Everything Must Go (1996) – 471 jours, 629 albums

J’ai aussi écouté un deuxième album des Manic Street Preachers. Il s’agissait de Everything Must Go.

Manic Street Preachers - Everything Must Go

J’aime ce groupe : leur ton insolent, leur énergie contagieuse, leur son britpop aux inspirations punk. Cet album n’y fait pas défaut. Et cela est vrai dès le morceau d’ouverture, Elvis Impersonator: Blackpool Pier.

Le morceau est accrocheur, énergique, d’une énergie jeune, révoltée, irrévérencieuse. Juste après vient A Design for Life et son refrain touchant, presque déchirant par son ton. J’ignorais que le groupe put faire quelque chose d’aussi profond, d’aussi émotionnel, et en voyant la grandeur de leur talent, je ne peux pas dire que je fus surpris non plus.

J’ai aussi adoré Kevin Carter, que je trouve simplement merveilleux dans son mélange britannique, punk et pop.

Le morceau éponyme vaut également votre attention, mais la fin de l’album passe plus inaperçue. Les morceaux y sont bons, mais ils ont semblé manquer ce petit quelque chose d’accrocheur, pour retenir mon attention. Même si le tout demeure fichtrement bien travaillé et rendu. Mais en même temps, ce groupe, malgré les apparences, offre une musique complexe, profonde, qui mériterait bon nombre d’écoutes avant d’être pleinement appréciée. Mais ça, c’est quelque chose qui devra attendre après ce défi.

Fever to Tell (2003) – 478 jours, 630 albums

Le voyage s’est poursuivi avec un album que je souhaitais écouter depuis déjà longtemps : le garage punk du groupe Yeah Yeah Yeahs sur leur album Fever to Tell.

Yeah Yeah Yeahs - Fever to Tell

Ce n’est pas la première fois qu’on me recommandait le groupe ou l’album. J’avais entendu des extraits de morceau, mais sans plus. Déjà, cela avait éveillé ma curiosité. Et dès que j’ai mis l’album dans la voiture, j’ai été séduit. Un mélange juste assez dosé de punk, de garage rock et d’une pincée d’indie a plongé dans mes oreilles. Une instrumentation lourde, sans concession, et une voix agressive, qui vient du plus profond des tripes, nous accueillent dès le premier morceau, l’excellent Rich.

Je m’ennuyais un peu de ce Do It Yourself, de ce son sale, égratigné, de ces paroles crues, passionnée, et de cette musique à la fois simple et pénétrante, qui semble être jouée avec une flamme presque destructrice dans les yeux. Black Tongue est également agressif et abrasif, lourd et pesant, mais pour notre plus grand bonheur. Quoique, selon moi, c’est l’accrocheur et féroce Pin qui remporte la palme du meilleur morceau de l’album.

Plus loin, j’ai aussi aimé le torturé et torturant No No No, et le puissant Y Control, construit comme un véritable morceau pop, mais qui demeure avec toute la force et la pugnacité d’un morceau punk ou garage.

J’adore lorsque des groupes reprennent ou revisitent des styles oubliés, ou sur lesquels on semble être passés trop vite. À les ressusciter, on semble leur donner un second souffle, une fraîcheur incomparable et unique. Et cela prouve également toute l’importance et l’influence du punk, et qu’il s’agit bel et bien d’un style toujours en mouvement, toujours d’actualité et toujours inspirant. Pour le musicien, et pour l’auditeur.

L’Eau Rouge (1989) – 615 jours, 718 albums

Les petits aperçus que j’ai eus de la musique industrielles et de ses possibilités m’ont donné l’eau à la bouche. Ainsi, j’ai décidé d’écouter sans plus attendre L’Eau Rouge, album du groupe The Young Gods.

The Young Gods - L'Eau Rouge

Mais les Young Gods, contrairement à Einstürzende Neubauten, ne se contente pas de faire de la musique abrasive et métallique ou, comme Throbbing Gristle, de faire des expérimentations musicales complexes et éprouvantes. Les Young Gods vont plus loin. Ils associent la voix roque et profonde de l’industriel, qui semble par moment tout droit sortie du death metal, et la basse et guitares électriques sombres et lourdes qui l’accompagne, à la complexité musicale de quelques autres genres. Ils ajoutent des violons, de la musique de foire, et brouillent les pistes. Ce qui, en surface, pourrait sembler expérimental, est pourtant maîtrisé ici avec une aise et une justesse impressionnantes. Les airs tourmentés de La Fille de la Mort dévoilent déjà le groupe et ses intentions, mais c’est véritablement Rue des Tempêtes qui donne le coup d’envoi de ce bal macabre.

