Olympia 64 (1964) – 987 jours, 992 albums

Après ma déception face au légendaire Bob Dylan, je me suis demandé si c’était la langue qui faisait obstacle à l’émotion et au propos, même si je maîtrise aisément celle-ci, ou si c’était plutôt autre chose. Je me suis donc tourné vers l’auteur-compositeur par excellence de la culture française. Mesdames et messieurs, Jacques Brel dans Olympia 64 !

Il s’agit d’un enregistrement live (vous aurez compris où…) où Brel interprète ses plus grands classiques tels que Les BonbonsLe Plat Pays et Les Vieux. Et je dois dire que c’était bien mieux que Dylan ! Si j’oublie les arrangements musicaux auxquels, d’ailleurs, j’ai à peine porté attention, les textes sont aussi riches sentimentalement, peut-être moins riche politiquement, mais surtout, ils sont chantés avec beaucoup plus d’émotion. Lorsqu’on écoute des morceaux comme Mathilde et Madeleine http://www.youtube.com/watch?v=VtSb-piNL30 ), c’est, justement, l’interprétation hors du commun de Brel qui donne toute sa saveur, toute son intensité aux paroles de ces morceaux. On sent, à tour de rôle, la tristesse, la résignation, la joie exultante, la vulnérabilité momentanée, l’insouciance et tant d’autres émotions et états à travers la voix si vraie de Brel. On ne peut s’empêcher de vivre, avec lui, l’histoire qu’il nous raconte, qu’il nous confie, qu’il nous crie ! Avec Le Plat Pays ( http://www.youtube.com/watch?v=-5-N4Dbok34 ), on entend se côtoyer tant la nostalgie, l’âme morne et grise, que la fierté, le coeur plein de joies douces et de souvenirs.

Un autre aspect que j’adore chez Brel, c’est son humour. La mise en abîme à la fin de Madeleine, le personnage pathétique de Les Bonbons, la satire ironique de Les Bourgeois ( http://www.youtube.com/watch?v=_BFOyn8K7pg ), sont tant de moments qui m’ont fait sourire d’un sourire complice. Mais le morceau suivant, le sourire fait place à des yeux tristes et à un coeur serré. C’est ça, le génie de Brel : faire suivre le dépressif Jef au cocasse Les Bourgeois.

Seul regret : je n’aime pas les performances live. J’ai donc trouvé que Brel n’y était pas au meilleur de sa forme. Ainsi, je n’ai pas pu m’empêcher, une fois l’album terminé, d’en mettre un autre sur ma table tournante, puis un second, et de savourer le plein talent de cet artiste. Cela dit, en cherchant des extraits de l’album pour cet article, j’ai été bien obligé d’admettre que, en d’autres performances live, Brel est encore plus saisissant qu’avec seulement l’audio. Je vous conseille de jeter un coup d’oeil aux liens.

Second regret : je crois qu’il s’agit de l’un des rares, sinon le seul, album francophone des 1001 albums, ce que je trouve fort dommage. J’aurais préféré écouté 20 albums de Brel, Dassin, Aznavour et Fugain que ceux de Dylan. Mais bon, je fais surtout ce défi pour découvrir de nouvelles choses et, bien sûr, me mettre au défi.

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In the wee small hours (1955) – 1000 jours, 999 albums

Pour débuter ce nouveau défi en beauté, je me suis dit que rien n’était plus approprié qu’un album de Frank Sinatra. Et comme le premier album du livre était In the wee small hours

J’avais déjà écouté cet album lors de mon défi jazz, mais sans y porter pleinement attention. Disons que durant le chemin entre Québec et Montréal, il m’arrive parfois de me perdre dans mes pensées, surtout avec l’atmosphère calme et bleue de cet album. Mais cette fois, je me suis assis et ai écouté patiemment la voix suave de Sinatra, en portant une attention spéciale aux paroles. L’album est alors devenu tout autre. De doux, il est passé à mélancolique. Alors tranquille, la voix est devenue étranglée et remplie d’émotions. J’ai ainsi vu un Sinatra esseulé, brisé et méditatif, mais avec un coeur désormais rempli d’une poésie nouvelle. On sent la nostalgie, le regret, le rêve, mais sans pour autant que l’album ne soit habité de désespoir.

Deep in a Dream et Dancing on the Ceiling nous transportent dans un monde de rêves et de mirages, mais dans lequel le chanteur semble tiré un réconfort bienvenu, nécessaire. D’autres morceaux comme Can’t We Be Friends?Mood Indigo et What Is This Thing Called Love? sont davantage axés sur le regret et la mélancolie, le côté dur et triste de l’amour, mais d’autres ramènent vers une force et un espoir nouveaux, bien que mal affirmés, avec Glad to Be Unhappy et I Get Along Without You Very Well.

Cela dit, l’album en demeure un de rupture et de remise en question sentimentale. Mais contrairement à certains albums sur le même thème mais qui sont plus dépressifs, la rupture, lorsque l’on est accompagné de Sinatra, semble plus aisée. À l’écoute des morceaux, on ne peut, bien entendu, s’empêcher de repenser à une vieille peine d’amour ou à quelques déboires amoureux, mais au lieu de nous tirer une larme, l’album nous fait plutôt sourire doucement, avec précaution, et avec une petite pointe de nostalgie.

Enfin, mes deux coups de coeur sont indéniablement le rêveur Deep in a Dreamhttp://www.youtube.com/watch?v=wIl7lyd9Acc ) et le touchant Can’t We Be Friends?http://www.youtube.com/watch?v=Yu5MU5_LDrg ).