Peter Gabriel (I) (1977) – 206 jours, 482 albums

Peter Gabriel - Peter Gabriel (I) Car - 1977Au nom de Peter Gabriel, je m’attendais à un soft rock populaire et suave sans trop de relief. J’aurais dû m’attendre à plus du leader de Genesis: son premier album solo Peter Gabriel (I) (ou Car pour les intimes) offre un large spectre d’expériences musicales.

Le art rock est encore ici bien présent. Moribund the Burgermeister nous amène dans un monde étrange à plusieurs mouvements et peuplé de gnomes et de fées en ouverture d’album. C’est suivi de Solsburry Hill, plus soft rock et un hit que vous connaissez sûrement. Humdrum est d’abord discret et simple, laissant toute la place à l’émotion, avant de prendre de l’énergie et de l’ampleur. Waiting for the Big One mise sur un piano jazzy et des arrangements qui rappellent un blues de cabaret ou les débuts du rock & roll. Et Here Comes the Flood clôture avec force mélancolie, théâtralité et instrumentation.

Autant Genesis est extraordinaire, autant il faut constater que Peter Gabriel peut très bien se débrouiller seul. Avec la même force, la même créativité et la même grandeur.

The Slim Shady LP (1999) – 287 jours, 549 albums

Eminem me fait aimer le rap. The Slim Shady LP séduit avec ses rythmes élaborés, ses textes à l’humour décapant et sa théâtralité absorbante.

Eminem - The Slim Shady LP

Je n’écoute pas toujours les paroles des albums. Avec Eminem, c’est naturel. Les mots rentrent. L’accent, ici, est mis sur les mots, et la mise en scène qui les entoure. Quelques effets sonores nous fait vivre une scène, une histoire: une voix hors champ, un bruit de pluie, un écho… Avec un peu d’humour, c’est encore plus prenant. Role Model se moque de merveilleuse façon des gens influençables (ou de ceux qui les influencent?). ’97 Bonnie & Clyde transforme un meurtre en aventure magique entre un père et sa petite fille, avec un humour noir et touchant.

La voix est en prédominance, comme dans tout bon album de rap. Ça n’empêche pas la musique de prendre sa place: en fait, c’est tout le contraire. Les rythmes sont puissants et solides. Brillants. Ils sont réglés au quart de tour. Tous les détails semblent avoir été minutieusement choisis, réfléchis, travaillés. C’est évident dans My Name Is. Et des morceaux comme Guilty Conscience ne sont pas en reste non plus.

Vous n’aimez pas le rap? Vous aimerez The Slim Shady LP. Le rap n’est qu’un support: tout est dans l’humour, le rythme et le théâtre.

Kimono My House (1974) – 773 jours, 850 albums

Me voyant ainsi en manque de glam rock, je me suis sustenté avec Kimono My House du groupe Sparks.

Bien sûr, je ne fus pas surpris de trouver sur cet album bien plus que du glam rock. Avec un nom et une pochette comme celle-là, on s’attend déjà à quelque chose qui sort de l’ordinaire, et ce fut le cas ! C’est donc une musique exceptionnelle, habitée d’une théâtralité exubérante et embellie d’un style distinct que j’ai découverte en écoutant cet album. Avec This Town Ain’t Big Enough for the Both of Us, l’album s’ouvre avec un son hypnotique, une voix sortie d’on ne sait quel opéra, et on sait que l’expérience sera bien appréciable. Plus loin, Here In Heaven nous plonge même dans un monde sinistre et tourmenté.

Mais le groupe sait aussi être pop et créer des morceaux accrocheurs, comme l’excellent Thank God It’s Not Christmas.

Et là, je passe rapidement sur quelques autres perles de l’album, comme le lent et obsessif Equator, ou encore l’accrocheur In My Family, bref, que des morceaux de glam rock comme on les aime ! Une autre belle découverte qui me rappelle pourquoi je fais cet exigeant défi.

The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars (1972) – 814 jours, 905 albums

Par la suite, le lendemain, en revenant de Percé pour nous arrêter à Campbellton, où notre petit groupe se séparait, l’un devant retourné à Montréal, l’autre et moi-même nous dirigeant vers le Nouveau-Brunswick et ses merveilles, nous avons écouté 2 derniers albums pour ce défi. Par la suite, les choix musicaux incombaient davantage à la propriétaire de la voiture, mon premier compagnon de route devant prendre ma voiture pour retourner dans la métropole.

Ainsi, nous avons écouté tout d’abord un classique incontournable de la musique : David Bowie et son indémodable The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars.

Vous vous en seriez peut-être doutés : il s’agit d’un autre artiste que j’attendais avec impatience d’explorer durant ce défi. Je connaissais divers morceaux de l’artiste, mais son oeuvre en général m’était inconnue et me paraissait bien mystérieuse. Cet album vient de lever une partie du voile, et je frétille déjà à l’idée de soulever les autres. À force d’écouter des albums des années 70, je sens la musique changer et évoluer. Ici, c’est encore plus vrai, avec la découverte du glam rock. Une sexualité présente mais ambiguë et androgyne, une simplicité musicale neuve mais aux mélodies encore plus accrocheuses sur une base de rock affirmé, une théâtralité exubérante : Bowie redéfinit ici ce que peut être tant la musique populaire que d’autres styles, comme le art rock.

Dans les grands moments de cet album, vous connaissez sûrement Suffragette City ?

C’est la représentation parfaite du style. Et ce qu’il y a de mystifiant en écoutant ce morceau, c’est : comment une musique qui semble ne demeurer qu’en surface fait-elle pour être aussi profonde ? Sinon, un autre incontournable serait Starman, avec son côté onirique et céleste :

Pour le reste de l’album, ce semble être au goût de chacun, car chaque morceau est fort et a sa propre signature, sa propre personnalité. Je vous laisserai donc les découvrir par vous-mêmes, ou les redécouvrir, si cela est déjà fait.

Une dernière chose : j’ai vu que certains classent cet album dans le proto-punk, dû au côté pré-apocalyptique des paroles de certains morceaux, et de comment cet album aurait influencé la suite. Pour ma part, je ne vois que très peu de ressemblances musicales entre les deux styles. Mais encore là, je ne suis pas encore arrivé au punk dans le cadre de ce défi. Il serait donc difficile de répondre. Cela dit, je vois peut-être bien quelques similitudes dans l’approche et l’attitude du glam rock et du punk. À suivre…