Les violons inquisiteurs, la basse lugubre, la voix parfois grave, parfois explosive, les guitares abrasives mais sans être agressives, tout cela forme un morceau sans égal, qui rend toute comparaison ardue et futile. Plus loin, Charlotte nous plonge de nouveau dans une ambiance carnavalesque, où le rouge, le noir et le sourire pervers des clowns prennent l’honneur.

Ville Nótre reprend plutôt l’ambiance décadente de l’industriel tel que j’ai appris à le connaître, avec des paroles perverses qui s’agencent parfaitement à cette atmosphère lubrique.

Pour le reste, l’ambiance est impeccable et ne se trahit nulle part, toujours aussi puissante, toujours égale. Si chacun des groupes d’industriel que je croise à partir de maintenant à cette qualité, j’aurai de quoi me réjouir amplement.

The Clash (1977) – 686 jours, 810 albums

Pour un énième album de punk, j’ai écouté l’album The Clash du groupe éponyme.

The Clash - The Clash

Je dois avouer que, avant ce défi, j’appréhendais un peu le moment où je devrais me plonger dans le punk, ce style de musique agressif, lourd et sans trop de substance. Pourtant, force est de constater que c’est un style que je me prends à apprécier de plus en plus. Il faut dire que la perspective historique avec laquelle je fais ce défi aide beaucoup. Je comprends maintenant mieux le style, ses éléments, sa provenance et son évolution. En fait, ce fut même un plaisir de retrouver ce son de garage simple et brouillon, mais franc et habité d’une force nue et brute, de retrouver aussi les racines du rock & roll et de la musique populaire subséquente. Avec la musique des Clash, c’est un peu tout ça, comme avec bien des groupes de punk. Avec un son moins agressif que chez les Sex Pistols, mais avec la même simplicité, la même énergie brute et le même entrain. I’m So Bored With the USA ferait d’ailleurs un excellent morceau pop, malgré sa hargne et sa ténacité.

Leur son a aussi quelque chose de plus doux, de poli. Janie Jones, par exemple, est facile à écouter, malgré sa force. Les Clash sont bruyants, mais juste assez, et jamais trop. Même London’s Burning, malgré son titre provocateur, semble presque retenu si on le compare aux Sex Pistols. Police and Thieves, enfin, un refrain pop qui surprend dans ce contexte. Bref, il s’agit ici d’un punk plus facile, plus accessible que chez d’autres groupes. Certes, il y a toujours la force et une certaine brutalité, mais le groupe semble se rapprocher davantage du bon vieux rock que de la révolte ouverte.

Destroyer (1976) – 766 jours, 841 albums

Changeant par la suite de registre, j’ai enfin pris le temps de découvrir l’un des grands groupes populaires, l’un de ces incontournables, caractérisé, ici, non seulement pas leur son et leur musique, mais également par leurs costumes, leur mise en scène et toute la mythologie qu’ils ont réussi à créer autour d’eux-mêmes et de leurs oeuvres. Je parle ici du groupe mythique Kiss, et j’ai écouté leur album Destroyer.

Comment demeurer indifférent à un morceau tel que Detroit Rock City ?

Avec leurs costumes suggestifs et leur théâtralité puissante, le groupe ne passe certes pas inaperçu. Leur musique est clairement un mélange de hard rock et de heavy metal, mais avec une touche de glam rock qui fait toute la différence. Bien sûr, il y a les costumes, mais il y a aussi l’aspect accrocheur des morceaux, ainsi qu’une espèce de simplicité ou de lustre qui rend cette musique si accessible malgré sa force apparente.

Dans ces morceaux accrocheurs, j’ai retenu, entre autres, Do You Love Me et ses passages qui rappellent presque une balade. Disons simplement que, avec un tel style, un morceau romantique n’est pas passé inaperçu. Il y a aussi King of the Night Time World, un peu plus rude, que j’ai bien apprécié.

