Copper Blue (1992) – 278 jours, 531 albums

Sugar - Copper BlueLe guitariste et vocaliste de Hüsker Dü, Bob Mould, offre un effort dans un noise pop mêlé de grunge avec le groupe Sugar et l’album Copper Blue.

Les morceaux sont bien réalisés, mais ils manquent un peu de personnalité. Malgré la voix caractéristique du chanteur, ils ont de la difficulté à véritablement accrocher l’oreille, à l’exception de quelques uns. Fortune Teller, d’ailleurs, rappelle les meilleurs moments de Hüsker Dü. The Slim, aussi, est plutôt intéressant.

Pour le reste, il s’agit d’un noise pop sans profondeur, ou d’un grunge sans trop d’originalité. Il s’agit, certes, d’un album bien réalisé, sans défaut ou faux pas, mais qui manque également de qualités pour se démarquer. Un album qui, pour ma part, sera vite oublié.

Make Yourself (1999) – 279 jours, 536 albums

Incubus - Make YourselfSi vous ajoutez du hip hop et un peu de grunge à du métal, ça donne Make Yourself du groupe Incubus: une petite perle de nü metal.

Les voix franches et dénudées du hip hop sont parfaites pour les mélodies du métal. Le grunge semble venir simplifier un peu plus la musique, en y injectant du caractère (comme s’il en manquait!). Il en résulte des morceaux puissants, mais lisses et doux à l’oreille. Les aspérités du hip hop, du grunge ou de l’héritage punk sont aplanies par une musicalité renversante.

Malgré sa force, Nowhere Fast s’écoute sans effort, passant des moments délicats aux plus intenses. Consequence est construit sur le même gabarit, pour un effet aussi accrocheur, tout comme le morceau éponyme. When It Comes est plus inquisiteur, plus rap, mais aussi plus harmonique, plus accompli. Enfin, Drive mêle une guitare acoustique à des éléments de rap, rappelant étrangement le britpop doux et badin des The Verve et Oasis qui ont précédé, mais avec une signature qui est propre au groupe.

Queens of the Stone Age (1998) – 284 jours, 544 albums

L’arrivée du grunge ne veut pas dire la fin du métal. Et le dosage du métal dans le grunge, ou du grunge dans le métal, peut se faire dans différentes proportions. Queens of the Stone Age, premier album du groupe du même nom, prend juste assez de grunge pour donner du caractère à son heavy metal. L’influence du rock indie vient compléter avec quelques subtilités.

Queens of the Stone Age - Queens of the Stone Age

Le son du groupe est juste assez nuancé pour être unique, et juste assez près du reste pour être familier. Il en résulte des morceaux très accrocheurs. Regular John reste dans l’oreille avec ses guitares pesantes qui saturent l’espace. If Only est plus émotif et lent, mais toujours avec une puissance instrumentale. You Would Know est presque éthéré avec ses répétitions. How to Handle a Rope (A Lesson in the Lariat) est plus métallique et agressif.

L’album se termine sur I Was a Teenage Hand Model, morceau expérimental et psychédélique, pour démontrer une dernière fois que l’album est aussi méditatif. Il ne fait pas qu’aligner les morceaux à succès, mais on tombe aussi dans l’ambiance de l’album, comme une expérience. Ce côté de l’album donne une profondeur appréciable à tout l’album.

Superfuzz Bigmuff (1988) – 287 jours, 550 albums

Le grunge sombre de Mudhoney trouve aisément sa place aux côtés des grands du style. Avec une lourdeur qui rappelle le rock de garage, mais l’harmonie musicale caractéristique du heavy metal, Superfuzz Bigmuff vaut bien l’écoute.

Print

Il serait d’abord bon de mentionner que j’ai écouté la version Superfuzz Bigmuff Plus Early Singles, parue en 1990, histoire de transformer un EP en LP. Sur l’EP, NeedMudride et No One Has retiennent définitivement l’attention. Need est un bel archétype du grunge. Mudride est plus lent, insistant. No One Has penche plus vers le criard et le punk, avec une ambiance plus sèche, plus viscérale aussi.

Du côté des early singles, les morceaux semblent avoir un quelque chose de plus pop (légèrement), de plus accrocheur. Touch Me I’m Sick reste dans l’oreille, malgré sa puissance et sa hargne. Sweet Young Thing Ain’t Sweet No More tombe complètement dans le métal, avec, même, une ambiance qui se rapproche dangereusement du blues, mais avec le poids des guitares électriques et la voix révoltée du chanteur.

Live Through This (1994) – 291 jours, 554 albums

Le grunge s’entend aussi avec la voix de Courtney Love et du groupe Hole. La puissance dévastatrice de Live Through This le démontre, avec la hargne du punk, la musicalité du heavy metal et l’intransigeance du hard rock.

