In a Silent Way (1969) – 228 jours, 518 albums

Miles Davis - In a Silent WayLe jazz de Miles Davis a autant de formes qu’il n’est incontournable. Dans son exploration du jazz-rock et du jazz fusion qui précède l’immense Bitches Brew, l’album In a Sillent Way est un échantillon fascinant de cette constante mutation.

On est déjà loin du hard bop qu’il a tant contribué à façonner: les airs sont plus lointains, et les instruments, plus aériens. Certains passages ont plus de mordant, s’inscrivant dans le rock et laissant présager A Tribute to Jack Johnson, mais la plupart sont introspectifs, méditatifs. Le vaudou de Bitches Brew n’y est pas encore, et en ce sens, l’album est plus céleste et vaporeux qu’il n’est réellement habité par les musiciens.

Sur les deux morceaux/quatre mouvements de l’album, on se laisse porter par le flot. On entend presque l’eau clapoter autour de la barque musicale et on voit la lumière des étoiles se refléter dans les ondes. Et si l’on porte attention, le décor offre, comme toujours, une quantité immense de détails.

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Shaka Zulu (1987) – 229 jours, 520 albums

Ladysmith Black Mambazo - Shaka ZuluLes voix a capella et africains de Ladysmith Black Mambazo sont d’une douceur exquise, avec une touche étrangère. Alors que ce timbre de voix, noir, est souvent associé à des rythmes tribaux, festifs ou enflammés, l’ambiance ici est simple, épurée, et presque mielleuse. L’impression est presque celle d’un chant classique.

On se laisse habiter par les mélodies qui ressemblent à des incantations, à la fois méditatives sous les voix plus graves, et célestes sous celles plus clairs. Les deux types ne mettent en scène que la terre et le ciel.

À travers les morceaux, cette forme musicale perd toutefois de sa fraîcheur: les morceaux se confondent et se perdent. Cette répétition devient quelque peu blasant vers la fin de l’album, où on finit par écouter d’une oreille que distraite.

Parfait pour les amateurs d’a capella, fascinant pour quelques morceaux, mais sans plus.

Nowhere (1990) – 278 jours, 531 albums

Ride - NowhereLivré un concert la tête basse, en fixant ses souliers et en se dandinant sur scène (ce qu’on appelle le shoegaze) semble avoir un effet mystique sur les artistes. L’album enfumé, éthéré et méditatif Nowhere de Ride en est un exemple probant.

C’est le noise qui crée cet écran de fumée. En saturant l’espace de sons, de grésillements et de guitares, la musique forme une sorte de voile, de trame sur laquelle s’inscrivent les détails. Avec une voix éloignée et en écho et des dissonances dans les instruments, l’effet est saisissant.

Seagull parvient à concentrer cet effet de manière époustouflante, en accumulant les couches musicales l’une par-dessus l’autre, et Kaleidoscope reprend l’exploit dans une mesure moindre mais aussi satisfaisante. Dreams Burn Down se concentre davantage sur l’éther et le mystique.

Il n’y a que dans le noise que l’on peut retrouve un rock à la fois musclé et rêveur, à la fois terrestre et rude, et céleste et doux. Ride n’échappe pas à la règle.

Millions Now Living Will Never Die (1996) – 279 jours, 536 albums

Tortoise - Millions Now Living Will Never DieTortoise vous livre des paysages éthérées et complexes de post-rock, qui se dévoilent devant vos yeux dans tous leurs détails. Millions Now Living Will Never Die est une longue expérience contemplative qui mérite d’être admirée.

Djed se développe sur 20 longues minutes, construit par des répétitions électroniques, des vagues de sons oscillantes, des notes de vibraphone et des millions d’autres détails qui se perdent dans les filets d’une aurore boréale sonore. Car il s’agit presque d’un voile fin qui s’agite au vent: délicat et mystérieux. Avec Glass Museum, on se retrouve dans un véritable palais de verre, où le verre teinte et la lumière miroite, avec quelques notes de rock. Sur Along the Bank of the River, l’ambiance est presque jazz, rappelant les pièces méditatives fusion du Pat Metheny Group. La batterie, derrière, fait scintiller le morceau.

Le post-rock étonne encore, dans sa capacité à jumeler les inspirations sans heurts, à tailler les détails sans faute, avec minutie et patience. Tortoise n’échappe à la règle et réalise un fin diamant avec cet album doux et relaxante, et ces morceaux finement ciselés.

