Five Leaves Left (1969) – 110 jours, 474 albums

Nick Drake - Five Leaves Left (1969)Le folk personnel de Nick Drake est sensible, touchant, délicat. Five Leaves Left est un de ces petits trésors qu’on a l’impression d’ouvrir, et qui contient une quantité infinie de souvenirs uniques, nostalgiques.

La voix de Drake est douce, suave. Sa simple guitare occupe tout l’espace, mais est parfois aidée de violons, comme sur le mélancolique River Man. Si ce n’était de la voix réconfortante de Drake, on en pleurerait. Day Is Done a aussi ce charme unique, qui allie une orchestration subtile, une mélodie qui fait frissonner votre cœur et, encore, cette voix unique. On se sent démuni devant ce morceau.

Pourtant, Drake est toujours mesuré, jamais poignant. Et pourtant, votre cœur en ressort serré, serré…

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Either/Or (1997) – 477 jours, 630 albums

Sans trop changer de style, mais tout de même en écoutant quelque chose de différent, j’ai mis dans mes oreilles l’album indie et sadcore de Elliott Smith Either/Or.

Elliott Smith - Either Or

Le sadcore, c’est une musique sombre, dépressive, alimentée par la guitare acoustique et sa texture, et par cette touche si unique du indie. Le rythme est lent, pesé. Mais on ne tombe pas dans la déchirure de l’âme non plus. C’est une sorte de dépression douce, lente, calme, qui me rappelle les paysages glauques et sombre du goth rock, mais en plus pop, en plus folk, et avec cette énergie personnelle apportée par le indie. Premier morceau marquant de l’album : Speed Trials.

Je le trouve accrocheur et mémorable. Et tout l’album a cette atmosphère pesante, un peu larmoyante et étouffée, qui est d’une beauté époustouflante. Plus loin, c’est Pictures of Me qu’il ne faut pas rater.

Il est plus énergique, plus mordant, et je pourrais l’écouter en boucle des heures durant. Enfin, Cupid’s Trick est quant à lui poignant, nous touchant droit au coeur.

Il y a en anglais une expression qui définit parfaitement cette musique : hauntingly beautiful. Une beauté qui hante, qui nous possède et nous obsède. Voilà comment je définirais Elliott Smith, à la lumière de cet album.

Want Two (2004) – 477 jours, 630 albums

Dernier album écouté lors de ce voyage à Québec : Want Two de Rufus Wainwright.

Rufus Wainwright - Want Two

Depuis le temps que je souhaitais écouter la musique de cet artiste, je me le suis enfin permis. Car ce n’était pas la première fois que j’entendais parler de Wainwright, ou des Wainwright en famille. Ne pas connaître la musique de Rufus était donc une lacune fort inconfortable pour moi. Désormais, ce n’est plus le cas. Et désormais, je suis séduit, comme beaucoup d’autres, par cette musique touchante et sensuelle, hétéroclite et fascinante, rêveuse et éthérée, juste assez. Bref, du chamber pop, comme on l’aime, mais avec une touche presque britannique, qui n’est pas sans rappeler le britpop que j’affectionne tant.

Après un chant incantatoire un peu troublant, l’album s’ouvre véritablement avec le morceau The One You Love qui est accrocheur, séduisant, doux, et qui, encore une fois, rappelle un jardin anglais particulièrement lumineux.

Un peu plus loin, Little Sister s’ouvre même avec des violons et une structure classique qui renforcent cette image si particulière, un peu baroque et anglaise, qui me fascine tant. The Art Teacher reprend d’ailleurs cette ambiance, mais de manière encore plus exquise et poignante.

Et tout l’album fourmille de ces petites perles brillantes, qu’on ne peut pas toutes saisir en une seule écoute de l’album. Malgré nos efforts, elles semblent se défiler entre nos doigts, comme des notes insaisissables, et qui demandent une attention toute particulière pour se laisser prendre et se dévoiler. This Love Affair est lyrique et mélancolique, Gay Messiah donne plutôt dans l’acoustique, mais ne se prive pas de violons et d’émotion aussi poignante, alors que Waiting for a Dream est plus mystérieux et éthéré.