Hole - Live Through This

Si vous aimez l’aspect à la fois sans concession et catchy que peut avoir le grunge, vous allez apprécier cet album. Il faut par contre aimer la voix punk, sèche et hargneuse de la chanteuse. S’intéresser à l’énergie brute des morceaux sera certes plus facile, surtout avec des compositions aussi accrocheuses. Comme Violet qui ouvre l’album avec force et conviction. Ou le plus rugueux Plump. Ou l’intense Jennifer’s Body.

D’autres passages calmes, comme Doll Parts, offre également un moment de répit. C’est aussi la force du grunge: pouvoir passer de la révolte à la réflexion, au repos, à une émotion plus douce et fragile.

In Utero (1993) – 525 jours, 650 albums

Après Snoop Dogg, je suis retourné au grunge et à ses plaisirs avec Nirvana et leur album In Utero.

Nirvana - In Utero

C’est étrange d’avoir écouté autant de fois Nevermind, mais de n’avoir jamais pris le temps d’écouter le reste de la discographie du groupe. Il faut croire que la curiosité se développe et s’étend parfois de bien étrange façon. Mais avec ce défi, cela me donne le temps, et une excuse, pour écouter certains albums que je n’ai jamais pris le temps d’écouter. Celui-ci en fait partie. Et même si je connaissais déjà quelques morceaux, plusieurs autres furent de belles découvertes. L’un d’eux étant Dumb.

Bien sûr, l’atmosphère enfumée de All Apologies a également retenu mon attention, tout comme l’accrocheur et intense Rape Me. Naturellement, dans tous les morceaux, mon favori demeure l’intemporel Heart Shaped Box.

En écoutant cet album, en particulier, j’ai l’impression de mieux comprendre les raisons de la mort de Kurt Cobain. Les morceaux joués et chantés ici sont intenses, déchirants. Et tout l’album est fort de cette énergie puissante, de ce lyrisme viscéral. Alors que Nevermind était un album artistique, dans le sens où l’accent était mis sur la complexité et le détail, ici j’ai l’impression qu’il s’agit d’un album émotif. Et Cobain parvient à nous transmettre, à nous faire vivre, partiellement, cette détresse et cette déchirure.

Je ne saurais trop quoi dire d’autre… sinon que j’ai déjà bien hâte d’écouter le dernier album du groupe, MTV Unplugged in New York, également contenu dans ce défi. Mais je crois que je vais le garder de côté encore un peu, pour mieux le savourer.

Superunknown (1994) – 535 jours, 660 albums

Autre album grunge, et une belle découverte du genre : Superunknown, du surprenant groupe Soundgarden.

Soundgarden - Superunknown

L’album débute lentement, avec quelques morceaux typiques du genre, qui ont une énergie certaine, assez bruyants, et où l’on sent bien l’héritage du hard rock et du heavy metal. Mais arrivé au sixième morceau, tout à coup, on tombe sur Head Down, la perle, la révélation de l’album. Complexe, éthéré, profond, émotif, et avec un jeu de guitare, entre les paroles, qui est simplement parfait, accrocheur, et qui revient sans cesse, comme un leitmotiv, tout au long du morceau.

Ce morceau, j’ai déjà dû l’écouter une centaine de fois, en boucle, dans ma voiture, aux côtés du lyrique mais déchirant Black Hole Sun.

Il est plus lent, plus insistant dans son refrain. Après le charmant diablement accrocheur de Head Down, ce morceau nous offre un étrange répit, où l’émotion prend une autre forme, plus lente mais plus percutante. Plus loin, c’est le puissant The Day I Tried to Live qui a retenu mon attention, avec, encore une fois, le contraste saisissant entre ses moments calmes et ses moments forts, puissants, presque criés.

Le reste de l’album a bien quelques perles de plus, mais l’essentiel semble être contenu dans ces quelques morceaux. En réécoutant l’album plusieurs fois, j’ai bien fini par apprécier l’aspect accrocheur de Spoonman, le poétique et émotif Like Suicide, l’excellent Let Me Drown qui ouvre l’album, ainsi que quelques autres morceaux. Mais ceux que j’ai écoutés le plus souvent, ce sont les trois mentionnés plus haut.

Siamese Dream (1993) – 535 jours, 660 albums

Parce que ça faisait longtemps que je voulais écouter un album du groupe Smashing Pumpkins, et que le grunge est un style fascinant, j’ai écouté Siamese Dream.

The Smashing Pumpkins - Siamese Dreams

Ce n’est bien sûr pas la même chose que d’écouter du Nirvana ou du Pearl Jam, mais le rock insistant, inspiré du hard rock, la simplicité musicale, inspirée du punk, et l’atmosphère grésillante, inspirée du noise rock, sont bel et bien là. Le tout, bien sûr, avec un ton pop assez présent. Quiet en est un bon exemple, mais Today fait sortir encore davantage ce côté populaire du groupe, avec un morceau parfois doux et lent, parfois plus énergique et bruyant, mais en associant les deux de belle manière.

