Five Leaves Left (1969) – 110 jours, 474 albums

Nick Drake - Five Leaves Left (1969)Le folk personnel de Nick Drake est sensible, touchant, délicat. Five Leaves Left est un de ces petits trésors qu’on a l’impression d’ouvrir, et qui contient une quantité infinie de souvenirs uniques, nostalgiques.

La voix de Drake est douce, suave. Sa simple guitare occupe tout l’espace, mais est parfois aidée de violons, comme sur le mélancolique River Man. Si ce n’était de la voix réconfortante de Drake, on en pleurerait. Day Is Done a aussi ce charme unique, qui allie une orchestration subtile, une mélodie qui fait frissonner votre cœur et, encore, cette voix unique. On se sent démuni devant ce morceau.

Pourtant, Drake est toujours mesuré, jamais poignant. Et pourtant, votre cœur en ressort serré, serré…

After the Gold Rush (1970) – 414 jours, 590 albums

Un peu folk, un peu rock, personnel surtout : After the Gold Rush est un album doux et juste assez lyrique pour découvrir le mythique Neil Young.

Neil Young - After the Gold Rush

Neil Young est l’un des musiciens canadiens les plus respectés au monde. CBC music considère même Harvest comme le meilleur album canadien de tous les temps. Ce n’est pas peu dire ! Et comme ce défi compte plusieurs albums de l’artiste, le temps était arrivé de découvrir ce géant.

After the Gold Rush offre un son intime, personnel. Il est touchant et émotif, mais sans tomber dans le larmoyant. Young mêle d’ailleurs avec aisance ces aspects de la musique folk avec le côté plus accrocheur du rock. C’est donc un folk-rock assez puissant et rassembleur qui occupe l’album. La plupart des morceaux sont grattés sur une guitare acoustique, et on se croirait au coin du feu, une veste de laine sur les épaules, et juste assez gris pour laisser son esprit devenir nostalgique.

L’album s’ouvre avec le touchant Tell Me Why, passionné et chanté en choeur. Plus loin, Only Love Can Break Your Heart est écrit comme une valse, avec quelques notes de piano, mais surtout la guitare acoustique et la batterie, qui font penser à une chanson fredonnée simplement.

Southern Man est plus poignant, plus intense. Le morceau a d’ailleurs quelque chose de presque viscéral.

Oh, Lonesome Me touche davantage au country, mais ce n’est pas une mauvaise chose : la tristesse de Young devient bleue, nostalgique, lyrique, et aidée par l’harmonica. Enfin, When You Dance You Can Really Love ajoute une touche bien rock à l’album, avec ses guitares électriques.

Le reste de l’album laisse présager une découverte bien satisfaisante de cet artiste monumental.

Music from Big Pink (1968) – 445 jours, 594 albums

The Band : le groupe des musiciens de Bob Dylan, sans Bob Dylan. Music from Big Pink : leur premier album, un mélange de blues, de rock et de country.

The Band - Music from Big Pink

Vous connaissez mon appréciation des talents musicaux de Dylan. Pourtant, j’étais curieux d’écouter cet album. Se réclamer être le band du déjà légendaire Dylan n’est pas peu de choses. Et croire que cela est suffisant pour percer à eux seuls, comme le laisse supposer leur nom, est un orgueil qui leur revient de bon droit. Mais bon, je savais déjà que le groupe et sa musique n’avaient pas transcender les années non plus, comme je n’avais jamais entendu parler d’eux avant ce défi.

Je fus donc plutôt satisfait de leur musique, et certains morceaux sont restés dans mon oreille, mais il ne s’agit pas d’un album autrement remarquable non plus. Parmi les morceaux que j’ai retenus, The Weight est habillé de blues et de country, et de leur atmosphère lyrique, pesante et lente. Tears of Rage, qui ouvre l’album, est quant à lui plus axé sur le blues et le bleu.

Alors que Caledonia Mission tombe davantage dans le country, avec son piano de bar. L’orgue rappelle également le rock psychédélique, qui occupe une place importante sur l’album. Chest Fever l’exprime d’ailleurs très bien, avec même quelques touches qui laissent présager le hard rock.

Enfin, il y a This Wheel’s on Fire, qui rappelle même les jardins anglais dont j’ai tant parlé.

