Reggatta de Blanc (1979) – 110 jours, 474 albums

The Police - Reggatta de Blanc (1979)The Police est pas mal connu de tous. On a tous entendu Message in a Bottle, contenu sur cet album, Reggatta de Blanc. Mais beaucoup de leurs morceaux demeurent méconnus, ou ont été oubliés par l’histoire. Pourtant, le groupe offre une musique assez riche et des morceaux intéressants. Bien que la plupart soient, naturellement, moins accrocheurs que les hits que vous connaissez.

Cette richesse, elle vient de cet ajout subtil de reggae à un post-punk très inspiré du album rock rond et pop. Il ne ment pas dans l’ambiance décontractée de Walking on the Moon, mais des morceaux comme It’s Alright for You sont clairement pop. Contact flirte avec l’expérimental mais n’y tombe jamais, donnant une texture fascinante à un morceau très abordable.

Pour dire que certains hits viennent parfois ombrager des groupes beaucoup plus diversifiés qu’il n’y paraît.

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Kala (2007) – 224 jours, 509 albums

M.I.A. - KalaAvec son rythme profond et ses répétitions, le house est un canvas inspirant pour beaucoup d’artistes. Sur Kala, la chanteuse M.I.A. l’utilise pour y superposer de la musique sri lankaise: percussions, instruments, paroles. L’ambiance se transforme d’une soirée dansante et techno à un tribalisme festif.

Le résultat est surprenant, éclatant: rempli de couleurs, de textures, de nuances par milliers. Surtout que l’électro et les inspirations traditionnelles se mêlent à la perfection. Bamboo Banger a le sec du house mais l’aspect méditatif de quelque chose de plus indien. Boyz met davantage l’accent sur le sri lankais, mais les répétitions et les loops en font quelque chose de nouveau et de familier à la fois. Jimmy ressemble aux morceaux enthousiasmés du Bollywood mais avec une texture presque palpable aux sons aigus. Hussel se construit sur les percussions, mêlant des rythmes africains au hip hop.

Une fabuleuse découverte, lumineuse, riche et envoûtante. Un mélange des styles rarement réussi avec autant de maîtrise, de talent et de justesse.

Call of the Valley (1967) – 407 jours, 577 albums

Pour revenir de l’Abitibi-Témiscamingue et franchir les bois sombres du parc de La Vérendrye, l’ambiance indienne parfois rythmée et parfois méditative de Call of the Valley nous a accompagnés, mes passagers et moi, après le coucher du soleil. Cette œuvre de Shivkumar Sharma, Brijbushan Kabra et Hariprasad Chaurasia est un classique de son genre.

Shivkumar Sharma, Brijbushan Kabra et Hariprasad Chaurasia - Call of the Valley

Comme The Sounds of India, il s’agit d’un authentique album indien. Les ragas de celui-ci sont mêmes de véritables classiques, inspirés de la tradition indienne. Il s’agit d’ailleurs d’un des rares albums de musique du monde contenu dans ce défi, qui est centré davantage autour de la musique anglophone et de celle qui en découle. Call of the Valley ressemble a un petit oasis dans ce déferlement d’albums occidentaux. Il y a une fraîcheur dans ces instruments, dans cette musique exotique, détaillée à souhait, un brin éthérée, amplement méditative.

Décrire la musique indienne traditionnelle est un exercice futile si vous n’en avez jamais écouté. Et comme je n’en ai écouté que peu, l’exercice serait tout aussi vain si je m’aventurerais à détailler les particularités propres à l’album. Il est suffisant de dire que l’album, et son style, m’ont charmé. On plonge dans ces paysages étrangers avec grâce, en fermant les yeux (sauf en conduisant) et on se laisse porter par ses vagues.

Peu de temps après la fin de cet album, nous étions de retour chez nous.

Country Life (1974) – 408 jours, 579 albums

Après la découverte de Roxy Music par leurs albums Roxy Music et For Your Pleasure, je me gardais Country Life pour un moment spécial. Ce mélange parfait d’art rock, de glam rock et de proto-punk m’avait séduit instantanément. Et le groupe a renouvelé le coup ici.

Roxy Music - Country Life

Avec l’art rock, on a cet éclatement des styles musicaux et ce raffinement dans leur juxtaposition. Avec le glam rock, on a cette épuration, cette simplicité et, surtout, cette sensualité palpable et languissante. Avec le proto-punk, on sent le retour d’une rudesse, d’une énergie jeune et fraîche. Le tout, ensemble, donne cette merveille qu’est Roxy Music.