Un peu plus loin, Disarm ressemble à un testament de génération, percutant et touchant, même un peu épique, avec ses violons et ses cloches d’église…

Juste après vient le merveilleux Soma, où la guitare me séduit, à chaque fois, dès les douces premières notes. C’est particulièrement dans des morceaux comme ceux-là qu’on voit l’influence du noise rock, de son esthétisme, de son émotion, de sa torture jusqu’à un certain point. Luna, qui termine l’album, est même encore plus douce, plus calme que les autres. Encore une fois, un nom et un style en apparence aussi brut que le grunge permet souvent la création de musique bien profonde, contrairement à ce que certains pourraient croire… Après tout, la difficulté fait souvent de belles oeuvres.

Ten (1991) – 598 jours, 688 albums

Deuxième album de grunge écouté : Ten du groupe Pearl Jam.

Pearl Jam - Ten

Cela n’a pas été très difficile de me conquérir pour ce style : je l’appréciais depuis déjà longtemps. Et, a contrario de quelques autres styles, il m’est moins difficile de distinguer les nuances entre les groupes, les détails de leur personnalité respective, bref ce qui rend chaque groupe unique. Alors qu’avec Nirvana, c’était le vraiment la diversité et le côté intellectuel, travaillé qui retenaient mon attention, avec Pearl Jam, du moins avec cet album, c’est plutôt l’esthétisme du métal qui semble être à l’avant-plan. Pas forcément sa force ou son intensité, mais son lyrisme, son émotion. La voix étranglée, manquant de souffle aussi. Prenez Even Flow.

L’esthétisme est là, mais l’intensité parfois difficile du métal a fait place à une instrumentation plus simple, plus accessible, pour ne pas dire pop. Les morceaux s’en trouvent plus accrocheurs, plus rassembleurs aussi. Mais cela peut jouer, d’un morceau à l’autre. Deep, par exemple, est beaucoup plus intense et énergique, alors que Black offre une calme et lyrique, où les guitares électriques, la basse et la batterie ne semblent que servir de support aux élans du chanteur. Once, qui ouvre l’album, est un bien appréciable mélange des deux.

Enfin, il y a Alive, morceau plus pop, mais aussi touchant et enlevant.

Avec ces deux excellents albums, j’ai déjà peur d’arriver à la fin du grunge…

Nevermind (1991) – 607 jours, 705 albums

Voilà ce que j’attendais depuis un bon bout de temps : le grunge. Et quel meilleur album pour se plonger dans le style que l’intemporel Nevermind de Nirvana.

Nirvana - Nevermind

Je suis encore étonné lorsque je pense que l’un des premiers albums que j’ai écoutés était celui-ci. Et cela, quelque peu par hasard. À l’époque, alors que j’étais encore adolescent, c’était probablement la rage de vivre, l’énergie, mais aussi la simplicité apparente de cette musique qui m’ont séduit. Aujourd’hui, en le réécoutant, ce sont les relents du punk, du heavy métal, du hard rock, du noise qui me viennent à l’esprit. Et malgré cela, je trouve encore difficile de bien définir cette musique, cet album, ce son. Des guitares présentes, une batterie puissante, une voix profonde, rauque et viscérale : tout cela semble avoir déjà été fait. Et pourtant, juste en écoutant Smells Like Teen Spirit, on sait sans hésiter que quelques générations ont passés depuis les débuts du punk, depuis Black Sabbath, et depuis le garage rock des Velvet Underground et des Monks.

Les paroles sont peut-être énigmatiques, héritées du noise rock et du shoegaze, mais une chose est claire : « Here we are now. Entertain us!« . La génération du punk, de la désolation et de la révolte, a maintenant 10 années de plus, et celle qui est maintenant jeune et pleine de vie, celle qui crée cette musique et cette culture, a pris un autre tournant que celui du désespoir. Bien sûr, on sent une lourdeur, une obscurité dans cette musique, mais rien d’aussi noir qu’à la fin des années 70. Bien sûr, on sent une agressivité, une force intense dans cette musique, mais rien d’aussi brut que dans le heavy metal, le hard rock et leur parenté.

Quoique cela dépende des morceaux ! Si vous écoutez Breed et son ton inquisiteur, ou bien Territorial Pissings et son son sans concession, vous penserez peut-être autrement. D’ailleurs, ce dernier morceau ne m’avait jamais plu. Et aujourd’hui, je pourrait dire que c’est l’un des bons de l’album, même des très bons (car ils sont tous bons). Là, on voit bien l’héritage du métal et du hardcore punk, mais pas seulement dans la puissance; dans la subtilité aussi.

Mais si, plutôt, on prend Polly et son ton indolent, avec sa guitare acoustique tranquillement joué, ou même le rythme retenu de On a Plain, on sait également que quelque chose est différent, que ni l’émotion ni l’ambiance n’y sont les mêmes.

Pour le reste, c’est à vous de découvrir l’album, si ce n’est pas déjà fait, ou de le redécouvrir, encore et encore. Pour ma part et pour le moment, moi, je vais plutôt découvrir le reste du grunge.