Come On Feel the Illinoise (2005) – 224 jours, 509 albums

Sufjan Stevens - Come On Feel the IllinoiseUn monde de rêveries et de couleurs, teinté de chamber pop aux violons et à l’instrumentation classique et de folk-rock indie: c’est ce qu’offre Sufjan Stevens sur son album Come On Feel the Illinoise (ou Illinoise pour les intimes). Une musique personnelle et intime. Une perle à découvrir.

Le folk mesuré de Jacksonville m’a fait rêver de grands chemins, de prairies et de soirées à la campagne. Chicago m’a donné des frissons avec ses violons et sa voix à fleur de peau. La composition a un quelque chose de rêveur, de fabuleux, de divin. Le morceau ressemble à une confession innocente et à une aventure épique à la fois.

Et que dire du piano! Il traverse tout l’album avec ses notes claires, ses accords bleus, son jeu parfois joyeux, parfois mélancolique. Il expose toute sa splendeur dans le frissonnant The Seer’s Tower: un morceau qui m’a tiré quelques larmes.

Tout l’album est une merveille, un sac au trésor où se cachent des rêves, des couleurs (souvent bleues), des cieux au crépuscule ou à l’aube. Il est habité milliers d’instruments: autant de violons, de vibraphones, de tambours, de guitares, de chant qu’il est possible d’en rêver. Il séduit dès le piano mélancolique de Concerning the UFO Sighting Near Highland, Illinois, et nous transporte tout l’album durant, sans jamais nous laisser retomber au sol. On se sent un peu comme Peter Pan, qui aurait connu une peine d’amour.

En bonus:

The Stranger (1977) – 688 jours, 812 albums

Après autant d’énergie brute, d’instruments bruyants et d’agressivité vocalisée, j’avais envi de quelque chose de plus doux, de plus calme. J’ai opté pour Billy Joel et son album The Stranger.

Billy Joel - The Stranger

Il peut parfois être facile d’oublier qu’il se passait autre chose dans l’univers de la musique, à cette époque. Pourtant, force est de constater que la musique psychédélique et populaire des années 60 a aussi fait un autre enfant : le soft rock. Ici, Joel reprend ce qui a fait le succès des Beatles et d’autres groupes semblables et transpose ces éléments à la saveur du jour, au contexte musical et aux attentes de l’époque. Déjà, la pop commence à s’immortaliser, à se rendre intemporelle. Malheureusement, elle semble, par la même occasion, se vider un peu de sa substance et de son sens. Mais rassurez-vous : nous ne sommes pas encore arrivés à ce que je crains déjà de rencontrer dans une décennie ou deux, à peine. Ici, Joel conserve encore un charme et un attrait particulier.

Vienna, par exemple, a ce petit quelque chose des balades nous semblent qui ne vieilliront jamais. Movin’ Out (Anthony’s Song), de son côté, à ce rythme appuyé et ce refrain accrocheur qui restent en mémoire. She’s Always a Woman expose tous les talents de pianiste de l’artiste dans un morceau auquel on ne peut pas vraiment reprocher d’être vide.

L’émotion est trop présente, et le piano est trop pur pour être contraints par des impératifs passagers, par la mode ou la particularité d’une époque. J’imagine que c’est tout le talent de Joel, que je pourrai approfondir un peu plus avec quelques autres albums : celui de mêler tous ces éléments avec talent; celui de passer inaperçu et d’être immortel à la fois.

Neu! ’75 (1975) – 774 jours, 852 albums

Un certain album de kraut rock me tentait depuis déjà quelques temps. Il était sur ma liste d’écoute, mais l’année semblait trop lointaine, encore. Comme je me suis désormais pleinement lancé dans l’époque, et que j’ai écouté quelques albums du style qui le précédait, je me suis enfin permis d’écouter Neu! ’75 du groupe Neu!.

J’ai l’impression que plus on avance dans le temps, moins la musique électronique a de place dans ce style, et plus il perd de sa froideur et de son aspect presque mécanique. Cela, naturellement, dépend des groupes et des albums, mais ici par exemple, les ambiances m’ont semblé tellement calmes et relaxantes, avec des sons d’ailleurs et pris d’autres styles, comme le art rock, que l’essence du style me semblait différente. Étrangement, en écoutant davantage de ambient et de kraut rock, j’ai de plus de plus de difficulté à démarquer les deux.

