrique, formant une ambiance électrisante et déhanchanteKiburi Part 1 a un quelque chose bien langoureux. Apache est enflammé, déchaîné.

Mais il y a aussi le côté «reprise de classiques», qui rend les choses plus comiques. La réinterprétation de Sing Sing Sing est plutôt réussi, transformant son ambiance festive en morceau de R&B lent et sensuel. Le long In-A-Gadda-Da-Vida, par contre, est assez bof, s’étendant sans raison. Et la reprise de (I Can’t get No) Satisfaction m’a bien fait rire. Là, la langueur se transforme en cheesy, et là, on voit transparaître l’ambiance de film de série B. Et cela n’est pas sans un certain charme.

Truth and Soul (1988) – 633 jours, 742 albums

Avec le temps qui passe apparaissent de nouveaux styles musicaux. Cette fois, j’ai découvert le funk metal et le ska-punk avec le groupe Fishbone et leur album Truth and Soul.

Fishbone - Truth and Soul

On dirait que ce son si particulier, si unique, apparaît tout d’un coup, sans trop de préavis, et offrant pourtant un son mature, complexe et travaillé. On prend la force du métal, mais pour le canaliser vers la funk, alors que de l’autre côté, on prend des éléments du reggae, on les accélère, on ajoute des cuivres, mais on conserve l’ambiance chaude et festive. En fait, elle devient plus festive, car on lui ajoute une énergie nouvelle et funky. Tout cela vous frappe dès le second morceau, soit Ma and Pa.

Mais juste avant, pour vous introduire à l’album, il y a Freddie’s Dead, qui débute avec une force de métal bien assumée, et qui ne laisse pas de place à la confusion. Plus loin, c’est Pouring Rain qui surprend, affichant un rythme lent et langoureux qui rappelle plutôt le R&B, alors que Bonin’ in the Boneyard nous présente un étrange mélange qui rappelle plusieurs influences, dont le art rock, le punk, le métal, et j’en passe.

Plus loin dans le morceau, il y a même de nets influences venues du hip hop et du rap. Pour aller encore plus loin, Subliminal Fascism est un grand mélange hétéroclite et psychédélique de musiques et d’influences. Bref, la musique de Fishbone n’est à l’abri de rien, offrant de tout, mais avec une cohésion remarquable. Dommage qu’un seul album du groupe soit offert ici…