Pour le reste, il s’agit d’un bon album de blues, rock, country. Mais dans ces années, il y en a tellement, et d’excellents, que celui-ci semble passer plus inaperçu.

Rejoicing in the Hands (2004) – 479 jours, 630 albums

Avec une bonne amie à moi, j’ai décidé à la fin du mois de juin de faire une petite escapade dans la ville de Québec. (Eh oui : je suis si en retard que ça sur mes critiques ! ) Comme la route est longue, et que nous sommes tous les deux des mordus de musique, j’ai donc emporté avec moi une pile d’albums pour écouter en chemin, et pendant nos pérégrinations dans la capitale nationale. Et pour débuter le voyage, quoi de mieux qu’un bon album de indie folk ? Nous avons donc écouté Rejoicing in the Hands de Devendra Banhart.

Devendra Banhart - Rejoicing in the Hands

Avec cette voix profonde, une instrumentation simple et ce petit quelque chose indescriptible qu’apporte l’indie, l’album promet dès ses premiers instants d’être idéal pour un bon vieux roadtrip. La guitare acoustique, dans ces circonstances, est toujours une valeur sûre. This is the Way nous accueille donc sur les routes du Québec avec un soleil radieux, quelques nuages moutonneux et un sourire sur le visage.

Depuis qu’avec ce défi je me suis familiarisé au folk, j’ai appris à savourer cette simplicité, l’aspect épuré de cette musique, qui semble laisser toute la place à la subtilité et, dans beaucoup de cas, à l’émotion, vraie et bien sentie. Comme sur It’s a Sight to Behold et ses violons poignants. The Body Breaks offre son propre genre de lyrisme, plus doux, plus près de la balade, et nous montre qu’avec si peu de choses, on peut pourtant faire tant ! Will Is My Friend est un autre morceau que j’ai bien apprécié : touchant et fragile, mais assuré à la fois. Ensuite, c’est le plus joyeux This Beard Is for Siobhán qui a redonné du soleil à notre voyage.

Le reste de l’album comporte bien sûr d’autres bons moments, d’autres moments rêveurs et souriants, ou tristes et enfumés de nostalgie, mais après quelques morceaux, je dois avouer qu’on se laisse porter par l’album sans trop y réfléchir davantage. L’album ressemble à un troisième passager, assis sur la banquette arrière, qui vous accompagne sur la route, soit par son silence, soit par sa conversation désinvolte, soit par les quelques notes qu’il gratte de manière inconsciente sur sa guitare. La voiture devient moins vide, et la compagnie est toujours bonne.

OK Computer (1997) – 504 jours, 642 albums

J’ai enfin pu céder à la tentation d’écouter mon album favori de Radiohead : OK Computer. Il faut dire que c’est le seul que j’eus écouté au complet mais, même en en ayant écouté quelques autres, celui-ci, avec sa texture fascinante et sa britpop envoûtante, conserve pour toujours une place particulière dans mon coeur.

Radiohead - OK Computer

En fait, 3 morceaux en particulier me fascinent sur cet album. 3 morceaux que j’ai écouté des dizaines de fois et qui, par extension, et peu à peu, m’ont fait découvrir et apprécier le reste de l’album. Le premier, c’est l’intense Airbag.

Il est poignant, assez complexe pour qu’on s’y plonge, assez éthéré pour qu’on y flotte. Avec la voix, si caractéristique, du chanteur et son lyrisme, on se retrouve dans une nostalgie à la fois pesante et libératrice. La guitare électrique, lorsqu’elle prend les devants, est une tourmente grelottante. Bref, c’est ce morceau qui m’a fait tomber en amour avec le groupe. Celui-ci, et celui-là : Paranoid Android.

Tout de suite après un morceau énergique et insistant, on a ce morceau plus calme, posé d’abord, mais qui devient rapidement une tourmente, un lyrisme déchirant aussi. La crise s’exprime d’abord de manière contenu, mais bientôt elle explose et devient incontrôlable, ou presque, lorsque la guitare électrique vient accompagner cette tourmente.

Ensuite, il y a l’album, où s’exprime le spatial Subterranean Homesick Alien, le sobre et mesuré, non moins expressif Exit Music (For a Film), le très apprécié Karma Police pour lequel, étonnement, je ne partage pas la même passion…, puis vient le 3e morceau envoûtant de l’album (selon moi) : Electioneering.