Avec ces trois morceaux seulement, Kiss m’a montré qu’il était à la hauteur de sa réputation presque divine. Ce n’est pas un style que j’affectionne tout particulièrement, mais je ne peux rester indifférent à une musique qui est le parfait hybride de la puissance, de l’énergie, de la sensualité et de la théâtralité. Dommage que ce défi ne comporte qu’un album du groupe…

Toys in the Attic (1975) – 769 jours, 844 albums

Pour un peu plus d’énergie et d’électricité, j’ai écouté Toys in the Attic du groupe Aerosmith.

Cet album illustre à merveille l’idée que je me faisais du rock des années 70. Avec un peu plus d’expérience, je peux même décortiquer les différentes composantes et influences de ce son si unique et si particulier. Il ne pouvait exister avant cette époque, car il fallait que le rock gagne en force, en puissance, en raffinement aussi, autant qu’en audace. On sent d’ailleurs le blues, mais ici plus lourd, de Led Zeppelin : c’est la partie heavy metal. On sent également l’héritage des Stones, de Deep Purple, des Who, d’Alice Cooper, mais en plus dosé, plus équilibré avec ses autres composantes.

C’est aussi un son qui mutera assez rapidement, comme tous les autres. La musique punk volera l’énergie et la puissance de ce style, alors que la pop prendra une autre tangente. Où se retrouvera le hard rock et le heavy metal ? Bien hâte de voir…

Parmi les incontournables de l’album, il y a le morceau éponyme qui ouvre l’album de manière accrocheuse, avec des instruments et des voix maîtrisés à la perfection, surtout lorsqu’ils sont employés en choeur.

Le morceau résume aussi assez fidèlement le style du groupe et ce qui vous attendra pendant le reste de l’album.

Autre morceau notable : Walk This Way, avec sa guitare électrique à l’avant-plan et, encore une fois, son refrain intense et accrocheur. Enfin, Sweet Emotion nous amène ailleurs, avec son atmosphère plus calme et éthérée, rappelant pendant un court moment la période psychédélique déjà si lointaine !

Pour le reste, c’est une découverte qui en vaut certainement la peine.

Horses (1975) – 773 jours, 850 albums

Sans trop m’en rendre compte, je me suis ensuite plongé dans le punk en découvrant Patti Smith et son premier album, Horses.

C’était un paquet de vinyles d’une qualité rare, que j’avais obtenu dans une vente de garage, pour une somme modique. Certains titres en particulier m’intéressaient alors que d’autres m’étaient inconnus, mais comme souvent, j’avais pris le lot au complet. C’était moins cher, et je faisais parfois de belles découvertes. Parmi ces inconnus, quelques vinyles d’une Patti Smith, qui semblait avoir une valeur particulière. En parcourant bien plus tard mon fameux livre des 1001 albums, je suis tombé de nouveau sur elle. Arrivant enfin à l’époque de son premier album, je l’ai donc écouté avec une impatience certaine.

C’est en faisant des recherches par la suite que j’ai découvert qu’il s’agissait de la reine du punk, et de sa poésie. Tiens, déjà ? Bon, je m’attendais quand même à le voir surgir bientôt, mais pas avant deux autres bonnes années. Mais le proto-punk était déjà là, avec le glam rock, et le rock de garage existait depuis déjà une décennie !

Ce fut donc une belle surprise, surtout que l’album s’est révélé être plus accessible que je ne l’aurais cru. Avec Gloria, on est tout de suite plongé dans l’ambiance.

On a surtout l’impression que dans le punk, le rock ne fait que revenir aux sources, en se purifiant et en se simplifiant, mais en comblant le manque par une énergie viscérale et une puissance inégalable. J’ai eu cette même impression sur Free Money, tout comme sur l’accrocheur Break It Up qui a même quelque chose de glorieux.

Mais Smith sait également être complexe et élaborée, malgré ce côté simple du style. Des morceaux comme le long Land: Horses/Land of a Thousand Dances/La Mer (De) mériteraient sûrement de nombreuses écoutes avant que je puisse en savourer tous les détails.

Bref, comme toujours, j’ai bien hâte de voir où tout cela va me mener…