Playing with Fire (1989) – 291 jours, 554 albums

Spacemen 3 réinvente le space rock, avec son album Playing with Fire. Le groupe reprend ce mélange éthéré et psychédélique inauguré par Pink Floyd, Hawkwind et consorts, en ajoutant des influences d’ambient, d’électro et un peu d’expérimentation. Les voyages spatiaux des années 70 se transforment en séances méditatives, lentes et hypnotiques.

Spacemen 3 - Playing with Fire

Le groupe remet au goût du jour ces ambiances oubliées, qui méritent d’être visitées de nouveau. On se perd dans ces morceaux, dans ces explorations musicales. How Does It Feel? joue sur la répétition, avec un rythme lent et méditatif, agrémenté d’électro et d’éléments hétéroclites. Sur Let Me Down Gently, la musique est encore plus dénudée, se concentrant sur le voile éthéré, sur une simple trame sur laquelle quelques éléments naviguent. Alors que Suicide est plus intense, offrant plutôt un mur de son qui rappelle la violence du punk, ou la guitare acérée du hard rock. Che, enfin, s’avance davantage dans le néo-psychédélique, où les éléments se mêlent, se confondent, et parfois ressortent du lot.

Certains moments sont unis et centrés. D’autres sont décousus, semblent se terminer abruptement, créant un sentiment d’incomplétude, de manque, qui n’est pas désagréable. Mais l’essentiel participe d’un seul album et forme un tout reconnaissable: une signature du groupe. Dommage qu’elle n’apparaîtra plus durant ce défi…

Call of the Valley (1967) – 407 jours, 577 albums

Pour revenir de l’Abitibi-Témiscamingue et franchir les bois sombres du parc de La Vérendrye, l’ambiance indienne parfois rythmée et parfois méditative de Call of the Valley nous a accompagnés, mes passagers et moi, après le coucher du soleil. Cette œuvre de Shivkumar Sharma, Brijbushan Kabra et Hariprasad Chaurasia est un classique de son genre.

Shivkumar Sharma, Brijbushan Kabra et Hariprasad Chaurasia - Call of the Valley

Comme The Sounds of India, il s’agit d’un authentique album indien. Les ragas de celui-ci sont mêmes de véritables classiques, inspirés de la tradition indienne. Il s’agit d’ailleurs d’un des rares albums de musique du monde contenu dans ce défi, qui est centré davantage autour de la musique anglophone et de celle qui en découle. Call of the Valley ressemble a un petit oasis dans ce déferlement d’albums occidentaux. Il y a une fraîcheur dans ces instruments, dans cette musique exotique, détaillée à souhait, un brin éthérée, amplement méditative.

Décrire la musique indienne traditionnelle est un exercice futile si vous n’en avez jamais écouté. Et comme je n’en ai écouté que peu, l’exercice serait tout aussi vain si je m’aventurerais à détailler les particularités propres à l’album. Il est suffisant de dire que l’album, et son style, m’ont charmé. On plonge dans ces paysages étrangers avec grâce, en fermant les yeux (sauf en conduisant) et on se laisse porter par ses vagues.

Peu de temps après la fin de cet album, nous étions de retour chez nous.

Ambient 1: Music for Airports (1978) – 412 jours, 588 albums

Ambiance éthérée, piano en écho, notes parcimonieuses : l’album Ambient 1: Music for Airports de Brian Eno fut parfait pour traverser les hauts conifères du parc de La Vérendry et prendre un moment de calme, la ville déjà loin derrière nous.

Brian Eno - Ambient 1 - Music for Airports

On dit qu’Eno a inventé le ambient. Ce n’est pas totalement le cas, mais disons que le style serait peu de choses sans son apport. Ambient 1… est d’ailleurs un tour de force à cet égard. Il offre de longs paysages aériens, de près d’une dizaine de minutes chacun, qui se peignent de manière douce et légère. La musique ressemble à de longs filaments de nuages, qu’on regarde passer lentement, poussés par le vent. Les thèmes des morceaux sont plutôt répétitifs, mais ils en deviennent hypnotiques. L’album est d’abord contemplatif, et serait parfait pour vos séances de méditation.

Plongez dedans avec le piano éthéré et relaxant de 1/1, le premier morceau de l’album.

La lenteur et la simplicité de se morceau me semblent époustouflants. On peut créer une ambiance si riche et si enveloppante avec pourtant si peu de choses.