Peggy Suicide (1991) – 206 jours, 482 albums

Julian Cope - Peggy SuicideJulian Cope semble avoir emprunté le sentier du college rock à la R.E.M. avant de s’écarter du chemin. Peggy Suicide offre un rock explosif et hétéroclite qui remet le psychédélique au goût du jour.

Cope ne tombe pas de l’expérimental. Mais son album peut sembler décousu au premier auditeur. Pristeen a des accents de R.E.M. et de college rock. Double Vegetation encore davantage, avec l’énergie cette fois-ci. East Easy Rider a des touches de blues-rock. Promised Land est calme et lent. Et ainsi de suite…

La plupart du temps, c’est un rock puissant, détaillé, qui est joué. Qu’il soit tourmenté comme sur You…, plus lyrique et blues comme sur Safesurfer ou plus affirmé comme sur Hanging Out & Hung Up to Dry, il prend toute la place ou presque. Cela n’empêche pas quelques percussions latines ou des violons de faire des apparitions…

Un album complexe qui vous demandera quelques écoutes pour l’apprivoiser et le détailler, mais qui semble manquer quelques qualités pour demeurer sur votre étagère une fois cette étude faite.

Publicités

The Modern Lovers (1976) – 219 jours, 498 albums

The Modern Lovers - The Modern LoversAvec un nom de groupe et d’album comme The Modern Lovers et une pochette en néons, on s’attendrait à du new wave romantique. Non. Ce n’est pas du punk, mais on s’y rapproche.

Le proto-punk permet aux mélodies de se développer, aux morceaux de prendre forme et de se boucler. On sent tout de même le sec des guitares, le retour aux sources du rock & roll.

Astral Plane et She Cracked maîtrisent à merveille l’avènement de ce nouveau paradigme: une énergie brute, mais mêlée à la musicalité simple du rock & roll. Les compositions Pablo Picasso et l’excellent I’m Straight parviennent à créer des ambiances plus lourdes et complexes, plus lentes. Modern World sonne presque comme du surf rock ensoleillé et Government Center tombe quasiment dans le bubble gum.

Un album hétéroclite, varié, mais accompli et mélodieux. Une belle découverte.

Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967) – 220 jours, 500 albums

The Beatles - Sgt Pepper's Lonely Hearts Club BandSans les Beatles, la musique n’aurait jamais été la même. Ce défi non plus. Avec leur statut d’auteurs/compositeurs, leur audace et leurs expérimentations toujours maîtrisées, ils ont établi le paradigme du rock psychédélique, de la musique populaire et ont influencé toute celle à venir.

Cela semblait donc naturel que leur plus grand chef-d’œuvre, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, soit le 500e album écouté de ce défi. Ce fut l’album le plus populaire et le plus vendu pendant longtemps. Ce fut également mon préféré durant de longues années. Lorsque mon exploration de la musique devint plus sérieuse, ce sont les Beatles qui m’ont fait découvrir à quel point la musique pouvait être riche, complexe, satisfaisante à écouter et à découvrir.

Écouter les Beatles pour la première fois, c’est quelque chose de mystique, presque. C’est comme un premier amour: le sentiment se reproduira, mais ne sera jamais le même. Et Sgt. Pepper’s est une découverte sans égal.

Si vous ne l’avez jamais écouté, alors je vous envie. Si vous l’aimez déjà, alors vous me comprenez. S’il vous laisse indifférent, je vous répondrai par une citation d’Amélie Nothomb: « Il faut s’éprendre soi-même ou se résoudre à ne jamais comprendre. » Un peu comme moi avec les Rolling Stones, j’imagine…

L’album

Sgt. Pepper’s est le paradigme de la musique psychédélique. Il a un peu de tout: des balades romantiques, des morceaux naïfs, d’autres complètement éthérés, des influences indiennes, du classique… Chaque morceau est un petit monde, une expérience en elle-même, tout en formant un tout assez homogène, harmonieux.

L’introduction Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band a les guitares et la batterie de hard rock, mais avec des éléments de fanfare. She’s Leaving Home est une perle de baroque pop, avec ses violons, sa harpe, sa contrebasse et son chant doux et mesuré. Within You Without You est la composition aux inspirations indiennes de George Harrison, traversée d’effluves mystiques. Good Morning Good Morning est joyeux et pimpant, alors que A Day in the Life est morose, triste, dramatique et sonne comme un glas à la fin de l’album.

Quelques morceaux sont psychédéliques en eux-mêmes, comme l’étrange Being for the Benefit of Mr. Kite. Mais l’accomplissement le plus marquant (et cela est très subjectif) est définitivement le voyage psychotrope de Lucy in the Sky with Diamonds. L’atmosphère éthérée, le texte sublime d’imagination, le détail de l’instrumentation calme, la mélodie qui semble flotter dans le cours d’un ruisseau: j’ai dû écouter ce morceau un millier de fois.

Dans cet album, tout y est: l’exploration musicale et le souci du détail qui mèneront au art rock, des balades douces qui inspireront le soft rock, les influences indiennes qui marquent déjà une ouverture vers les autres cultures du monde, le baroque pop qui reverra ici et là. C’est un microcosme de la musique populaire contemporaine. Et c’est le 500e album que j’ai écouté pour ce défi. Plus 501 pour terminer la course.