Country Life est-il vraiment le chef-d’oeuvre du groupe ? Je n’en sais trop rien. Mais beaucoup de ses morceaux m’ont donné des frissons ou m’ont époustouflé. Out of the Blue est de ceux-là.

Les violons m’ont d’ailleurs fait frémir.

Triptych est fort intéressant, avec ses teintes baroques et médiévales. Casanova est puissant, appuyé, avec son rythme saccadé et ses envolées musicales. Cela dit, l’autre morceau accrocheur de l’album, c’est d’abord et avant tout The Thrill of It All, qui ouvre l’album avec énergie et génie.

Il semble contenir tout le talent et la musique de Roxy Music en à peine 6 minutes.

Twelve Dreams of Dr. Sardonicus (1970) – 411 jours, 587 albums

Le passage du rock psychédélique à l’art rock : là où l’association du rock, du jazz, du folk et du blues se fait de plus en plus subtilement, où le son se raffine, se polit pour créer une homogénéité douce à l’oreille. Twelve Dreams of Dr. Sardonicus, du groupe Spirit, nous offre un bel aperçu de cette transition.

Spirit - Twelve Dreams of Dr. Sardonicus

Écouté de manière plutôt distraite sur la route, il est passé inaperçu. Réécouté une fois chez moi, il a dévoilé toute sa complexité, toute sa richesse. Sous un voile éthérée et aux effluves hallucinatoires se cachent de multiples influences, toutes plus subtiles les unes que les autres, se liant et se déliant à volonté pour étonner l’oreille. L’unité est certes plus grande que dans les premiers albums du rock psychédéliques. Elle se rapproche du art rock avec des coins lisses et une musique sans aspérités. Mais on sent encore le capharnaüm musical, l’imbroglio des instruments, même si ce désordre est plus ordonné qu’on ne le croit après une première écoute.

Certains morceaux sont calmes et plus conservateurs, comme Nature’s Way, mais d’autres se lâchent complètement, comme Mr. Skin. Ne vous laissez pas duper par le rythme plutôt lent…

Dans le même genre, Animal Zoo est fort appréciable et assez accrocheur. Le Prelude – Nothin’ to Hide offre aussi un bon panorama des racines multiples du groupe.

La subtilité et l’élégance du art rock et les couleurs explosives du rock psychédélique : voilà ce que nous offre Spirit sur cet album.

Sings the George and Ira Gershwin Song Book (1959) – 413 jours, 590 albums

George Gershwin : l’un des meilleurs compositeurs américains. Ella Fitzgerald : l’une des meilleures chanteuses de jazz de tous les temps. Lorsque cette dernière décide de reprendre toute l’oeuvre musicale du premier, ça donne Sings the George and Ira Gershwin Song Book : plus de 4 heures de jazz, de classique et d’élégance.

Ella Fitzgerald - Sings the George and Ira Gershwin Song Book

Il y a de ces albums d’une telle ampleur qu’ils ne peuvent s’écouter d’un seul coup, ou presque. Les 3 disques et 3 heures de celui-ci demandaient un moment spécial, attitré. On ne peut y plonger à coups de 15 minutes : il faut se laisser porter. Un roadtrip pour l’Abitibi-Téminscamingue était donc le moment parfait. Pour ne pas trop ennuyé mes passagers, j’ai écouté un album en me rendant, et les deux autres en revenant. Et au moment d’écrire cette critique, je me suis aperçu qu’il y avait un quatrième disque, dont je termine l’écoute en ce moment même (des alternate takes pour la plupart). Mais reste que l’expérience se rapprochait de celle vécue lors de ma découverte (et redécouverte) de Bitches Brew de Miles Davis : on se perd dans l’oeuvre en voyant défiler le paysage autour de soi.

Premièrement, j’ignorais que Gershwin et son frère avaient composé autant de chansons. Deuxièmement, davantage de ces morceaux sont des standards que je ne l’aurais cru ! Let’s Call the Whole Thing Off est l’un d’eux, un classique que vous connaissez sûrement, portant sur les variations de prononciation des mots de la langue anglaise : un joyau. They All Laughed est aussi un de mes favoris.

Oh, Lady Be Good est de ceux-là également, tout comme l’indémodable Foggy Day.

Il y a aussi I Got RhythmEmbraceable YouI’ve Got a Crush on You, et j’en passe.

Ainsi, que vous désiriez découvrir l’homme ou la femme, cet album est le lieu parfait pour le faire. Voyez sa longueur comme une mine dans laquelle on ne cesse de découvrir de petites pépites dorées à chaque tournant.