In the Court of the Crimson King (1969) – 825 jours, 913 albums

Je me suis ensuite permis un autre album que je connaissais déjà, mais dont il est toujours un plaisir de redécouvrir, soit In the Court of the Crimson King du groupe King Crimson.

Déjà, à travers les divers groupes de rock psychédélique que j’ai écoutés, on a senti une évolution, un raffinement du style. Avec cet album-ci, on tombe maintenant complètement dans le art rock, un style d’une richesse inouïe qui, j’en suis sûr, me réserve encore quelques belles surprises durant ce défi. Alors que le psychédélique se contente de mêler les genres et les influences, le art rock prend la liberté et la créativité de ce style, mais sans son côté parfois chaotique ou trop éclectique.

King Crimson, c’est justement cela. On sent la maturité, le raffinement, le complétude. Déjà, avec 21st Century Schizoid Man, on voit très bien qu’on est rendus ailleurs.

Il y a une recherche supplémentaire dans le son, dans les effets musicaux, dans la construction du morceau. L’innovation y est mesurée, intégrée sans trop de heurts. En écoutant cela, je me sens aussi plus près du rock de nos jours. Surtout, je me sens plonger sans plus de préambule dans la musique que me réserveront les années 70. Les démarcations de style et d’approche sont évidentes. Un exemple encore plus frappant de cette recherche : Epitaph.

À peu près à la même époque où le jazz cherche des inspirations dans le rock, on voit clairement ici que le contrairement était aussi vrai. Un intellectualisme s’ajoute, ainsi qu’un souci marqué du détail. On est loin, ici, des morceaux pop qui passent à la radio.

Que me réserve encore de méconnu ce style si satisfaisant ?

Time Out (1959) – 890 jours, 966 albums

Histoire de passer un autre album des années 50, et de voir ce qu’il se faisait dans d’autres styles de musique à la même époque que Ramblin’ Jack Elliott, je me suis arrêté à un classique du jazz et de la musique populaire : Time Out, du grand Dave Brubeck.

Disons que le raffinement n’est pas le même. Là, il est complètement absent. Ici, il est à son apogée. Chaque note, chaque temps semble avoir été choisi avec minutie et talent. Avec Brubeck, le jazz redevient tout à coup accessible et appréciable, même aux néophytes. Et pourtant, ce n’est pas parce qu’il demeure conservateur. Au contraire ! Les variations de tempos sont le corps même de l’album et des morceaux. Le tempo rapide puis langoureux de Blue Rondo à la Turk vous en donnera une idée parfaite : http://www.youtube.com/watch?v=kc34Uj8wlmE . D’abord, le rythme est imposant, saccadé, empressé. Puis, vers la deuxième minute, déjà, on sent le rythme fléchir, par petits moments, de plus en plus longs, où la basse et le saxophone en profitent pour s’exprimer avec langueur.

Chacun des morceaux est construit de manière semblable, apportant un dynamisme encore inconnu à cette musique rafraîchissante. Mais le meilleur joyau de cet album, c’est indéniablement Take Fivehttp://www.youtube.com/watch?v=nzpnWuk3RjU . S’il est un morceau de jazz que tous connaissent, c’est bien celui-ci ! Il est l’expression même du raffinement, de la classe, de la beauté. Les accords du piano sont à peine effleurés, le saxophone s’exprime doucement, comme s’il voguait sur une mer onduleuse, la batterie accompagne discrètement, puis vole la vedette l’espace de quelques instants, mais sans pour autant intensifier l’ambiance. C’est vrai, ce morceau ne comporte pas de changement de tempo. Mais Take Five n’en a pas besoin.

Bref, j’ai été bien content de réécouter cet album que j’avais découvert lors de mon défi jazz. Je me rends aussi compte à quel point, non seulement le jazz est avancé en style par rapport à d’autres genres musicaux, mais aussi à quel point il l’est dans le temps ! Tout cela se produit alors que le rock & roll ne fait que naître, et alors que la folk est encore une musique traditionnelle cantonnée aux campagnes et à la tradition. À la fin des années 50, dans les soirées mondaines, c’est du jazz qu’on joue. Et on a raison. Pour le moment…