Il n’y a pas grand chose à dire : je le trouve incroyablement accrocheur. Je pourrais l’écouter en boucle pendant des heures. Pourquoi ? Difficile à dire… Mais je l’adore, tout simplement.

Après, il y a le sombre Climbing Up the Walls et sa texture noire mais un brin reluisante, de par ses mouvements et la lumière glauque qu’elle dégage, qui s’y réfléchit. Enfin, il y a Lucky. Bref, ce ne sont pas les bons morceaux qui manquent sur cet album. Cependant, il faut aimer l’ambiance, il faut apprécier ce lyrisme, cette nostalgie, cette mélancolie profonde et collante. Sans quoi, le groupe vous apparaîtra sans saveur. Mais si, comme moi, vous êtes un grand nostalgique, il s’agit alors d’un incontournable.

In Utero (1993) – 525 jours, 650 albums

Après Snoop Dogg, je suis retourné au grunge et à ses plaisirs avec Nirvana et leur album In Utero.

Nirvana - In Utero

C’est étrange d’avoir écouté autant de fois Nevermind, mais de n’avoir jamais pris le temps d’écouter le reste de la discographie du groupe. Il faut croire que la curiosité se développe et s’étend parfois de bien étrange façon. Mais avec ce défi, cela me donne le temps, et une excuse, pour écouter certains albums que je n’ai jamais pris le temps d’écouter. Celui-ci en fait partie. Et même si je connaissais déjà quelques morceaux, plusieurs autres furent de belles découvertes. L’un d’eux étant Dumb.

Bien sûr, l’atmosphère enfumée de All Apologies a également retenu mon attention, tout comme l’accrocheur et intense Rape Me. Naturellement, dans tous les morceaux, mon favori demeure l’intemporel Heart Shaped Box.

En écoutant cet album, en particulier, j’ai l’impression de mieux comprendre les raisons de la mort de Kurt Cobain. Les morceaux joués et chantés ici sont intenses, déchirants. Et tout l’album est fort de cette énergie puissante, de ce lyrisme viscéral. Alors que Nevermind était un album artistique, dans le sens où l’accent était mis sur la complexité et le détail, ici j’ai l’impression qu’il s’agit d’un album émotif. Et Cobain parvient à nous transmettre, à nous faire vivre, partiellement, cette détresse et cette déchirure.

Je ne saurais trop quoi dire d’autre… sinon que j’ai déjà bien hâte d’écouter le dernier album du groupe, MTV Unplugged in New York, également contenu dans ce défi. Mais je crois que je vais le garder de côté encore un peu, pour mieux le savourer.

Ten (1991) – 598 jours, 688 albums

Deuxième album de grunge écouté : Ten du groupe Pearl Jam.

Pearl Jam - Ten

Cela n’a pas été très difficile de me conquérir pour ce style : je l’appréciais depuis déjà longtemps. Et, a contrario de quelques autres styles, il m’est moins difficile de distinguer les nuances entre les groupes, les détails de leur personnalité respective, bref ce qui rend chaque groupe unique. Alors qu’avec Nirvana, c’était le vraiment la diversité et le côté intellectuel, travaillé qui retenaient mon attention, avec Pearl Jam, du moins avec cet album, c’est plutôt l’esthétisme du métal qui semble être à l’avant-plan. Pas forcément sa force ou son intensité, mais son lyrisme, son émotion. La voix étranglée, manquant de souffle aussi. Prenez Even Flow.

L’esthétisme est là, mais l’intensité parfois difficile du métal a fait place à une instrumentation plus simple, plus accessible, pour ne pas dire pop. Les morceaux s’en trouvent plus accrocheurs, plus rassembleurs aussi. Mais cela peut jouer, d’un morceau à l’autre. Deep, par exemple, est beaucoup plus intense et énergique, alors que Black offre une calme et lyrique, où les guitares électriques, la basse et la batterie ne semblent que servir de support aux élans du chanteur. Once, qui ouvre l’album, est un bien appréciable mélange des deux.

Enfin, il y a Alive, morceau plus pop, mais aussi touchant et enlevant.

Avec ces deux excellents albums, j’ai déjà peur d’arriver à la fin du grunge…