Et comme deux morceaux ne sont pas assez:

Kala (2007) – 224 jours, 509 albums

M.I.A. - KalaAvec son rythme profond et ses répétitions, le house est un canvas inspirant pour beaucoup d’artistes. Sur Kala, la chanteuse M.I.A. l’utilise pour y superposer de la musique sri lankaise: percussions, instruments, paroles. L’ambiance se transforme d’une soirée dansante et techno à un tribalisme festif.

Le résultat est surprenant, éclatant: rempli de couleurs, de textures, de nuances par milliers. Surtout que l’électro et les inspirations traditionnelles se mêlent à la perfection. Bamboo Banger a le sec du house mais l’aspect méditatif de quelque chose de plus indien. Boyz met davantage l’accent sur le sri lankais, mais les répétitions et les loops en font quelque chose de nouveau et de familier à la fois. Jimmy ressemble aux morceaux enthousiasmés du Bollywood mais avec une texture presque palpable aux sons aigus. Hussel se construit sur les percussions, mêlant des rythmes africains au hip hop.

Une fabuleuse découverte, lumineuse, riche et envoûtante. Un mélange des styles rarement réussi avec autant de maîtrise, de talent et de justesse.

Third (1970) – 226 jours, 514 albums

Soft Machine - ThirdArt rock et jazz fusion ont plusieurs points en commun: Third de Soft Machine le montre bien. L’expérimentation musicale réalisée ici, où se mêlent les guitares électriques, les cuivres, la batterie et le synthétiseur, a le poignant du rock, la subtilité et la complexité du jazz, et l’éthéré travaillé du art rock. Il en ressort un jazz-rock rythmé, installé là où les deux genres se confondent et se complètent.

Les quatre morceaux présentés font près d’une vingtaine de minutes chacun: juste assez pour s’y plonger, pour passer d’un mouvement à l’autre sans s’arrêter. Facelift a une puissance phénoménale aux rythmes funky où de nombreux détails viennent fleurir le tout. Moon in June est habité par le piano, la voix et l’orgue du rock psychédélique anglais, avant de tomber dans une ambiance plus infernale qui rappelle le Mahavishnu OrchestraOut-Bloody-Rageous plonge dans l’éther avant de céder l’espace à un savant mélange de rock et de jazz.

Soft Machine impressionne par sa maîtrise naturelle des deux genres. Certes, ils s’agencent bien. Ici, ils ne font qu’un.

Spiderland (1991) – 279 jours, 535 albums

Slint - SpiderlandTempos variants, structures musicales alambiquées, mélodies expérimentales et segmentées: les débuts du post-rock ne sont pas encore complètement éthérés, mais ils regorgent de complexité. Spiderland de Slint met à l’épreuve, fait travailler les méninges et récompense avec une musique satisfaisante.

Dès Breadcrumb Trail, on sent les aspérités, les pics musicaux qui sortent de la trame. Le tempo n’est pas familier: il hache la mélodie en segments étranges, qui semblent mal coller. Mais en s’y attardant, l’expérience est phénoménale: on assiste à la genèse d’un style, d’un son. Il est loin d’être pop ou accrocheur, mais il est cérébral, réfléchi. C’est une joie savante de s’aventurer dans ces méandres musicaux.

Plus que dans le post-rock qui va suivre, Slint injecte de bonnes doses de rock, voire de punk, avec des guitares électriques acérées, une énergie anti-conformiste et un dénuement fort trompeur. Après Breadcrumb Trail, l’expérience se renouvelle avec Nosferatu Man, où les riffs de guitare dictés par des tempos irréguliers sont maîtres, et Good Morning, Captain, cette fois avec plus de détails et de minutie, sur un thème (relativement) calme. Washer offre une évolution plus complète et mélodique rendant l’album, pour un court instant, plus accessible.

Spiderland nous apprend que le post-rock n’est pas formé que de légèreté, d’éther et de brouillard, mais aussi de rock terreux et de structures ardues et cérébrales. Et l’exigence de plus rapporte en satisfaction, si on prend le temps d’écouter.

The Scream (1978) – 284 jours, 544 albums

Siouxsie and the Banshees offre sa version originale du punk et du post-punk avec l’album The Scream. Avec des mélodies accrocheuses, mais fidèles à la simplicité et à l’énergie du punk, le groupe se taille une place de choix parmi les groupes du style.

Siouxsie and the Banshees - The Scream

Certains morceaux vaudraient aussi la renommer à eux seuls: Jigsaw Feeling et sa structure alambiquée mais accrocheuse, Overground et sa délicatesse pas si délicate, ou Carcass, morceau typiquement post-punk comme on les aime. Suburban Relapse est plus intense, complexe et exigeant. Il est aussi plus gratifiant. Switch ferme l’album avec une structure encore plus travaillé, qui sort presque de la simplicité du punk. On pourrait presque parler de art punk, si une telle chose n’était pas si contradictoire. Et avec cette simplicité complexe (ou cette complexité simple?), l’album est à la fois une écoute facile et gratifiante.