Bref, un album ne sera pas assez non plus pour pleinement découvrir les multiples facettes de cet artiste fascinant. D’autres devront suivre, mais en parallèle de ce défi.

Imperial Bedroom (1982) – 651 jours, 775 albums

Je vois un peu Elvis Costello comme l’autre Bob Dylan de ce défi. Je m’explique. Il semble être d’une grande importance pour la musique, connu des passionnés et amateurs, mais méconnu des autres. Aussi, il y a beaucoup trop de ses albums dans ce défi. Seule différence : pour Costello, l’expression trop d’albums est sarcastique.

Elvis Costello - Imperial Bedroom

Ainsi, j’ai écouté Imperial Bedroom, réalisé avec son groupe, The Attractions. Et je dois bien le dire : je crois qu’il s’agit du meilleur album de l’artiste que j’ai écouté jusqu’à maintenant. Dès les premières notes de Beyond Belief, on sait que beaucoup de choses ont changé depuis le dernier album que j’ai écouté.

La basse indolente, la voix enfumée de Costello, un peu étranglée et grave, l’orgue discret en arrière-plan, l’aspect étrangement pop et glorieux du refrain : je me suis subitement retrouvé à cent lieues d’où je croyais être. Et j’ai aimé ça. Vient ensuite le rock alternatif et prenant de Shabby Doll, qui ressemble à une balade post-punk dans la forme et l’esprit, mais sans âpreté, avec une voix suave et du piano. Mais ma meilleure découverte de l’album est définitivement le langoureux The Long Honeymoon.

(Désolé si la fin du morceau est coupée…) Avec l’accordéon pour créer de l’ambiance, le piano céleste et larmoyant, le rythme de samba et la voix triste de Costello, tout y est pour faire de ce morceau la perle de vos soirées entre amoureux.

Cela dit, il y a aussi le dylanesque Man out of Time, que j’ai trouvé fort plaisant, qui vaut également bien l’album, ainsi que le mélancolique Almost Blue, et le britannique …and in Every Room, qui m’a rappelé les beaux jours du rock psychédélique et qui m’a impressionné par son aspect grandiose créé par les arrangements orchestraux. L’album devient par la suite plus plat, à l’exception de Boy with a Problem et Town Cryer qui clôture l’album et qui ressemble à un poignant adieu.

Disraeli Gears (1967) – 860 jours, 946 albums

Toujours en 1967, j’ai écouté un incontournable de la musique populaire : Disraeli Gears de Cream.

J’ai pris beaucoup de temps avant d’apprendre et de comprendre que Cream avait de grandes et profondes racines blues. Lorsque j’ai commencé à découvrir davantage la musique, il y a de cela déjà bien longtemps, je ne voyais Cream que comme un groupe de rock des sixties. Mais ils se démarquaient quand même par leur style. J’aimais leur rythme, la manière par laquelle leurs morceaux étaient construits. Je trouvais qu’ils avaient un petit quelque chose de plus que les autres groupes, quelque chose de plus touchant, de plus prenant.

Je sais maintenant que ce quelque chose, c’est le blues, qui donne une profondeur nouvelle et viscérale à cette musique. Et avec Strange Brew, qui ouvre l’album, je ne comprends pas que je n’ai pas compris plus tôt !

C’est la même chose avec l’indémodable Sunshine of Your Love, avec la guitare de Clapton qui est inoubliable, impérative, puissante.

Ce thème est tout simplement celui des années soixante. Ensuite, tout le reste de l’album suit la même lignée, parfois en étant plus rock, parfois en étant plus blues, parfois en étant psychédélique à souhait. Mais cela fait du bien, d’avoir cette petite touche de plus, d’avoir cette ambiance poignante qui vient compléter la musique. Je devrai faire quelques recherches pour découvrir d’autres groupes du genre. Et cela me donne définitivement le goût d’écouter davantage de blues…