À travers tout l’album, donc, le mélange est fréquent et semble aisé entre les sonorités électroniques et les instruments plus physiques, comme le piano, la guitare électrique ou la batterie. Isi ouvre par ailleurs l’album avec quelques notes de piano. La suite devient rapidement éthérée et rythmée comme on peut s’y attendre, mais le piano reste, en fond, et occupant même une partie de la scène.

C’est vraiment à partir de Hero que le kraut rock peut vraiment commencer, et que l’album devient, à mon avis, plus intéressant. Si l’on s’attend à entendre du kraut rock, bien sûr. Le rythme devient plus soutenu, et une voix de style punk s’intègre à la mélodie, avec sa distance et son manque de vigueur. E-Musik reprend ensuite cette atmosphère avec un peu plus d’énergie et de style.

Le son et l’ambiance prennent le temps de se développer, de nous envelopper. Et après quelques morceaux, on s’est également habitué à la présence du piano, alors que cette fois il est davantage en arrière-plan. Le morceau est certes plus répétitif, mais n’est-ce pas justement l’apanage du style ? Un peu comme avec du jazz, on semble ici explorer, en prenant notre temps, le thème qui nous est présenté.

Enfin, After Eight clôture l’album avec une guitare électrique insistante et agressive, mais accompagnée toujours du même piano, ainsi que de voix lointaines et désincarnées, créant une étrange atmosphère à fois terre-à-terre et éthérée. Étrange façon de terminer un album…

The Genius of Ray Charles (1959) – 987 jours, 992 albums

Bon, on dirait que j’ai perdu un peu de la motivation que j’avais à la fin de mon défi jazz… Sans parler de la discipline ! Mais bon, ça me reviendra. Il faut peut-être juste un peu de temps pour m’adapter. Mais en attendant, j’ai écouté quelques albums. L’un d’eux était The Genius of Ray Charles, et vous aurez deviné l’artiste.

Pour ceux d’entre vous qui ont suivi mon défi jazz, vous vous êtes peut-être demandé pourquoi j’avais omis d’écouter quelques albums d’une telle légende. La raison en est bien simple : pour moi, Ray Charles se situe davantage dans le blues, voire même dans le R&B et le soul. Certes, la ligne est parfois mince entre le jazz et le blues, comme elle peut l’être entre le blues et le rock & roll. Cependant, il faut tout de même tracer la ligne, parfois en faisant des choix déchirants.

C’est pourquoi je m’en suis donné à coeur joie avec cet album d’une beauté inouïe. Le pire, c’est qu’avant de débuter ce défi, j’avais pensé en faire un sur le blues. J’aurais peut-être dû ! Mais outre les catégories de styles, à quoi il est important de porter l’oreille ici, c’est à la musique populaire de Charles. Dans un heureux mélange de morceaux à saveur de Big Band et d’autres étant plutôt de douces balades, il nous transporte dans une atmosphère de club des années 50, où on peut autant danser que prendre le temps de boire un bon scotch tranquillement. C’est d’ailleurs pour la seconde option que j’ai opté, en savourant, entre autres, le touchant Just for a Thrillhttp://www.youtube.com/watch?v=V3bVsOW8tsA ) et le tendre I Had to Be You, ainsi qu’un Bowmore de 12 ans d’âge. Charles nous y expose tous ses talents de chanteur, avec sa voix d’une profondeur à faire frissonner. Et je passe les douces notes pianotées…

C’est ce qu’il y a de si attrayant dans le blues et le soul, et ce virtuose le démontre bien. Même si les structures sont plutôt rigides, cela ne fait que mettre davantage l’emphase sur l’émotion et les frissons. Ça, bien entendu, c’est lorsque l’artiste sait exploiter le style. Et Ray Charles, à ne pas en douter, le sait très bien.

Étrangement, les morceaux de Big Band, à l’exception de l’énergique Let the Good Times Roll au rythme appuyé ( http://www.youtube.com/watch?v=UQZNPIhl_Ew ), m’ont laissé plus indifférent, mais ils avaient l’avantage de bien animer le reste de l’album. Pour le reste, les balades ont amplement suffis à me faire passer un bon moment. D’ailleurs, n’oubliez pas de prêter une oreille toute attentive à son interprétation du standard Come Rain or Come Shine. Vous m’en donnerez des nouvelles…