Band on the Run (1973) – 383 jours, 559 albums

La fin des Beatles ne voulait pas dire la fin de la musique, et certainement pas pour un homme tel que Paul McCartney. Si on ne pouvait nommer qu’une preuve tangible de son talent en tant qu’artiste solo, on nommerait Band on the Run du groupe Wings. Avec une telle merveille musicale, alliant les restes du rock psychédélique, la composition accrocheuse de l’ex-Beatle et un soft rock qui n’a rien de reposant, on croit, le temps de cet album, que la dissolution des Beatles était, au final, une bonne chose.

Wings - Band on the Run

Chef-d’œuvre et incontournable seraient ici des euphémismes, à mon avis. Peu d’albums sont de la trempe de celui-ci. Le morceau éponyme qui ouvre l’album, par exemple, comporte plusieurs mouvements, et chacun est réalisé avec brio et aurait pu former un morceau entier à lui seul. Mais mis ensemble, ils forment une sorte de symphonie rock des plus accrocheuses et des plus élégantes. Je vous laisse vous en délecter.

Jet est un succès instantané et est diablement accrocheur. Certainement, Sir McCartney n’a aucune difficulté à composer des succès, seul ou en groupe. Jet a quelque chose de rafraîchissant, de passionnant. En l’écoutant, on sent l’air passer dans nos cheveux, comme si on l’écoutait à toute vitesse.

Bien que tous les morceaux valent la peine, j’ai un faible pour Nineteen Hundred and Eighty Five qui termine l’album avec force, assurance et émotion.

L’explosion musicale qui termine le morceau est simplement délicieuse.

Autre moment savoureux : la deuxième partie de Picasso’s Last Words (Drink to Me), qui est un medley de tous les morceaux de l’album, comme une grande récapitulation avant de mettre la clé dans la porte. On en redécouvre alors toutes les subtilités et toutes les beautés.

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Revolver (1966) – 412 jours, 588 albums

L’exploration musicale parfaitement orchestrée de Revolver des Beatles est une pierre angulaire de la musique populaire moderne. Le rock & roll, le classique, la musique indienne, la pop et même la comptine ont tous voix au chapitre dans cet orgie de rock psychédélique devenu un incontournable.

The Beatles - Revolver

Il s’agit d’un autre classique cher à mon coeur que j’ai décidé de réécouter durant les longues routes menant à Rouyn-Noranda. Car on peut argumenter sur le meilleur album des Beatles, mais non pas sur l’importance du groupe. Et malgré les débats, Revolver arrive dans les premiers rangs : trop de moments inoubliables, empreints de l’audace et du génie du groupe, s’y trouvent.

L’album s’ouvre avec le puissant et accrocheur Taxman de George Harrison. Le rythme est très appuyé, devant presque funky, alors que le chant est simplement génial, avec l’ironie parfaite du texte. Eleanor Rigby offre plutôt un paysage mélancolique, sombre, agrémenté de violons lyriques à souhait : preuve que les Fab Four maîtrisent tous les styles.

Le paysage indien et psychédélique de Love You To, encore de Harrison, nous transporte dans un monde éthéré et planant. Le mariage des styles est réussi avec subtilité et brio. L’indémodable Yellow Submarine offre une comptine étrange et colorée, narrée par la voix plus grave de Ringo Starr. Mais c’est Tomorrow Never Knows qui est le plus déjanté des morceaux, avec ses segments joués à l’envers, ses extraits du livre des morts tibétain et son paysage franchement psychédélique et éclaté : un chef-d’oeuvre de John Lennon.

Et là, je passe beaucoup de morceaux tout aussi exquis.

À ce titre, pourquoi n’ai-je pas encore écouté le légendaire Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ? Je me réserve ce joyau pour mon 500e album, rien de moins.

McCartney (1970) – 800 jours, 888 albums

J’ai l’impression que les 4 prochains albums que j’ai écoutés s’inscrivent à la croisée bien précise de deux époques : la fin de l’une, et le début d’une autre. Le premier d’entre eux est le premier album solo de Paul McCartney, sobrement intitulé McCartney.

Avec cet album, comme avec les autres premiers albums solos des anciens Beatles, se terminent véritablement les années 60, les sixties. Déjà, ici, on sent une différence dans la musique, dans ce qui inspire l’homme qui, avec quelques autres, a inspiré toute une génération. Déjà, la musique est moins raffinée par moments, moins polie et lustrée. Elle nous semble aussi plus franche, plus fraîche. Cela ne devient pas pour autant du rock de garage, mais on sent néanmoins que le psychédélique se transforme en art rock, que le hard rock va bientôt faire sa place, et que les Velvet Underground des dernières années ont déjà marqué l’imaginaire musical et ont repoussé ses possibilités. Ici, c’est Momma Miss America qui en serait le meilleur exemple.

Mais malgré ses nouveaux essais musicaux et l’exploitation de sa liberté nouvelle, McCartney réussit tout de même à nous faire quelques classiques, quelques chefs-d’oeuvre devenus intemporels. Every Night est l’un de mes préférés, mais Maybe I’m Amazed est définitivement le plus remarquable.

Cela en fait donc un album aux multiples facettes, aux joyaux insoupçonnés. On y sent une étrange maturité, une étrange maîtrise dans ce renouveau de l’artiste. Je salive déjà à l’idée d’entamer les années Wings ! Car déjà ici, McCartney sait bien balancer cette audace jeune et ce talent devenu inné à faire de la bonne musique.