In a Silent Way (1969) – 228 jours, 518 albums

Miles Davis - In a Silent WayLe jazz de Miles Davis a autant de formes qu’il n’est incontournable. Dans son exploration du jazz-rock et du jazz fusion qui précède l’immense Bitches Brew, l’album In a Sillent Way est un échantillon fascinant de cette constante mutation.

On est déjà loin du hard bop qu’il a tant contribué à façonner: les airs sont plus lointains, et les instruments, plus aériens. Certains passages ont plus de mordant, s’inscrivant dans le rock et laissant présager A Tribute to Jack Johnson, mais la plupart sont introspectifs, méditatifs. Le vaudou de Bitches Brew n’y est pas encore, et en ce sens, l’album est plus céleste et vaporeux qu’il n’est réellement habité par les musiciens.

Sur les deux morceaux/quatre mouvements de l’album, on se laisse porter par le flot. On entend presque l’eau clapoter autour de la barque musicale et on voit la lumière des étoiles se refléter dans les ondes. Et si l’on porte attention, le décor offre, comme toujours, une quantité immense de détails.

Publicités

Kind of Blue (1959) – 412 jours, 588 albums

On ne connaît pas le jazz si on ne connaît pas le hard bop. Et on ne connaît pas le hard bop sans connaître Miles Davis. Et pour connaître Miles Davis, il faut avoir écouté Kind of Blue. Bref, tout le jazz semble être contenu dans cet album. C’est, selon moi, où tout commence, et où on revient toujours.

Miles Davis - Kind of Blue

Ma copine ne connaît rien au jazz. Et moi, vous savez peut-être que j’ai écouté 365 albums de jazz en moins d’un an. Il était indispensable que je partage cette passion avec elle. Je ne pouvais imaginer un meilleur point de départ que Kind of Blue, cet album mythique, pierre angulaire de trop de courants du jazz. C’est à la fois une quintessence et un début. Il m’a donc pris beaucoup de patience pour ne pas réécouter cet album tout de suite en débutant ce nouveau défi. Mais pourquoi insisté autant sur un seul album ? Qu’a-t-il de si spécial, de si unique ?

D’abord, les musiciens derrière l’album. Ce n’est pas que Miles Davis, ce colosse du jazz, derrière la trompette. Il y a aussi John Coltrane au saxophone ténor, Cannonball Adderley au saxophone alto, Bill Evans au piano, Paul Chambers à la basse et Jimmy Cobb à la batterie. Il s’agit de maîtres du style, en groupe ou en solo, qui ont façonné le hard bop.

Ensuite, la musique. Tout du hard bop est présent dans cet album, et dans sa meilleure expression. Les touches jazzys, mêlées au retour de la soul et du blues, avec une émotion intense, viscérale, mais contrôlée, tenue en laisse pour mieux qu’elle ne s’exprime, et avec la douceur des thèmes, leur élégance et leur raffinement : tout y est. Puisque, bien sûr, le tout est livré par les meilleurs musiciens du style et de l’époque, qui jouent de manière presque télépathique (n’oublions pas que de grands pans de ces morceaux sont improvisés !)

Donc, si vous souhaitez vous initiez au jazz, c’est ici qu’il faut commencer, avec des morceaux comme So What, même si chaque moment de cet album vaut votre attention.

Quoique Freddie Freeloader occupe toujours une place de choix dans mon coeur.

Birth of the Cool (1957) – 469 jours, 626 albums

A suivi un autre album de jazz, cette fois de cool jazz, soit Birth of the Cool du légendaire Miles Davis.

Miles Davis - Birth of the Cool

Miles Davis est littéralement une légende du jazz. Il a créé ou participé à la création de bon nombre de styles de jazz, et il a aidé à les définir et à ainsi pousser le jazz plus loin. Le cool est l’un de ces styles auxquels il a donné naissance et forme. Le cool, c’est comme le bop, mais en plus détendu, en plus senti et profond. En plus cool, bref. C’est un peu le pont entre la virtuosité sans âme du bop et le retour au soul et au blues du hard bop : c’est un style transitoire, mais qui a son propre charme et ses propres adeptes. J’en suis à demi, mais cet album me séduit à chaque fois, et ne me déçoit que par sa longueur trop courte. Mais 40 minutes à peine, et un nouveau genre est né : c’est ça le génie de Davis.

Encore une fois, l’album s’écoute d’un seul coup, en se perdant dans son ambiance et dans ses propres pensées. Définir des morceaux particuliers est donc, encore une fois, ardu. Jeru serait par contre un bon moment à vivre.

Mais sinon, il faudrait vraiment écouter l’album lui-même pour se plonger dans le style. Et pour débuter dans le jazz en général, ça peut également être un bon point de départ.

Bitches Brew (1970) – 825 jours, 913 albums

Ensuite, comme la route s’annonçait encore longue, j’ai décidé de prendre le temps de réécouter un album assez significatif par sa longueur, et ainsi de le faire découvrir à mon compagnon de voyage par la même occasion. Il s’agissait de Bitches Brew, du colossal Miles Davis.

Une fois n’est pas coutume, je vous mets également l’envers de la pochette de l’album.

En temps voulut, vous remarquerez peut-être une certaine ressemblance avec une autre pochette d’album, celle d’un certain Santana, parut la même année, et qui viendra plus tard dans ce défi.

Bitches Brew, c’est l’album fondateur du jazz fusion. Sans forcément être le premier, il est définitivement un incontournable, duquel on retrouve ensuite l’influence et l’inspiration dans une kyrielle d’albums du même style qui ont suivi. Bitches Brew, c’est aussi un long voyage initiatique de près de 2 heures, si on y inclut les alternate takes. On se plonge rapidement dans cette ambiance profonde, éthérée, qui se développe au fil de ce temps infini, de ces notes longues et languissantes, de ces improvisations étudiées. Avec Bitches Brew, on prend le temps de tout entendre, de tout comprendre, de tout expliquer.

J’ignore si cet album est aussi percutant et révélateur pour les néophytes du style ou même du jazz. Mais il est certes moins percutant et moins enveloppant si on l’écoute distraitement, comme ce fut le cas pour ma seconde écoute. Il faut vraiment s’y plonger, s’y recueillir presque.

Il est par ailleurs difficile d’en segmenter l’écoute. Le tout s’écoute d’un seul coup, comme un long morceau aux diverses variations, au fil du temps. Je ne vous donnerai donc à écouter que le premier morceau, soit Pharaoh’s Dance :

Ensuite, le reste suit tout naturellement.